Michèle Detaille

02 novembre 2020 18:00; Act: 09.11.2020 15:09 Print

«Le Luxembourg, un pays qui se corrige très vite»

LUXEMBOURG - La présidente de la FEDIL, Michèle Detaille, aimerait que le Grand-Duché reste une terre d'accueil pour les entreprises internationales.

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Michèle Detaille est l'invitée de Jean-Luc Bertrand tout au long de cette semaine du 2 novembre 2020. (photo: Editpress/Julien Garroy , © Julie)

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Pour terminer la semaine en compagnie de Michèle Detaille, Jean-Luc Bertrand a cherché à en savoir plus sur la façon dont elle pourrait attirer des jeunes et de nouveaux talents du côté de la FEDIL, la Fédération des industriels au Luxembourg. «On mène depuis quelques années déjà une opération que l’on appelle «Hello Future», a-t-elle rappelé. «On va à la rencontre des jeunes sur leurs lieux d’études et dans leurs classes. Ce qui avec le Covid-19 est interrompu depuis quelques mois. Donc on doit choisir maintenant une autre façon de communiquer. Par les réseaux sociaux notamment. C’est quelque chose qui marche toujours bien, car on fait témoigner les jeunes qui sont dans les industries. Ils racontent leurs expériences à ceux qui sont bientôt en âge de choisir, non seulement leur job, mais aussi leurs études».

Impossible de ne pas poser une question sur le groupe «Fage», ce producteur industriel de yaourts, notamment, qui a annoncé au mois d’octobre qu’il ne s’installerait pas entre Bettembourg et Dudelange. «Bon, ben clairement, pour nous, industriels, c’est un échec», a regretté Michèle Detaille à notre micro. «Mais bon, ce ne doit pas être non plus l’arbre qui cache la forêt. Il y a beaucoup d’entreprises qui viennent s’installer au Luxembourg et d’autres qui se développent, mais clairement, ça a été compliqué pour nous d’avaler que l’on refuse des emplois et une entreprise qui, après un aussi long délai (plus de quatre ans), c’est pour ça que l’on a demandé au gouvernement d’être bien plus clair dans ses choix et de dire directement à l’entreprise que c’est possible de venir chez nous et de savoir quel terrain lui sera réservé, ou bien non, vous ne pourrez pas, ou bien oui, à condition que… Il faut être clair et aller plus vite, car pour une entreprise, créer un site industriel, c’est du travail et de l’argent. À l’échelle internationale, le pays doit aussi rester une terre d’accueil. Et là, c’était un petit couac».

Réécoutez la séquence du vendredi 5 novembre 2020

A-t-on pour autant trop parlé de ce projet avant qu’il ne se réalise? « Dans le business, on dit toujours «marché connu, marché foutu», a indiqué Michèle Detaille. «C’est peut-être une chose que l’on doit apprendre aux politiques, mais d’un autre côté, ils ont envie, aussi, de montrer leurs réalisations et leurs espoirs, donc oui, je crois qu’il y a un moment pour communiquer et un moment pour dire les choses. Je pense que la leçon a été retenue, car on est dans un pays qui se corrige vite».

Michèle Detaille en quelques questions

La personnalité qui m’a bluffée? 
C’est le roi Hassan II. C’est le père du roi actuel du Maroc et je l’ai rencontré il y a très longtemps avec une délégation parlementaire belge. J’étais très jeune, et j’ai d’abord été marqué par le luxe et le côté cérémonial qui entoure sa personne. Et aussi par son excellente connaissance qu’il avait du monde. Et en même temps par le silence absolu que ses ministres s’imposaient en sa présence.

Ma plus belle victoire? 
Je considère que j’ai surtout des victoires quand les gens que je peux aider, arrivent à réaliser leurs objectifs. Quand une étudiante un peu à la dérive, est aidée, car à un moment donné, je lui ai donné l’un ou l’autre bons conseils. Je considère également comme une victoire d’avoir dans la commune belge de Vaux-sur-Sûre, d’avoir un successeur qui est là maintenant pour son quatrième mandat. Vaux-sur-Sûre, c’est là où la Sûre prend sa source. Les gens du nord du Luxembourg connaissent bien, c’est entre Bastogne et Neufchâteau. Quand je suis partie en tant que bourgmestre, j’ai eu un successeur qui fait mieux que moi et tout ça, je trouve que ce sont de belles victoires. Idem quand des talents se développent au sein de mon entreprise. Des talents que j’ai perçus et qui n’étaient peut-être pas encore éclos. Quand les gens sont épanouis et heureux, je considère cela comme des victoires.

