André von der Marck

11 janvier 2021 18:00; Act: 15.01.2021 15:37 Print

«Les courses ne sont pas terminées pour le tram»

LUXEMBOURG - Le Covid aurait pu retarder les travaux du tram, mais les équipes ont trouvé de nouvelles solutions pour respecter la dernière mise en service à la gare.

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André von der Marck, le directeur de Luxtram, est l'invité de Jean-Luc Bertrand, tout au long de la semaine.

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Après la gare de Luxembourg et la future liaison entre Esch-sur-Alzette et le Findel, que nous réserve le tracé du tram lors des prochaines années au Grand-Duché? «La liste des courses n’est pas terminée», souligne André von der Marck, le directeur général. «Nous travaillons d’ores et déjà sur un tramway sur la route d’Arlon. Nous travaillons également sur une deuxième ligne pour irriguer le Kirchberg et un nouveau quartier qui doit voir le jour lors des prochaines années. Mais aussi dans le quartier de Hollerich, donc vous voyez, la liste des courses est importante. Pour tous ces sujets, nous espérons décrocher une loi de financement à l’horizon 2022. Et j’espère que la Chambre des députés sera en mesure de décider cela».

Victime de son succès, le tram ne pourra tout de même pas aller partout au Grand-Duché. «À l’évidence, c’est un mode de transport de grande capacité », poursuit André von der Marck. «Il n’a pas vocation à aller partout. Le tram a vocation à structurer les déplacements urbains avec les pôles d’échanges et l’ensemble des lignes de bus qui sont rabattues, les parkings relais,… mais il n’a pas vocation à aller partout, c’est évident».

André von der Marck en quelques questions

Impossible de me passer de quel objet? 
 Au quotidien, chez moi, c’est vraiment mon piano.

Revivre un moment de ma vie? 
Je dirais revivre ma naissance, comme ça, ça me permettrait de revive une deuxième fois. Je n’ai aucun souvenir de ma naissance, mais finalement, cela ouvre la perspective d’une nouvelle vie.

La chose que j’aime le moins dans la nature humaine? 
La jalousie. Je crois que nous sommes dans un monde où la jalousie fait beaucoup de torts. Et on s’en passerait bien de la jalousie. Si nous étions tous dans l’espérance de bien vivre, et de vivre à la mesure et à la dimension de l’être humain, en respectant l’environnement, par exemple, en respectant les autres, en essayant d’avoir une vie sociale équilibrée, en étant ni trop riche, ni trop pauvre, en ne jalousant pas l’autre systématiquement, je crois que ce serait tout de même une belle perspective.

Réécoutez la séquence du vendredi 15 janvier 2021

Peut-on déjà dire que le tram de Luxembourg joue un rôle moteur dans le développement du Grand-Duché? «Le tramway, aujourd’hui, c’est la colonne vertébrale des transports publics dans le centre de notre capitale avec ses nombreuses stations de correspondance», a d’emblée indiqué André von der Marck, directeur général de Luxtram. «Nous avons des pôles de mobilité, nous avons des parkings relais (P+R), des relations avec les bus, le funiculaire, les gares… On voit bien que le tram agit comme une colonne vertébrale au travers de laquelle tous les mouvements, tous les déplacements dans l’agglomération sont possibles et sont facilités grâce à la régularité des fréquences du tram. Chaque rame peut contenir près de 400 personnes».

Mais combien de personnes transporte le tram tous les jours? «Depuis la mise en service jusqu’à la gare», précise le directeur de Luxtram, on est à au-delà des 30 000 voyageurs par jour. Ce qui est pas mal… et des centaines de gens ont travaillé sur ce projet. Ce sont des travaux gigantesques de déviation de réseaux. Par exemple, sur toute la section de centre-ville, nous avons refait tous les réseaux: l’eau, l’assainissement, l’électricité, le gaz, la fibre optique… Tout a été refait à neuf pour produire un nouveau service lié à ces réseaux et pour permettre que le tramway puisse s’installer».


