François Grosdidier

21 décembre 2020 14:58; Act: 04.01.2021 18:04 Print

«Metz et Luxembourg doivent s'entendre»

LUXEMBOURG - Au niveau de la formation et des transports, le maire de Metz, François Grosdidier, veut renforcer les liens avec le Grand-Duché.

storybild

François Grosdidier, maire de Metz, est l'invité de Jean-Luc Bertrand tout au long de cette semaine.

Sur ce sujet
Une faute?

Tout au long de cette semaine, François Grosdidier, le maire de Metz, était l'invité de Jean-Luc Bertrand sur L'essentiel Radio. «Un rendez-vous est prévu avec le Premier ministre Xavier Bettel, mais ce sera après le confinement», a-t-il rappelé sur nos ondes. «On s'est connus lorsque j'étais maire de Woippy et lui bourgmestre de Luxembourg. Nos relations ne posent pas de problèmes et nous n'avons jamais eu de sujets antagonistes, contrairement à mon prédécesseur (Dominique Gros)».

Qu'est-ce qui fait que les villes de Luxembourg et de Metz sont vraiment complémentaires? «D'abord, ce sont deux grandes voisines, deux grandes villes historiques», rappelle François Grosdidier. «Ce sont deux villes qui rayonnent, de façon différente, avec des statuts différents. Ce sont des villes complémentaires sur le plan culturel, sur le plan de la formation et sur le plan économique. Elles ont absolument tout pour s'entendre et elles doivent s'entendre».

«Et la rivière de la Moselle est absolument structurante», poursuit le maire de Metz. «Nous l'avons d'ailleurs structuré sur le sillon lorrain du côté d'Épinal, Nancy, Metz et Thionville. La suite, c'est Luxembourg et Trèves. Metz possède la plus belle gare de France, mais Metz est une des plus belles villes de France. Elle est doit être plus soignée et elle gagne à être connue. On a encore une image qui n'est pas à la hauteur de notre réalité. Metz, ça doit être un musée à ciel ouvert. Nous allons vraiment travailler à cette mise en valeur de Metz. Et les lanternes doivent devenir la marque de fabrique du marché de Noël de Metz qui se distinguera ainsi».

Mais que pense le maire de Metz du FC Metz? «Le FC Metz rayonne et fait connaître Metz au moins autant que le centre Pompidou ou sa cathédrale», affirme François Grosdidier. «Le football est un sport extrêmement populaire et le FC Metz, souvent avec des moyens très réduits par rapport aux grands clubs, réussit dans la durée des performances exceptionnelles. Et le FC Metz va avoir son monument avec le nouveau stade qui sera visible depuis l'autoroute. Ce sera un phare à éclats extraordinaire».

Réécoutez la séquence du jeudi 24 décembre 2020

François Grosdidier est l'invité de Jean-Luc Bertrand tout au long de cette semaine et il continue de jeter des ponts entre Metz, où il est maire depuis l'été 2020, et le Grand-Duché. Mais qu’est-ce que le QuattroPole fondé vers l'an 2000? «C’est quatre villes, Metz, Luxembourg, Trèves et Sarrebruck, qui ont décidé, il y a longtemps, longtemps, déjà, de se parler et de s’organiser, même quand les frontières existaient. C’est Jean-Marie Rausch qui en avait la première intuition en se disant que les histoires bi-millénaires de ces villes les unissaient. Et surtout leur destin: être unies lors du 3e millénaire. Voilà l’idée et nous avons des échanges culturels et nous évoquons des sujets qui relèvent de la compétence communale, mais aussi sur les transports et la formation».

«Au Luxembourg, je retrouve, à chaque fois, Lydie Polfer, la bourgmestre de la capitale, avec beaucoup de plaisir», poursuit François Grosdidier. «On a pu se voir physiquement, mais pour le moment, (avec la crise du Covid-19), c’est davantage en vidéo, mais nous sommes bien décidés à resserrer les liens pendant ce mandat et à nous projeter vers l’avenir». 



Mais que veut dire le maire de Metz quand il affirme qu’il y a de nombreux emplois non satisfaits de part et d’autre de la frontière entre le Luxembourg et la France? «C’est un paradoxe», explique-t-il, «car même en Moselle, on a un taux de chômage de près de 10% et on est quatre fois au-delà même dans certains quartiers et puis, on a des entreprises qui n’arrivent pas à recruter. C’est peut-être un problème de motivation, mais surtout d’orientation, de formation et de qualification. Donc il faut former en fonction des métiers qui existent et pas en fonction de ceux qui n’existent pas. Il faut orienter les collégiens et puis former les demandeurs d’emplois pour leur donner une deuxième chance».