Réécoutez la séquence du jeudi 4 novembre 2020

Michèle Detaille est la président de la FEDIL, «The Voice of Luxembourg’s Industry», et depuis lundi, elle est l’invitée de Jean-Luc Bertrand au micro de L’essentiel Radio. «J’aimerais rendre l’industrie "sexy"», a-t-elle déclaré récemment, mais comment y parvenir? «Si on veut avancer, il faut se fixer des objectifs ambitieux », a-t-elle martelé. «Ce que j’ai voulu dire, c’est que les jeunes qui sont entrain de choisir un job, pensent aussi que l’industrie peut être une possibilité pour eux. Aujourd’hui, l’industrie, c’est souvent des usines qui n’ont pas de cheminée. On peut y faire des tâches vraiment très amusantes, très intéressantes et y faire de belles carrières. Voilà dans quel sens j’entends le mot "sexy", ici».

Et quand elle affirme qu’il faut moderniser le droit du travail, Michèle Detaille considère qu’il est un peu rétro au Luxembourg. «On a un bel exemple avec le télétravail», précise-t-elle. «Regardez, la crise du Covid-19 nous a obligés à avancer sur ce sujet et on a trouvé, ici, assez vite, au Luxembourg, un accord entre les partenaires sociaux qui a été avalisé, dans les grandes lignes, par le gouvernement. Je pense que l’on peut également faire la même chose sur les heures supplémentaires. On en est plus à devoir limiter systématiquement à deux heures par jour les heures supplémentaires. On voit que le travail est bien plus irrégulier. Que l’on me comprenne bien: je ne veux pas que l’on augmente le temps de travail de manière constante, mais on peut sûrement être plus souple. On pourrait aussi donner des CDI à des gens qui sont en intérim, alors qu’on l’a toujours refusé, ici. On devrait un peu dépoussiérer et voir cela d’un œil neuf».

Michèle Detaille en quelques questions

Si j’étais un mot? Dynamisme, peut-être, mais si vous me demandez le mot que je préfère, c’est le mot «oxymore», pour que tout le monde se rende dans un dictionnaire. Par exemple, c’est une «douce violence», un «silence assourdissant», deux mots qui sont a priori contradictoires, mais qui malgré tout s’entendent bien. 

Dans une boîte de crayons de couleur, je serais? 
Tous mes amis qui m’écoutent vont dire: «Elle est bleue, c’est évident». Oui c’est vrai, à la fois bleu, car politiquement, (c’est la couleur de son parti le MR, parti libéral en Belgique), c’est mon passé et ce sont encore mes convictions. Et puis bleu, je veux. Et quand on veut, on peut.

Le luxe suprême? 
C’est malheureusement quelque chose qui est dépassé. Moi, j’ai longtemps rêvé quand je lisais les journaux papiers que quelqu’un ne les repasse avant que je ne les lise pour ne pas me salir les doigts avec l’encre. Comme la «Queen», la reine d’Angleterre ou les lords anglais. Mais aujourd’hui, je lis évidemment sur une tablette, donc ce goût du luxe m’est passé.

Réécoutez la séquence du mercredi 4 novembre 2020

Mais quelles sont aujourd’hui les priorités de la FEDIL? «1. Les talents, les collaborateurs et le personnel qui font progresser l’entreprise. 2. La digitalisation qui est devenue un sujet transversal. On l’a vu aussi avec la crise du Covid-19. Toutes les entreprises sont en pleine mutation et elles travaillent toutes de manière numérique. 3. Et je trouve que l’on a été très courageux de choisir ce sujet-là, c’est la transition énergétique, car nous sommes persuadés que la lutte contre le changement climatique doit se faire à travers l’industrie. Nous avons fixé ces trois priorités et nous y travaillons activement. Sur le fond, en informant nos membres, les parties prenantes et en cherchant ailleurs, à l’extérieur du pays, de bonnes pratiques à partager entre nos membres».