Mais quelle était la plus grosse difficulté jusqu’à aujourd’hui? « Je ne me suis jamais endormi en me disant que l’on n’y arriverait pas», souligne André von der Marck. «Je ne suis pas dans cet état d’esprit, car il y a toujours des solutions, et Zorro arrive toujours quelque part. Nous avons toujours trouvé une solution, même sur les problèmes les plus difficiles. Et dans ma carrière, je n’ai jamais connu une telle situation avec le Covid. Jamais personne n’aurait pu imaginer vivre une telle situation. Je rappelle quand même que nos chantiers ont été arrêtés pendant de nombreuses semaines et qu’il a fallu mettre en place toute une série de mesures de distanciation et de protection de tous nos salariés et de toutes les entreprises. Les déplacements étaient complexes et tout cela nous a fait prendre du retard, mais on a essayé de le rattraper avec de nouveaux plans d’action, de nouvelles manières de travailler et de nouveaux «phasages». Et dans la tempête, le capitaine doit être inventif. Toutes nos équipes, et je dois les remercier, ont été constamment dans l’invention de nouvelles solutions pour tenir les délais et cette mise en service en décembre 2020».

Réécoutez la séquence du jeudi 14 janvier 2021

Le tram de Luxembourg à l'aéroport du Findel, c'est pour quand? «C'est tout à fait dans les tuyaux», a indiqué André von der Marck, ce mercredi, à Jean-Luc Bertrand dans la séquence «Story» diffusée sur L'essentiel Radio. «Cela fait partie de notre programme de cette première ligne. Et d'ailleurs très bonne nouvelle: les premiers travaux vont débuter dès 2022 quand nous allons débuter la construction au-dessus de l'autoroute juste après le Kirchberg et après le Tramsschapp, de manière à ce que le tramway puisse franchir l'autoroute et prendre la direction de l'aéroport. Les Ponts et Chaussées vont construire un superbe parking relais au niveau du Héienhaff et ensuite, nous pourrons poser nos rails de tramway. Tout ça est prévu pour une mise en service fin 2023-début 2024».

Compte tenu de toutes ces ramifications, le tram de Luxembourg va-t-il quitter la ville? «Bien sûr», confirme le directeur général de Luxtram. «Le ministre de la Mobilité, François Bausch, a confirmé le projet de tram rapide entre Esch et Luxembourg, avec vraisemblablement un morceau de tram urbain dans Esch, à cette échéance. Ce sera un super tramway qui reliera les deux grands pôles du Grand-Duché. On parle aujourd'hui entre 2025 et 2028. Les premières étapes en termes de décisions pourraient être prises dès 2022, avec un projet de loi de financement qui pourrait être prêt d'ici fin 2022. Luxtram a été mandaté à cet effet par le gouvernement pour travailler sur les premières études. On rentre maintenant dans l'opérationnel de ce très très beau projet, intéressant pour les transports publics, mais qui est également innovant au niveau de son concept».

André von der Marck en quelques questions

Quand je ne travaille pas? Oh je fais plein de choses... Déjà, je suis très casanier. Je dois dire que j'ai une vie familiale avec mon épouse, ma fille... qui me prend beaucoup de temps. Je passe beaucoup de temps avec ma famille, mais je joue aussi du piano. Je fais du piano-jazz et je prends quelques cours, encore. C'est ça le principe de l'étudiant. C'est d'étudier tous les styles pour pouvoir éventuellement, un jour, quand je serai plus âgé, trouver mon propre style.

Dans une boîte de crayons de couleur, je serais? Très clairement, le bleu, car ma maman m'habillait toujours en bleu. C'est ce qui m'allait le mieux. Au-delà de ça, le bleu, c'est le ciel et c'est bien évidemment la mer. Vous savez, j'ai passé six ans à Nice avec la mer tous les jours. Et le bleu, pour moi, c'est vraiment la couleur qui m'apaise. C'est la couleur qui me donne la bonne humeur et c'est aussi, finalement, le lien vers le cosmos et une forme de spiritualité. La Vierge Marie était habillée de bleu. Donc le bleu qui au Moyen-Âge était une couleur chaude et qui est maintenant plutôt considéré comme une couleur froide. Je vois le bleu comme une couleur d'espérance.

