Jacques Santer

27 octobre 2021 13:48; Act: 29.10.2021 11:17 Print

«La 7e place financière, ça crée des jalousies»

LUXEMBOURG - L'ancien président de la Commission européenne et Premier ministre luxembourgeois, Jacques Santer, est l'invité de Jean-Luc Bertrand cette semaine.

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Épisode 5
La séquence du 29 octobre

La hausse du prix des énergies inquiète Jacques Santer. «Il y a un ensemble de facteurs, la fin de la pandémie, la reprise économique assez forte au Luxembourg. Et il y a aussi des spéculations qui se font sur ces matières. Ça m'inquiète, non seulement ça frappe les consommateurs de manière inégale mais ça peut aussi conduire à une véritable crise économique. Et surtout, ça a un impact sur la politique climatique, et ça m'inquiète également. D'un côté, il y a une transition écologique qui doit se faire et d'un autre côté il faut créer de nouveaux développements énergétiques» pour utiliser moins d'énergies fossiles.

Le Grand-Duché a encore du mal à se défaire de son image de paradis fiscal. «Le Luxembourg est actuellement la septième place financière dans le monde. Évidemment, ça crée aussi des jalousies çà et là. Il ne faut pas se faire d'illusion, le monde des finances a changé radicalement, ici aussi. J'ai toujours considéré le pays comme un grand laboratoire où on peut trouver des idées innovantes. Le Luxembourg a toujours été, pour sa prospérité, le premier dans certains domaines, comme la Place financière après la crise sidérurgique. La télévision aussi, en 1951, bien avant les autres. Maintenant, il y a un changement dans la Place financière et l'OCDE nous a enlevés de la liste des paradis fiscaux. On a toujours évolué progressivement».

«On pourrait en citer d'autres, de Pierre Perret, mais c'est un peu délicat»
Épisode 4
La séquence du 28 octobre

Jacques Santer a été Premier ministre du Luxembourg avec les couleurs du CSV, parti chassé du pouvoir en 2013, qui a raté son retour en 2018. «Les sondages étaient très réussis, les élections communales qui ont précédé aussi, surtout dans le sud. On a oublié de faire une véritable campagne stratégique. Mais il faut dire que le CSV est toujours le parti le plus fort au Luxembourg, et j'espère qu'il va le rester même si les derniers sondages montrent un certain nombre de défaillances. Et puis, il faut réformer le parti. On a toujours réussi à le faire».

À la tête du parti et du pays, Jean-Claude Juncker avait succédé à Jacques Santer. «Juncker, je l'ai pris comme secrétaire d'État quand il avait 28 ans et puis il m'a suivi comme ministre du Travail, de la Sécurité sociale puis des Finances. Maintenant, on a nos bureaux l'un à côté de l'autre, on parle de tout, également d'Europe. Il est encore très actif dans ce domaine, moi plus du tout». Jacques Santer a aussi travaillé avec Frank Engel, président déchu du CSV qui attend le verdict à son procès. «M. Engel était mon premier assistant au Parlement européen. C'est un garçon très intelligent qui a un sens politique très aigu. Je regrette ce qui se passe, qu'il ait dû quitter le parti. C'est un homme valable et j'avais misé sur lui pour le parti».

«J'ai vu "le jour le plus long" plusieurs fois. C'est un film formidable du point de vue mise en scène, et ça me rappelle des moments atroces. J'ai vécu en partie la Seconde Guerre mondiale, mon père a été déporté, ma mère était seule avec deux enfants».
Épisode 3
La séquence du 27 octobre

Pour l'ancien leader européen, si «l'Europe est bien démocratique», elle a «bien sûr» besoin de transformations. «C'est pour ça qu'il y a eu ce projet de Constitution européenne» qui a été rejetée mais dont des éléments ont été repris dans le traité de Lisbonne. «Il faut que les citoyens des différents États membres se mobilisent pour voir quels sont les accents qu'ils veulent mettre sur l'Europe. Il faut associer davantage les citoyens directement, pas seulement à travers les Parlements, mais aussi par des référendums».

Jacques Santer déplore l'intégration trop rapide, selon lui, des anciens pays du bloc de l'Est dans l'Union européenne. «Ils sont européens, ont de grandes cultures, une identité très forte et sont très fiers de leur liberté retrouvée» une fois le joug de l'Union soviétique levé. «Alors quand l'Europe leur donne l'impression qu'il veut la leur enlever, ils ne comprennent pas. J'étais plutôt d'accord pour intégrer tous ces pays à l'UE, mais progressivement».

«J'aime cette musique, on est pris par le Boléro. En plus, Ravel était en vogue quand j'étais jeune, je suis attaché au Boléro»
Épisode 2
La séquence du 26 octobre

Jacques Santer est optimiste pour l'avenir de l'Europe. «Quand on voit les manifestations des jeunes, je pense qu'ils ont l'esprit européen, il faut trouver les moyens de les associer à l'œuvre européenne. Les institutions sont un peu difficiles à comprendre». Et les relations sont parfois compliquées entre Europe et pays. «Il faut se mettre à la place des dirigeants européens, qui doivent travailler avec les États membres. Il y a toujours des interférences. Je sais très bien, par ma propre expérience, que la présidente de la Commission est en contact avec les dirigeants des États membres. Il y a également ce jeu».

Les tensions entre l'Occident et la Chine ne sont pas une bonne chose, estime l'ancien président de la Commission européenne. «Je suis souvent allé en Chine, à l'époque on avait des relations suivies. Je persiste à croire qu'il faut trouver un accord avec les Chinois. Il ne faut pas bouder la Chine, bien au contraire, c'est un grand pays avec beaucoup de possibilités. Il faut trouver un compromis à l'amiable».

«C'est un classique qui me rappelle un certain nombre d'années passées avec ces artistes talentueux, que j'aime encore aujourd'hui»
Épisode 1
La séquence du 25 octobre

Après une carrière politique exemplaire au cours de laquelle il a notamment été Premier ministre du Luxembourg de 1984 à 1995 et président de la Commission européenne de 1995 à 1999, Jacques Santer a raccroché. «À l'âge de 80 ans, je me suis distancié de la politique active, parce que j'ai l'impression que je peux encore m'occuper d'autre chose. D'autant plus que mon épouse est décédée. Je voudrais quand même occuper mon temps de façon constructive».

Cet Européen historique admet qu'il «semble, vu de l'extérieur, que l'Europe soit fragilisée, ce qui n'est pas le cas. L'Europe est toujours une union, pas un État. C'est le problème qui se pose avec les nouveaux membres». Selon lui, «on a élargi trop rapidement sans comprendre les problèmes qui se posent avec les nouveaux États membres de l'Est». Opposé au Brexit, Jacques Santer souligne qu'après le référendum, «la jeunesse, qui n'a pas voté, est montée au créneau. Ces jeunes de 15 à 20 ans sont le pouvoir de demain. Ça me réconforte, me rend optimiste pour l'avenir de l'Union européenne».

«Je ne regrette rien, sauf que mon épouse soit morte un peu trop tôt. Pour le reste, je suis d'accord avec tout ce que j'ai pu faire.»

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