Législatives au Luxembourg

05 octobre 2018 07:58; Act: 05.10.2018 16:56 Print

«Je suis adepte du multiculturalisme, mais...»

LUXEMBOURG – Fernand Kartheiser, député et candidat ADR, évoque la sécurité aux frontières, son amour de la langue française et rejette l'«image rétro» de son parti. Interview.

op Däitsch
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L'essentiel: Avez-vous déjà pris le nouveau tram?

Fernand Kartheiser (ADR): Non. Pas par vengeance, mais parce que je n'ai pas encore eu l'occasion de le prendre. Mais cela ne signifie pas que je ne le prendrai jamais.

L'ADR est, depuis des années, très critique à l'égard du projet du tramway.

Le tram est une gigantesque erreur d'investissement. Nous avons, au Luxembourg, deux différents réseaux ferroviaires, celui des CFL et celui du tram. Ce dernier crée plus de problèmes en ville qu'il n'en résout. Cela fait longtemps que nous aurions dû investir dans la construction d'un tunnel ferroviaire sous la ville de Luxembourg, avec des arrêts souterrains.

L'ADR a-t-il des recettes pour pallier les embouteillages quotidiens sur les autoroutes?

On ne peut pas résoudre le problème du trafic à court terme. Cela va de mal en pis, car le Luxembourg voit sa population augmenter de 13 000 personnes par an. La seule solution à long terme serait de régler le problème de la croissance. La décentralisation est également un sujet important. Nous devons décentraliser différentes zones industrielles et les administrations vers les zones frontalières. Il faudrait également harmoniser l'impôt commercial.

L'ADR affiche le slogan «sécher Grenzen» («sécurité aux frontières»). Qu'entendez-vous exactement par là?

Cela ne signifie pas que nous voulons contrôler tous les véhicules à la frontière. Mais la criminalité transfrontalière et la migration illégale représentent un problème. Lorsqu'il y a danger, la douane devrait avoir la possibilité de procéder à des contrôles aux frontières et de prendre des mesures ponctuelles sans avoir à recourir à de longues procédures.

À la veille des élections, le retour à la patrie est subitement «en vogue» au sein de nombreux partis. L'ADR perd-il de ce fait son argument-clé?

Non, au contraire. Nous nous en réjouissons. De manière générale, le fait que notre argument soit salué lui donne une légitimité, mais la patrie n'appartient évidemment pas qu'à nous. La différence entre nous et les autres partis, est que nous défendons cette cause avec force depuis 30 ans.

Le terme «patrie» est-il approprié dans l'environnement multiculturel luxembourgeois?

La «patrie» représente quelque chose de différent pour tout un chacun. En ce qui me concerne, il s'agit de notre souveraineté nationale, de la langue du pays, de la culture et des traditions que nous sommes heureux de partager avec les autres. Nous sommes ouverts au fait qu'on veuille cultiver sa propre culture nationale. Mais il existe un cadre culturel clair dans ce pays. Je suis adepte du multiculturalisme, mais cela dépend de ce qu'on entend par là. Je suis opposé au fait que toutes les cultures obtiennent le même statut.

Pour l'ADR, une intégration réussie passe avant tout par l'acquisition de la langue luxembourgeoise. Au quotidien, à la boulangerie ou au supermarché, de nombreux Luxembourgeois sont irrités d'entendre la phrase «En français, s'il vous plaît». Comment expliquer cela?

J'ai fait des études en France et en Belgique et j'aime beaucoup la langue française. Au Luxembourg, j'ai cependant du mal à la tolérer dans certains endroits. Quand je vais dans un magasin ou à l'hôpital, je ne suis pas dans l'état d'esprit de parler une langue étrangère. Je me sens chez moi ici et je veux parler ma propre langue.

Le plurilinguisme a toujours été une réalité et un grand atout du Luxembourg.

Nous ne remettons pas cela en cause. Le plurilinguisme est une richesse fantastique. Mais quand les gens viennent au Luxembourg pour y travailler, il va de soi qu'ils devraient apprendre et utiliser la langue luxembourgeoise.

D'un autre côté, votre collègue de parti politique, Roy Reding, se plaint du fait que les jeunes avocats dans son cabinet ne sachent plus écrire correctement le français.

C'est le résultat d'une politique scolaire qui consiste, depuis 30 ans, à continuellement baisser le niveau. Nous parlons ici d'un désastre éducatif. Il faut une autre politique de l'éducation, capable de mieux transmettre le savoir linguistique aux enfants. Tout n'était pas forcément mauvais dans le passé.

