Viol comme arme de guerre

25 avril 2019 10:35; Act: 25.04.2019 17:13 Print

Les États-​​Unis sapent le combat de Maria Teresa

Un mois après le forum dédié, à Luxembourg, aux victimes de violences sexuelles dans les zones de guerre, le combat de la Grande-Duchesse a connu un coup d'arrêt à l'ONU.

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L'avocate Amal Clooney, épouse de l'acteur Georges Clooney, en compagnie de l'activiste irakienne Nadia Murad Basee Taha et le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege au Conseil de Sécurité des Nations Unies, le 23 avril 2019. (photo: AFP/Drew Angerer)

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Les Nobel de la Paix 2018 congolais Denis Mukwege et yazidie Nadia Murad ont réclamé mardi à l'ONU justice pour les victimes de violences sexuelles dans les conflits, lors d'un débat paradoxal qui a vu l'adoption d'une résolution amputée de sa substance par les Etats-Unis et la Russie. «Nous déplorons que des menaces de veto aient été agitées par des membres permanents de ce Conseil pour contester 25 ans d'acquis en faveur des droits des femmes dans des situations de conflits armés», a lancé l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre, après l'adoption du texte par le Conseil de sécurité par 13 voix et 2 abstentions (Russie et Chine).

En recul sur l'avortement et opposés à la Cour pénale internationale, les États-Unis ont voté pour la résolution mais après en avoir fait retirer lors des négociations ses mentions liées aux droits sexuels et reproductifs. La création d'un "mécanisme" facilitant la poursuite en justice des auteurs de violences sexuelles a aussi été rejetée par Washington, Moscou et Pékin. «Nous sommes consternés par le fait qu'un État ait exigé le retrait de la référence à la santé sexuelle et reproductive pourtant agréée» dans de précédentes résolutions en 2009 et 2013, a précisé François Delattre en visant les États-Unis. «Il est intolérable et incompréhensible que le Conseil de sécurité soit incapable de reconnaître que les femmes et les filles qui ont subi des violences sexuelles en temps de conflit et qui n'ont évidemment pas choisi d'être enceintes, ont le droit d'avoir le choix d'interrompre leur grossesse», a-t-il insisté. Dans son texte d'origine, l'Allemagne voulait créer un groupe de travail formel - idée abandonnée -, pousser à la création d'un organisme international pour aider à faire juger les coupables, et développer la protection des survivants, notamment les femmes violées tombant enceintes.

Veto américain

Les négociations ont été ardues, selon des diplomates. Outre la menace d'un veto américain, Russie et Chine ont été jusqu'à proposer un texte concurrent à celui de l'Allemagne sans aller jusqu'à demander un vote. Moscou et Pékin ont expliqué vouloir combattre les violences sexuelles dans les conflits mais dénoncé «des interprétations laxistes» dans le texte allemand et des «manipulations» pour créer de nouvelles structures et «outrepasser» des mandats existants. En définitive, cette triple opposition américano-russo-chinoise a conduit l'Allemagne à réduire à la «portion congrue» son texte, selon un diplomate. «Les Américains ont pris en otage une négociation, à partir de leur idéologie, c'est scandaleux», abonde un autre diplomate.

Interrogé sur ce recul, l'ambassadeur allemand à l'ONU, Christoph Heusgen, a reconnu que son pays aurait préféré "un langage fort". Le choix était de renvoyer le texte à plus tard ou d'accepter les suppressions demandées. Denis Mukwege et Nadia Murad ont opté pour la mise au vote, s'est-il justifié. Dans un communiqué, plusieurs pays nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède) ont «profondément regretté» l'absence de référence dans le texte adopté aux droits sexuels des victimes «en raison d'une menace de veto» américain.

«Il va être trop tard...»