«Et puis on a le marché luxembourgeois et il faut également former pour le Luxembourg», poursuit François Grosdidier. «Mais il faut alors aussi faciliter les transports. Plus c’est compliqué d’aller physiquement au Luxembourg, plus le Luxembourg aura du mal à embaucher en France et plus les Français auront du mal à y aller. Voilà les sujets que les élus doivent prendre à bras-le-corps».

François Grosdidier en quelques questions

La personne qui m’a bluffé? 
 J’aurais tendance à dire Jacques Chirac, président de la République française de 1995 à 2007, car j’étais vraiment impressionné. Il était vraiment comme on l’imaginait. Je le voyais comme un monument, car je l’avais vu, gamin, à la télévision. J’étais gamin quand il était Premier ministre et quand je suis arrivé à l’Assemblée, (en tant que député), je l’ai rencontré comme un copain et on a pu parler de plein de sujets n’ayant rien à voir avec la politique. J’ai été surpris par la profondeur de notre relation humaine.

Mais au tout début de ma carrière politique, j’ai déjà eu la chance de côtoyer un monument de la politique en la personne de Pierre Messmer. Et puis, j’habitais Hagondange et il était à Amnéville. Jean Kiffer, était un homme complètement atypique. À l’opposé, sur le plan du personnage, j’ai beaucoup appris, en tant que vice-président de la Métropole qui était encore la CA2M, aux côtés de Jean-Marie Rausch. J’ai eu de la chance, car cela a beaucoup contribué à me former, moi qui étais plutôt un « self-made-man » de la politique. On sortait différent après avoir collaboré avec eux et les avoir fréquentés.

Quand je ne travaille pas? 
 C’est vrai que je travaille beaucoup en général, de 8h à 22h, le week-end aussi, mais j’aime me retrouver seul ou en tout petit groupe ou dans l’intimité familiale, ou dans la nature en forêt et quand je le peux, même en mer.

Réécoutez la séquence du mercredi 23 décembre 2020

Arrivé aux commandes de la mairie de Metz en 2020, François Grosdidier reconnaît que ses débuts n’ont pas été évident avec la crise actuelle liée à l’épidémie de Covid-19. Avec peu d’argent dans les caisses, comment est-il possible de se projeter dans l’avenir, notamment au niveau de la mobilité entre Metz et le Luxembourg ? «Il y a des enjeux de court-terme avec la proximité, la sécurité, la propreté ou encore la qualité de vie», a-t-il concédé sur nos ondes. «Et puis, il y a les enjeux de long terme comme les grandes infrastructures de transport et c’est aussi la formation où nous formons les générations futures et les emplois dans 10, 20 ou 30 ans. Nous devons donc travailler ensemble (avec le Luxembourg) sur ces deux enjeux, côté français et côté luxembourgeois, car nous ne formons finalement qu’une Métropole».

«Metz-Thionville, sur le plan physique, c’est déjà une métropole», poursuit François Grosdidier. «Et on a la chance d’avoir un bassin de vie avec deux marchés du travail, car on a celui du voisin qui est tellement proche que l’on pourrait même parler d’une agglomération Metz-Thionville, sauf qu’elle n’a pas été organisée comme ça, car des deux côtés de la frontière, l’organisation administrative est très différente. Du côté luxembourgeois, on a la ville et l’état, et en France, on a ce fameux mille-feuilles, donc je m’efforce pour que l’on ne parle que d’une seule voix du côté français. De la ville à l’état en passant par la métropole et les régions pour que l’on travaille sur nos infrastructures de transports et sur notre formation. Il ne suffit pas d’être dans un discours “vous me devez ça”, “vous me créez un préjudice”, “des réparations en me reversant des impôts”,… Non».

Taxer le trafic poids lourds sur l’autoroute qui traverse la Lorraine, c’est une volonté des maires de Metz, Nancy, Thionville et Epinal. Où en sont-ils sur ce dossier? «Pour l’instant, on le demande et l’état français est aux abonnés absents», regrette François Grosdidier. «C’est absurde de ne pas avoir fait une écotaxe poids lourds sur la France entière, puisque nos voisins allemands et suisses le font. Du coup, on a sur la France, tout le transit du nord au sud de l’Europe. Et si c’est opérationnel en Alsace, ça doit aussi l’être en Lorraine, mais le mieux, ce serait une gestion au niveau de la région. Il faut se mettre à l’heure de l’Europe pour internaliser le coût environnemental des transports».

