Tony Rocha

14 décembre 2020 18:00; Act: 18.12.2020 19:30 Print

«La coiffure pour tisser des liens avec le Cap-​​Vert»

LUXEMBOURG - Après avoir grandi au Grand-Duché, où il est devenu un coiffeur expérimenté, Tony Rocha n'oublie pas son Cap-Vert d'origine où il veut créer une école de coiffure.

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Tony Rocha est l'invité de «L'essentiel Radio» tout au long de cette semaine. (photo: Julien Garroy)

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Coiffeur et formateur au Luxembourg, Tony Rocha a toujours envie, aujourd’hui, de tisser des liens avec le Cap-Vert, sa patrie d’origine. «Depuis un bon bout de temps, j’envisage en effet de créer une école de coiffure au Cap-Vert», nous a-t-il confié. «J’aime bien transmettre mon savoir-faire et il y a de très très bons coiffeurs au Cap-Vert, mais ils ne sont pas reconnus, donc on essaie de créer un lien avec le Luxembourg pour pouvoir faire des échanges pour que le métier soit mieux reconnu. Surtout avec le tourisme. Ils ont besoin d’être plus professionnel, là-bas».

Autre talent de Tony Rocha, le coiffeur de Beggen est également en mesure de parler huit langues. «Déjà au Luxembourg, cela nous permet d’apprendre les trois langues officielles (luxembourgeois, français et allemand)», se félicite-t-il. «Et là, j’ai le capverdien qui est tout de même du créole portugais. Je connais ensuite le portugais, l’italien et un peu l’espagnol. J’ai même un peu appris le néerlandais. Avec un peu d’anglais dans ma tête, parfois je mélange et je perds mes mots, mais c’est toujours sympa».

«Au Cap-Vert, l’ambassade du Luxembourg est située à Praia », nous rappelle Tony Rocha. « Et il y a aussi une ambassade du Cap-Vert au Luxembourg et notre ambassadeur est monsieur Carlos Semedo. Aujourd’hui, le tourisme est un des fers de lance du Cap-Vert, mais comment le pays a-t-il vécu cette année de pandémie? «Comme il y a beaucoup d’îles, là-bas», rappelle Tony Rocha, «c’est plus facile à gérer, car ils ont fermé les frontières. Depuis le 18 octobre 2020, les frontières sont ouvertes à nouveaux et ils essaient de contrôler cette épidémie. Une grande équipe d’experts est venu contrôler les hôtels pour rassurer les touristes. Et à partir du 15 décembre, les premiers charters sont partis du Royaume-Uni. Les Britanniques représentent 25% du tourisme au Cap-Vert».

Tony Rocha en quelques questions



Quelle couleur dans une boîte de crayons? 
 Aujourd’hui, je prendrais le vert, car c’est la couleur de l’espoir. Et on en a besoin actuellement. Et le Cap-Vert, forcément, c’est le vert. 



Un mot? Amour. 



Revivre un moment de ma vie? Mes 15 ans. Je me souviens avoir été voir le film de « Prince », « Purple Rain », à ce moment-là, et on faisait la queue pour rentrer dans le cinéma à Luxembourg. J’avais 15 ans et c’était énorme, car il y avait une file jusqu’à l’arrêt de bus.

Ma plus belle victoire professionnelle? Quand j’ai eu la « Clef d’Or » à Paris. C’était un grand concours de coiffure auquel j’ai participé et où j’ai gagné la première place. Et en 2018, j’ai reçu un trophée remis par le Président du Portugal, Marcelo Rebelo, et par le Président du Cap-Vert, Jorge Carlos Fonseca. Ils m’ont donné le trophée du succès à l’étranger.