Réécoutez la séquence du mercredi 13 janvier 2021

Arrivé à la gare de Luxembourg en décembre 2020, avant de prendre prochainement la direction de Bonnevoie, le tram de la capitale ne laisse personne indifférent. Accompagné du Grand-Duc Henri, du ministre de la Mobilité et de la bourgmestre de Luxembourg-Ville, André von der Marck, le directeur général de Luxtram a reconnu qu’à ce moment-là, «c’était un feu d’artifice dans sa tête». «La première pensée, c’est beaucoup de stress et de l’anxiété», admet-il. «On est à l’affut de tout ce qui pourrait se passer. Les pannes ou d’autres incidents, donc la première pensée, c’est de faire en sorte que tout se passe bien selon le protocole et le programme établi».

«La deuxième pensée, ce jour-là, c’est quand même de se dire que nous avions dix invités», regrette André von der Marck. «Nous étions à dix et ce n’est pas normal pour l’inauguration d’un projet de tram. Normalement, on invite la population et elle n’a pu être là. Il n’y avait pas de musique sur les places publiques ou sur les trottoirs. Aucune animation… Tout ça n’a pas pu être fait (à cause de l’épidémie de Covid-19 et des mesures sanitaires). Évidemment c’est un grand regret. Un autre grand regret, c’est de ne pas avoir pu inviter les ouvriers, les entreprises, les architectes, les maîtres d’œuvre, donc finalement, j’ai vécu ces moments, aussi avec ces regrets-là».

«Avec deux fois cinq personnes dans les deux rames inaugurales», ajoute encore le directeur général de Luxtram. «Nous étions dans une forme d’intimité et une forme de convivialité. On avait l’impression d’être en famille, et je crois pouvoir dire que j’ai lu dans les yeux de nos invités, un sentiment de bonheur. Une espèce de petit bonheur familial. Lydie Polfer, la bourgmestre de Luxembourg, était très émue de revoir sa ville aménagée, embellie, je crois que ça lui tenait beaucoup à cœur. Même chose pour François Bausch, le ministre de la Mobilité. C’est une étape très importante pour la mobilité au Luxembourg. Avec le succès que l’on a vu les jours qui ont suivi. On a eu près de 30 000 voyageurs les jours qui ont suivi (l’inauguration de ce nouveau tronçon)».

André von der Marck en quelques questions


Mon premier job? 
 J’avais 14,5 ans, car à l’époque, on pouvait commencer à travailler à cet âge-là. Et c’était un job tout à fait étonnant, car j’étais enfermé dans un coffre-fort toute la journée pour compter l’argent. J’étais employé par la société des supermarchés d’Alsace et tous les jours, une quinzaine de dames et un seul jeune homme, moi, donc c’était assez agréable, et on comptait l’argent des caisses des supermarchés. On refaisait le compte pour voir si chaque caissière avait bien fait son travail. 



Avec mon premier salaire? 
Là aussi, je vais vous étonner, car à l’époque, je pratiquais un sport olympique, par ailleurs, qui est le tir à la carabine. Mon premier argent, c’était pour m’acheter une carabine de compétition à air comprimé. C’est quelque chose de particulier, mais ça m’a beaucoup aidé, car derrière, j’ai fait une belle carrière de sportif de haut niveau.

Réécoutez la séquence du mardi 12 janvier 2021

Le directeur général de Luxtram, André von der Marck, est l’invité de Jean-Luc Bertrand tout au long de la semaine. À la fin de l’année 2020, le tram de Luxembourg a mis un peu de paillettes dans cette année sombre, grâce à l’arrivée du tronçon à la gare de Luxembourg. «Le tramway est sur les rails», se félicite-t-il, «et c’est un projet qui doit être réalisé avec une logique de déploiements où l’on tient les délais et les budgets. Au fond, on a cet objectif de rendre ce service public de transport au plus grand nombre et dans les meilleurs délais. Finalement, on est très heureux, malgré le Covid et les arrêts de chantier, malgré toutes les péripéties que l’on a connues, de pouvoir offrir ce service gratuit à tout le monde».

Et durant les fêtes de fin d’année, de nombreux utilisateurs du tram ont pu constater les avantages d’un tel service. «Je dis toujours que l’on a le plus beau tramway au monde au Luxembourg», poursuit André von der Marck. «Nous avons tout d’abord un très beau véhicule, vecteur d’images, et j’ai eu la chance et l’honneur de travailler durant 18 ans avec le tram de Strasbourg. Et pendant près de six années à Nice, où il y a un autre très beau tramway qui circule, notamment avec une très belle section souterraine que j’ai eu la chance de concevoir. Mais je suis un peu en fin de carrière et mon bébé chéri, c’est quand même le tram de Luxembourg. Et c’est sûrement un de ceux que j’ai le mieux réussi».