Après de longues années dans l'opposition, l'ADR a une image un peu poussiéreuse. Est-ce la raison pour laquelle vous avez rejoint la page nationaliste Facebook «Wee 2050 / Nee 2015»?

Notre parti n'est assurément pas poussiéreux. L'ADR et ses membres ont un courage inébranlable. Notre but était d'empêcher l'émergence d'un nouveau parti aux idées similaires. Deux sujets nous unissent à «Wee 2050»: le problème de la croissance et celui de la langue luxembourgeoise. Nous avons donc cherché à entrer en contact avec eux, y compris dans le cadre du référendum de 2015.

Et si les représentants de «Wee 2050» passaient mieux que vous auprès des électeurs?

Les chances sont les mêmes pour tous les candidats sur les listes ADR. Ceux qui, le 14 octobre, obtiendront de meilleurs résultats auront bénéficié de la confiance des électeurs et auront mérité de siéger à la Chambre. Si quelqu'un devait me battre, je serais le premier à le féliciter et à lui offrir mon soutien.

Le 15 octobre, vous serez satisfait si...

…le pays se porte bien.

N'est-ce pas le cas?

Non, nous avons besoin d'un changement politique, de préférence avec l'ADR. Il est cependant peu probable que nous fassions partie du prochain gouvernement. Le CSV défend des idées opposées aux nôtres sur deux questions fondamentales, à savoir l'intégration européenne et la migration.

(Recueilli par Jörg Tschürtz/L'essentiel)

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Les commentaires les plus populaires

  • Odile le 05.10.2018 10:58 Report dénoncer ce commentaire

    Il y a trois semaines, un linguiste luxembourgeois s'interrogeait sur l'orthographe du mot Wahlen, Walen ou Wielen... et on nous parle d'une langue.

  • Ninno le 05.10.2018 10:00 Report dénoncer ce commentaire

    Intéressant de vouloir promouvoir la langue Luxembourgeoise. Il faudrait d'abord que 1. ce soit une langue reconnue comme telle et non un dialecte qui diffère du nord au sud du pays 2. il y ait des règles grammaticales communes et une institution capable de les garantir 3. un dictionnaire ( doit on écrire "mir" ou "meir"? Chers politiques, regardez d'abord vos propres affiches !!) 4. ce soit un besoin et non une volonté politique

  • bingo le 05.10.2018 11:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Je pense que vous payez surtout vos vendeurs luxembourgeois car il y en a de moins en moins car ils se refusent à avoir de tels emplois et partent travailler à leur commune ! Finalement vous exploitez un peu les gens. Mais bon, c’est diviser pour mieux régner n’est-ce pas ?

Les derniers commentaires

  • verite le 06.10.2018 06:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le soucis c est que les ados ne parlent plus français . Ne savent plus apprendre le français . Et malheureusement les cadrants dans les foyers jeunes Doivent parler que Luxembourgeois

  • voilà un sondage le 05.10.2018 21:25 Report dénoncer ce commentaire

    Une réalité qui ne semble pas perturber les personnes puisque 73% d'entre elles affirment que ce multilinguisme quotidien n'est pas un problème. Cependant, les personnes ne maîtrisant pas le luxembourgeois estiment à 58% que la situation linguistique du pays est compliquée.

  • Moien le 05.10.2018 21:21 Report dénoncer ce commentaire

    L'ADR devrait se préoccuper du nombre de Luxembourgeois qui doivent acheter hors des frontières à cause du prix de l'immobilier ici. La langue n'est qu'un outil de communication : comme tous les outils, ils sont abandonnés si il ne servent plus

  • Coué le 05.10.2018 19:22 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Plus polyvalent et efficace d'apprendre l'allemand pour arriver au même résultat de compréhension par les luxembourgeois ...

  • wagen le 05.10.2018 18:45 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    frontalier français qui parle un peu luxembourgois, ça ne me dérangerait pas de l'apprendre en prennent des cours. mais si les entreprises ne font pas d'efforts pour aménager les horaires pour aller se former ! perso je travail pour une ets familiale luxo. semaine dernière en trois jours 32 heures travailler et j'ai seulement pu faire une pause de 15 min un jour (je parle pas de mon patron qui paye pas les heures supplémentaires au taux légal etc) 1h de route pour rentrer tard, m'occuper de ma petite fille avec qui je seul. je vais quand au cours de luxembourgois ???!!!!! apprend oui mais qu'on nous en donne la possibilité !