Réécoutez la séquence du vendredi 18 décembre 2020

Coiffeur capverdien d’origine et désormais luxembourgeois, Tony Rocha nous fait le plaisir de répondre aux questions de Jean-Luc Bertrand tout au long de cette semaine. Directeur artistique chez Dessange, par le passé, où il a commencé à Paris avant de revenir au Grand-Duché, Tony Rocha avait alors un rôle de formateur. « Il y avait beaucoup de franchisés et ce n’était pas possible de tous les envoyer en formation», se souvient-il. «J’allais donc chercher les informations à Paris et j’étais en contact direct avec les profs. J’étais en contact avec Bruno Pittini, qui était, pour moi, un des dieux de la coiffure. Tous ce que j’apprenais à Paris, je le transmettais ensuite au Luxembourg et je devais aussi représenter la marque ici dès qu’il y avait des événements».

«Un jour, Patricia Kaas m’a demandé de partir avec elle lors d’un tournage de film», indique encore Tony Rocha, «C’était «And Now... Ladies and Gentlemen… » qui était tourné au Maroc. Et à ce moment-là, j’ai été interdit de bouger. Le patron des franchises au Luxembourg m’interdisait de bouger et à ce moment-là, je me suis demandé comment voler de mes propres ailes. C’est là que j’ai eu le déclic pour quitter cette grande marque de la coiffure pour m’installer. La chanteuse Patricia Kaas, je l’avais rencontré lors d’un concert où je l’avais coiffée. J’ai gardé contact et chaque fois qu’elle venait, elle m’appelait pour la coiffer en backstage ».

A la fin du premier confinement, le 12 mai 2020, Tony Rocha était également à l’origine d’une initiative pour permettre au personnel soignant de recevoir gratuitement une coupe de cheveux. «On a eu l’idée de créer une campagne de 30 jours», nous détaille-t-il, «pour offrir, à toutes les personnes qui étaient en première ligne, face au Covid-19, un moment de détente dans mon salon. Ils sont venus gracieusement et ça a bien marché. Ils étaient ravis et nous aussi».

Réécoutez la séquence du jeudi 17 décembre 2020

Tony Rocha en quelques questions

Un souvenir de mes 18 ans? J’ai une très belle anecdote de cette période de ma vie, car c’est l’âge où je suis devenu papa. Mon premier fils est né à la fin de l’année de mes 18 ans et j’étais tellement naïf que j’ai été travaillé ce jour-là. Ma patronne m’a alors dit: « mais Tony, ta copine, elle ne doit pas accoucher? », «Si, si», je lui ai répondu. «A quelle heure?», m’a-t-elle alors demandé. Je lui ai répondu« qu’elle était déjà à l’hôpital». Elle m’a alors poussé dans la voiture et conduit à la maternité. Donc je garde un très bon souvenir de mes 18 ans.

Mon premier job où j’ai gagné un salaire? C’était mon apprentissage de coiffeur en 1985. On était payé 25% du SMIC, ce qui représentait 815 euros par mois, à peu près. Pour un apprenti de 15 ans, c’était pas mal. Avec mon premier salaire, je me souviens avoir économisé pour acheter mes ciseaux, car mon rêve, c’était de devenir coiffeur. Après, j’ai mis de l’argent de côté pour acheter ma première voiture. C’était une Seat Ibiza, c’était à la mode à l’époque.

La chose que j’aime le moins dans la nature humaine? L’hypocrisie et la jalousie. J’ai mes défauts, aussi, mais je suis quelqu’un de très positif et j’essaie toujours de m’éloigner des personnes hypocrites.

Bluffé par quelle personnalité? Quand je suis arrivé au Luxembourg, des personnalités m’ont bluffé. À un moment donné, j’étais au service de la famille grand-ducale. J’étais stressé avant d’y aller et quand je suis arrivé au château, la Grande-duchesse héritière Stéphanie et la Grand-Duchesse Maria Teresa m’ont mis tellement à l’aise et j’ai été bluffé. Je suis de très près la famille grand-ducale, c’est vrai, et j’ai beaucoup de respect pour eux, car ils représentent très bien notre pays.