«C’est un mandat gratuit», a confirmé Michèle Detaille, au micro de Jean-Luc Bertrand, en parlant de son poste à la FEDIL. «Quand on a beaucoup reçu, ce qui est mon cas, je trouve que l’on doit un peu rendre à la société. Là, c’est une façon pour moi d’assurer un rôle social auquel je tiens».

Réécoutez la séquence du mardi 3 novembre 2020

Michèle Detaille en quelques questions 



Mon premier job où j’ai touché un salaire? 
 C’était un job de journaliste pour un journal belge qui s’appelait «L’Avenir du transport», qui n’existe plus. J’écrivais des articles et j’étais pigiste. Je n’avais pas vraiment un salaire, mais j’avais une rémunération.

Mon premier achat avec mes économies? 
 Je ne me souviens plus vraiment ce que j’avais acheté, car j’avais tout ce dont j’avais besoin. Mais je crois que j’ai dû acheter des vieilles chemises de grand-père au marché aux puces à Bruxelles. Et j’ai dû en acheter beaucoup, car à chaque fois que je les ramenais pour les lessives à la maison, ma mère trouvait cela absolument horrible et les jetait à la poubelle.

Réécoutez la séquence du lundi 2 novembre 2020

Un souvenir de mes 18 ans? 
 C’était moyen, car je suis née au mois de juin et j’étais obligée de beaucoup bosser pour une année scolaire que j’avais complètement foirée. Cela arrive, mais je me suis rattrapée.

Quand je ne travaille pas? 
 On pourrait dire que je travaille beaucoup, mais comme mon travail m’amuse, c’est pas vraiment du travail, donc je lis un peu et je vois, quand c’est possible, donc c’est pour ça que je suis très malheureuse pour le moment, des amis. Je vais au théâtre, donc des tas d’activités que l’on ne peut plus faire pour le moment (en raison du Covid-19). Je jouais aussi au golf et j’ai arrêté, car cela me prenait trop de temps depuis que je suis devenue présidente de la FEDIL. Il faut choisir.

Dans sa playlist, Michèle Detaille a tout d’abord intégré la Sarabande de Georg Friedrich Haendel, sortie en 1733, mais qui fait également partie de la bande-originale de «Barry Lyndon», le film de Stanley Kubrick, sorti en 1975. «C’est une musique très solennelle et un bon souvenir du film», a souligné Michèle Detaille. Ce mardi, un deuxième titre, de Véronique Sanson est arrivé, «Bernard’s song», «parce qu’une belle voix, parce qu’une femme, auteur, compositeur, et parce que dans cette chanson, c’est un beau mélange entre l’Europe et les États-Unis». 



Troisième titre de la playlist de Michèle Detaille, «Libiamo ne' lieti calici» est un célèbre hymne à l’amour joué au début de l’opéra La traviata de Verdi sorti en 1853. «Parce que j’aime bien l’opéra», dit-elle. «C’est un peu de théâtre et beaucoup de la musique. Et puis j’aime bien Verdi, car il est accessible. Et il est souvent festif, même si ici, dans La traviata, c’est plutôt tragique. C’est aussi inspiré d’un beau roman d’Alexandre Dumas, donc voilà les raisons de mon choix». «C’est le premier disque que je me suis acheté», voilà pourquoi, elle a ajouté à sa playlist, ce jeudi, un titre du groupe Simon and Garfunkel. Et pour clôturer la semaine, c’est un titre de Gérard Lenormand que Michèle Detaille a ajouté dans sa playlist. «J’ai choisi «La balade des gens heureux», car pour le moment, on entend que des choses alarmistes. Déjà en temps normal, c’est bon pour le moral, mais en ces temps compliqués pour tout le monde, c’est vraiment important de rester optimiste».

La playlist de Michèle Detaille 



(Frédéric Lambert/L'essentiel)