«Les aides pour les survivantes, comme l'accès à la contraception d'urgence ou l'interruption de grossesses en toute sécurité, doivent être renforcées», a souligné l'ambassadrice norvégienne, Mona Juul. Lors du débat, les deux Nobel de la Paix avaient pourtant mis clairement le Conseil de sécurité devant ses responsabilités, en réclamant des progrès substantiels en matière de justice et de protection des survivantes. «Pas une seule personne n'a été traduite en justice pour esclavage sexuel», a souligné Nadia Murad, en évoquant sa communauté yazidie détruite par le groupe jihadiste État islamique en Irak et Syrie. «Nous prononçons des discours à l'ONU mais aucune mesure concrète ne suit en matière de justice et rien n'a été fait», a-t-elle insisté.

«Qu'attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes», s'est aussi interrogé Denis Mukwege, en demandant l'établissement de tribunaux nationaux ou internationaux dédiés au jugement des coupables de violences sexuelles dans les conflits. Avocate de victimes yazidies, Amal Clooney a aussi déploré la faiblesse de la réponse internationale. Elle a accusé les États-Unis et la Russie de s'opposer à la création d'une justice internationale contre ces crimes. Sierra Leone, Cambodge, Rwanda, Bosnie, Nuremberg... Une justice a été rendue pour ces dossiers, a-t-elle rappelé au Conseil de sécurité. «Si nous n'agissons pas maintenant, il va être trop tard», a-t-elle aussi dit, en rappelant la détention actuelle de milliers de combattants du groupe État islamique, qui pourraient être relâchés et n'auraient alors qu'à se couper la barbe pour se fondre dans les populations en toute impunité, selon elle.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Le Suisse le 25.04.2019 17:00 Report dénoncer ce commentaire

    Comment peut-on ne tergiverser ne fusse qu'une seconde sur des sujets pareils."L'Homme" est un monstre, que je vais finir par détester.Inadmissible, des personnes se battent pour de l'humanité et des pays s'y opposent ou ses représentants n'en ont pas assez dans le froc et s'abstienne de voter.C'est à vomir...d'ailleurs c'est fait.

  • Zen le 25.04.2019 18:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    L'ONU est une vaste blague. Les immondes personnages qui siège au soit disant conseil de la paix n'en on strictement rien à foutre du sort des victimes des conflits, conflits qui sont engendré par les nations qui y siège. C'est intolérable

  • Fairytale le 25.04.2019 17:59 Report dénoncer ce commentaire

    Comme d'habitude on fait 1 pas en avant et 3 en arrière !

Les derniers commentaires

  • Marina le 26.04.2019 10:39 Report dénoncer ce commentaire

    Si SAR la Grande-Duchesse et Madame Clooney décident de continuer à se battre en suivant la voie des lois nationales, il faudra fortifier économiquement le pouvoir judiciaire de ces deux pays. En effet, bien que le juge soit sensible à la gravité de ces crimes, il se doit aussi de géré les places disponibles en prison et le coût de telles détentions.

  • Marina le 26.04.2019 10:26 Report dénoncer ce commentaire

    Étant donné la situation à l'ONU, ne peut-on pas juger les esclavagistes sexuels de l'EI selon la loi ordinaire de l'Irak et de la Syrie? Il existe sûrement des lois nationales punissant le viol, le kidnapping, la torture et l'esclavage. C'est tout de même beaucoup mieux que de les laisser être libéré sans qu'ils aient à rendre compte de leurs crimes.

  • 57 le 26.04.2019 06:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Honteux nous sommes en 2019. Il faudrait avancer et non reculer. Les lois sont faites pour aider et les victimes et combattre les agresseurs. Et là c'est tout le contraire les agresseurs seront impunis voir même peut être félicité. Je pleins c'est enfants, femmes et hommes. Et pourquoi ne parle t on plus des rohinganais ?!?

  • yves le 26.04.2019 00:06 Report dénoncer ce commentaire

    Russie...Chine...et bien sûr USA... franchement ? Etonnés ??

  • Grand Maître le 25.04.2019 22:14 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et personne ne dit rien.....Que fait l'ambassadeur des americains à Luxembourg alors ?? Si on veut, on peut !!Ou alors on ne se plaint !Ah la politique.