Réécoutez la séquence du mercredi 17 décembre 2020

Coiffeur de son état, Capverdien d’origine, Tony Rocha est l’invité de Jean-Luc Bertrand tout au long de cette semaine. «Petit pays je t’aime beaucoup», chantait l’immense chanteuse capverdienne, Cesaria Evora, et dans les prochains jours, on va forcément parler de ce pays, ancienne colonie portugaise, indépendant depuis 1975, avec Tony Rocha. «J’ai aujourd’hui un salon de coiffure de 200 mètres carrés à Beggen (au nord de Luxembourg-Ville), nous dit-il. «Mais par le passé, j’ai travaillé sur pas mal de festivals dont le célèbre festival de Cannes. J’y ai rencontré beaucoup de stars, mais comment ne pas se brûler à leur contact? Il faut les prendre comme ils sont et il faut être normal, naturel. Et après, les choses se passent comme si je travaillais avec une cliente normale de mon salon. J’ai eu l’occasion de rencontrer Catherine Deneuve à l’époque où elle faisait partie du jury à Cannes. J’ai coiffé quelqu’un de très sympa. Et j’adore».

«J’ai également eu la chance d’y rencontrer Beyoncé au moment où elle lançait son film», poursuit Tony Rocha. «Même chose avec Melanie Griffith ou encore Jennifer Aniston». Mais ce genre d’artistes arrivent toujours avec un staff, nous apprend Jean-Luc Bertrand, alors le coiffeur Tony Rocha avait-il le droit de pratiquer sur elles son métier? «Moi, je travaillais pour "L’Oréal," donc cela veut dire que cette société gérait un staff et puis c’était la course. On a donc un manager qui nous gère dans notre contact avec les stars. Énormément de stars ont des caprices et sont insupportables. Au niveau de mes expériences, j’ai eu moins de mal avec les Américaines qu’avec les Européennes. Surtout celles qui ont joué un petit rôle dans un film, c’est là où il y avait beaucoup de caprices».

De nos jours, on demande au coiffeur d’être visagiste, styliste,… Faut-il tout ça pour créer une coiffure? «Il faut tout ça», souligne Tony Rocha, «mais aujourd’hui, on est dans une période difficile, car il faut s’imaginer quelqu’un avec un masque qui ne peut pas être enlevé, et c’est normal (pour des raisons sanitaires liées à la crise du Covid-19). Il faut donc avoir beaucoup d’imagination et de professionnalisme pour réussir une telle coiffure». Les fêtes de fin d’années 2020 vont justement être compliquées cette année en raison de la pandémie, mais quelle est donc la coupe à la mode pour le moment? «Nous, en tant que coiffeur, on doit s’adapter», précise Tony Rocha. «S’adapter, c’est écouter les gens et voir ce qu’ils veulent faire. On doit motiver les gens à s’embellir quand même, même si on est dans un comité restreint. On doit aider les gens à se sentir bien. En 2020, honnêtement, on n’a pas vraiment eu une tendance, parce que les créateurs étaient bloqués partout. Et c’est comme ça partout dans les métiers de la mode…».

Réécoutez la séquence du mardi 16 décembre 2020

Coiffeur bien connu au Luxembourg et Capverdien d’origine, Tony Rocha est l’invité de la Story de L’essentiel Radio tout au long de la semaine. Issu d’une famille de sept enfants, Tony Rocha est arrivé en 1977 au Luxembourg. «Mon père était au pays depuis 1970», a-t-il rappelé à notre micro. «Et nous, on est arrivés, les sept enfants au Luxembourg. C’était une période assez difficile, car il n’y avait pas les conditions actuelles dans les classes d’accueil. Donc mes parents avaient des difficultés pour parler la langue et pour nous aider dans nos études. Donc, il fallait se débrouiller et les sept enfants se sont débrouillés».