François Didier en quelques questions

Mon premier job rémunéré ? J’ai quitté le Lycée dans la précipitation en me faisant virer, pour être franc. Et je suis parti à l’armée comme engagé pendant dix-huit mois. En sortant, j’ai dû bosser et mon premier job, c’était employé au supermarché Cora de Moulins-lès-Metz et en même temps, j’ai repris mes études de droit. Ma première paye, c’était pour me nourrir, me loger et payer ma bagnole. J’avais décidé moi-même de quitter ma famille et j’ai mis un point d’honneur à ne pas leur demander le moindre franc, à l’époque, à vivre par moi-même, à assumer mes décisions et mes bêtises.

Un souvenir de vos 18 ans ? J’étais l’enfant-rebelle. J’étais encore au lycée parce que j’avais redoublé et je m’étais fait virer. C’est le départ vers Djibouti. Je m’étais engagé dans l’armée pour découvrir le monde.

Réécoutez la séquence du mardi 22 décembre 2020

Maire de Metz, président de Metz-Métropole, patron des maires de Moselle, François Grosdidier est l’invité de Jean-Luc Bertrand tout au long de cette semaine. «Ce n’était pas ma première prise de fonction», a-t-il rappelé sur nos ondes, «mais cette année 2020 était compliquée. Déjà avec trois mois de retard sur le calendrier prévu (pour les élections municipales en France, en raison de l’épidémie de Covid-19), arriver en plein été alors que beaucoup de collaborateurs partent en vacances, et de grandes difficultés pour rencontrer physiquement le personnel, sans oublier les grandes difficultés financières».

«Avant le Covid, ce n’était déjà pas simple, car les caisses étaient vides à Metz», regrette François Grosdidier, «mais avec une dégradation des comptes, plus de dépenses qui n’étaient pas prévues… Rien que les masques, c’est 100 000 euros/mois, et avec moins de recettes, et il y en aura encore moins l’année prochaine en 2021 et la suivante, car on va avoir un effet sur les impôts économiques de la Métropole. Effectivement, ce n’est pas simple». De la part de ses prédécesseurs, François Grosdidier n’a donc pas pu bénéficier du moindre héritage financier. «J’aurais préféré succéder à Jean-Marie Rausch (maire de Metz pendant 37 ans, de 1971 à 2008), mais là, les caisses étaient vides, et là, même l’argent qui devait rentrer pour financer le minimum a été réduit par la Covid».

Mais que représente le Luxembourg pour le maire de Metz ? «C’est un voisin et c’est un atout extraordinaire», souligne François Grosdidier, «car il se produit un phénomène mondial de prospérité au Luxembourg qui fournit de l’emploi à 100 000 Mosellans, qui continuent à habiter et à dépenser en Moselle. C’est une aubaine extraordinaire, c’est comme si une énorme usine s’était implantée. On a perdu 100 000 emplois dans l’industrie lourde en deux générations et on les retrouve au Luxembourg. Les relations entre Metz et le Grand-Duché doivent donc être harmonieuses. Je ne comprenais pas les discours de mes prédécesseurs qui attaquaient Luxembourg, comme s’il nous volait nos impôts, ou comme s’il nous volait notre main-d’œuvre qualifiée, car c’est tout bénéfice des deux côtés de la frontière. Et je crois qu’il faut cultiver ça».

Réécoutez la séquence du lundi 21 décembre 2020

Le titre «Tri martolod» de Alan Stivell, sorti en 1971 est la première chanson à intégrer la playlist de François Grosdidier, ce lundi. «Alan Stivell, parce que cela représente une Bretagne des années 1970, une époque de rébellion et en même temps, la culture d’une certaine tradition avec une identité totalement ouverte. Et puis, ça me ramène à mes souvenirs de vacances de Bretagne, de voile que j’adore, de liberté et de grand horizon. Donc pour moi, c’est tout ça, la musique bretonne».

Tout comme Michèle Detaille, François Grosdidier a choisi la Sarabande de Haendel comme deuxième titre de sa playlist. «Alors, il y en a des plus joyeuses, mais celle-là montre toute la gravité de la vie. Barry Lyndon, c’est un destin, avec toute sa gloire, la décadence et ses revers. C’est pour moi une musique qui est très profonde». Troisième titre de François Grosdidier, «Ma Préférence», de Julien Clerc. «C’est les années d’adolescence», se souvient-il. «Les années romantiques, les années des premières boums».

La playlist de François Grosidier

(Frédéric Lambert / L'essentiel )