Avec une section déjà active entre le Kirchberg et la gare de Luxembourg, le tram de la capitale ne compte pas en rester là, dans les années à venir. «Nous nous adaptons actuellement à nos clients avec des trams présents toutes les cinq minutes», poursuit André von der Marck. «Mais à terme, nous pourrons descendre à des fréquences de trois minutes. Et les travaux vers le sud et le Lycée Bonnevoie ont d’ores et déjà démarré, car les ponts et chaussées travaillent sur le pont Buchler, qui est situé juste après la gare. Et nous allons commencer les premières poses de voies à partir des mois de mars et avril 2021, de manière à mettre en service, d’ici l’été 2022, plus ou moins 18 mois supplémentaires, deux stations supplémentaires jusqu’au Lycée Bonnevoie».

Réécoutez la séquence du lundi 11 janvier 2021

La playlist de André von der Marck

«Hotel California», des Eagles, est le premier titre à intégrer la playlist d'André von der Marck. «Cela fait du bien des les écouter, car c’est finalement ma jeunesse à moi», reconnaît-il. «Ce sont les années 80 et c’est un grand rêve américain. Et je dois vous dire que mon premier grand voyage, quand j’avais un peu plus de 25 ans, c’était justement en direction de la Californie. À cette époque-là, je n’étais absolument pas branché «tramway», puisque j’étais étudiant en architecture à Strasbourg et au fond, j’étais sur la perspective d’exercer un métier d’architecte».

Deuxième titre: «Out of Africa». «C’est magnifique», s’enflamme André von der Marck. «D’abord, la plage musicale est extraordinaire, mais en plus de cela, elle est complètement raccord avec les paysages, ces grandes étendues de savane africaine que l’on voit d’ailleurs dans le film. C’est aussi très sensuel, avec cette scène où Meryl Streep se fait laver les cheveux, que tout le monde a en souvenir. Pour moi, c’est aussi la porte ouverte vers les grands espaces. J’ai eu l’occasion de les découvrir en Afrique du Sud et c’était magnifique. Cette musique est complètement raccord avec le film».

«The Show Must Go On» du groupe Queen est le troisième titre de la playlist d'André von der Marck. «Magnifique opéra-rock avec un chanteur à la destinée incroyable. Les mélodies sont superbes et la manière de les présenter avec force, c'est un engagement total de ce groupe. C'est juste le groupe du XXe siècle».

C’est une surprise, mais le titre «Zorro est arrivé» fait également partie de la playlist du directeur général de Luxtram. «Ce n’est pas moi que l’on appelle Zorro, mais j’aime beaucoup cette musique», reconnaît-il, «car elle donne beaucoup d’enthousiasme dès qu’on l’entend. Elle donne le sourire aux lèvres. Pour la génération de ceux qui ont aujourd’hui 60 ans, enfants, nous étions tous des "Zorro" dans la cour d’école. Et j’ai aussi une pensée pour Henri Salvador, le chanteur, qui était un très bon guitariste de jazz également».

Et pour finir en beauté, André von der Marck nous propose «La Boheme» de Puccini. «Vous l’avez compris», reconnaît-il, «la musique habite ma vie. Je ne suis pas un obsédé de l’opéra, mais Puccini me fait craquer à tous moments. Et je n’ai pas encore compris la magie des œuvres de Puccini. Il y a deux ans, j’ai eu le bonheur d’aller à la Scala de Milan écouter la Bohème de Puccini. Je me suis retrouvé comme beaucoup d’Italiens en larmes. Je ne sais pas d’où venaient ces larmes, mais cette musique, au fond, est la seule à me mettre dans cet état. Il semblerait que le cerveau et les neurones puissent être mis dans un état de jubilation extrême. L’œuvre de Puccini me met quasi systématiquement dans cet état. Maintenant, je comprends pourquoi les Italiens pleurent dans les salles d’opéra».

(Frédéric Lambert / L'essentiel )