Mais pourquoi y-a-t-il autant de Capverdiens au Grand-Duché de Luxembourg? «Jusqu’à l'année 1975, le Cap-Vert était une colonie portugaise», a souligné Tony Rocha. «Et après, il y a eu l’indépendance, mais avant, mes parents pouvaient venir ici pour travailler, car il y avait une forte demande de main-d’œuvre pour reconstruire le Luxembourg, après la guerre, surtout. Quand on est arrivés en 1977, la population au Grand-Duché s’est agrandie par le regroupement familial qui a été voté à cette époque-là».

Aujourd’hui, Tony Rocha est devenu luxembourgeois et la diaspora capverdienne représente près de 10 000 personnes au Luxembourg. «Selon les chiffres de l’ambassade, les Capverdiens qui ont gardé leur passeport représentent entre 10 et 12 000 personnes», détaille notre coiffeur établi du côté de Beggen. «On n’a pas vraiment de chiffres exacts sur les Capverdiens qui ont la double nationalité, car c’est difficile d’obtenir cette statistique, mais on représente la 3e nationalité assez forte au Luxembourg».

Réécoutez la séquence du lundi 14 décembre 2020

Mais comment Tony Rocha est-il devenu coiffeur? «Déjà, à la base, je suis issu d’une famille qui pratiquait la coiffure», a-t-il indiqué sur nos ondes. «Donc, cela m’a donné envie et déjà à l’âge de douze ans, j’avais envie de devenir coiffeur et dès que j’ai eu l’opportunité de faire mes études pour apprendre le métier, je n’ai pas hésité. Il fallait alors commencer par un apprentissage à l’âge de 15 ans. Et lorsque j’ai terminé mon apprentissage au Luxembourg, je suis parti du côté de Lyon, car j’étais handballeur. J’ai trouvé une opportunité pour aller jouer là-bas pour l’équipe de Villeurbanne et c’était déjà très pro. Mais à l’époque, mon père me disait que le sport ne menait à rien. Il voulait que j’ai un diplôme et quelque chose en poche. Donc au même moment, je suis devenu formateur dans une école de coiffure à Lyon».

Première chanson à intégrer la playlist de Tony Rocha, la bande-originale du film «Avatar». «Parce que c’est un film que j’adore», dit-il, «et j’ai dû le regarder 150 000 fois avec ma fille et chaque fois, elle le remet. Cette chanson, cette bande-originale, m’est donc restée dans la tête, et j’adore, car elle a été composée par James Horner. C’est un spécialiste pour les films de Disney et j’adore ça».

Michael Jackson est le deuxième artiste à prendre place dans la playlist du coiffeur Tony Rocha. Avec le titre «Billie Jean» pour commencer. «Il revient souvent dans ma liste, car Michael Jackson représente mon adolescence. J’avais 15 ans quand ce disque est sorti et grâce à l’album «Thriller», on l’imitait, on chantait, partout dans les fêtes de famille. Il fallait que je l’imite au niveau de ses pas. Et même mon fils qui est danseur professionnel, il est inspiré par Michael Jackson. J’ai deux enfants, Randy, danseur assez connu au Luxembourg, et Kim qui est photographe de mode à Londres. Après, j’ai deux merveilleuses petites filles qui sont à la maison, Chloé et Kirstie».

« C’est la base », souligne Tony Rocha. « Mon fils Randy fait de la danse, car depuis qu’il était tout petit, on dansait beaucoup à la maison. Il a toujours été dans les pas du disco. Aujourd’hui, il se sent très bien dans le hip-hop, mais ses bases viennent de là ». Le titre « Fresh » de groupe Kool & The Gang fait son entrée dans la playlist de Tony Rocha, ce jeudi. « Cela me m’est de bonne humeur », reconnaît le coiffeur de Beggen. « Dès que j’entends cette musique, je n’arrête pas de bouger ». « Le disco, cela reste toujours et aujourd’hui, on a besoin de ça », affirme Tony Rocha après avoir entendu son cinquième et dernier titre de sa playlist du groupe «Earth, Wind and Fire». «Les années disco, ce sont les années qui font bouger.

La playlist de Tony Rocha

(Frédéric Lambert/L'essentiel)