Sécurité

09 novembre 2021 07:00; Act: 08.11.2021 19:51 Print

Le Luxembourg face à la menace d'attentat terroriste

LUXEMBOURG - Islamisme radical, extrême droite, le pays n'est pas épargné par le risque terroriste. Comment luttent les autorités? Où en sont les principales affaires?

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Le procès de Kevin M. a débuté à la fin du mois d'octobre, au tribunal de Luxembourg. (photo: Editpress)

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Ce mardi devrait s'achever le procès du Luxembourgeois Kevin M. et de la Française Alyson A., un couple accusé de «propagande terroriste». Une première en la matière au Luxembourg. Évoquée de façon épisodique au niveau politique, absente des débats en commission parlementaire, la menace terroriste n'épargne pourtant pas le Grand-Duché. Depuis la vague d'attentats au cours des années 2010 en Europe, plusieurs affaires sont en effet venues secouer le pays.

Il y a d'abord eu ces six résidents partis faire le jihad en Syrie. Au moins deux d'entre eux sont décédés, a-t-on appris en 2014. Un autre, Davide de Angelis, a été arrêté à Canach puis extradé en Espagne. Reste le cas très médiatique de Steve Duarte. Soupçonné d'exactions (NDLR: Le Portugais originaire de Kehlen a été identifié dans une vidéo d'exécution), le trentenaire est toujours détenu dans une prison syrienne contrôlée par les Kurdes, à Hassaké. Né au Luxembourg, il a manifesté son souhait de rentrer au pays pour y être jugé. Interrogé par L'essentiel il y a deux ans, le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn avait répondu «qu'il s'agissait bien d'une affaire judiciaire et non politique».

Sera-t-il un jour extradé vers le Grand-Duché ou vers le Portugal, dont il est citoyen? Difficile d'envisager une issue, tant la question du rapatriement des Européens partis combattre aux côtés de l'État islamique au milieu des années 2010 semble aussi sensible qu'incertaine. «Le parquet continue à suivre ce dossier, qui est à l’instruction. Pour l’instant, il n’y a pas de fait nouveau à communiquer», répond l'autorité judiciaire. Même son de cloche du côté du ministère des Affaires étrangères.

(Le jihadiste dans cette vidéo de propagande serait Steve Duarte)

Le cas Duarte n'est pourtant pas le seul à mobiliser les autorités luxembourgeoises. D'après nos informations, au moins cinq personnes étaient fichées pour radicalisation au Luxembourg au moment des attentats qui ont ensanglanté la France en 2015. Si la police se garde bien de préciser l'évolution du contenu de ce fichier, elle poursuit «un travail d’enquête visant à déterminer le degré de radicalisation de certains individus», ainsi «qu'un suivi» de personnes connues pour «leur radicalisation ou leur potentiel de passage à l’acte».

Dans ce domaine, tout se passe en coulisse, dans un cadre légal bien précis. La surveillance de personne(s) est possible sur ordonnance d'un juge d'instruction, explique le ministère de la Sécurité intérieure. «Le Service de renseignement de l'État (SRE) peut aussi procéder à des surveillances» lorsqu'il existe notamment «une menace pour la sécurité nationale», précise-t-il.

Il y a plusieurs années, l'AMCO (Association multiculturelle de l'Ouest), une mosquée d'Esch-sur-Alzette, avait notamment suscité l'intérêt des autorités après avoir été fréquentée par des résidents partis faire la guerre en zone irako-syrienne, Steve Duarte compris. Selon nos informations, le lieu est toujours ouvert, et refuse catégoriquement tout échange avec la Shoura (Assemblée de la Communauté musulmane du Luxembourg).

Le lieu de culte de l'AMCO avait été vandalisé après les attentats de Paris, en 2015.

Contrairement à ses voisins, le Luxembourg n'a pas eu à déplorer un attentat sur son territoire au cours des dernières décennies. Cela n'empêche pas notre pays d'apparaître régulièrement comme un lieu de passage ou de transit dans diverses affaires. En 2018, «une coopération judiciaire très étroite entre le parquet de Luxembourg et les autorités judiciaires belges» a permis «d'éclaircir des zones d'ombre» sur un attentat en préparation au nord de Paris. L'engin explosif avait notamment transité via Luxembourg-Ville.

En 2016, le procès d'un Allemand qui a combattu pour Daech a permis de déterminer qu'Ali L. s'était rendu en Syrie via la Turquie en prenant l'avion au départ de Luxembourg. «Le parquet, seul compétent pour le territoire luxembourgeois, a des échanges réguliers avec les autorités judiciaires européennes et internationales», répond l'autorité judiciaire.

«Montée en puissance de la menace d’extrême droite»

Dans de rares cas, le Luxembourg peut se retrouver au centre du jeu. L'affaire la plus marquante concerne les soupçons de préparation d'acte terroriste à Pétange en 2015. Six ans plus tard, l'affaire a été classée, «l’analyse des documents qui avaient été saisis lors d'une perquisition et l'enquête qui s’en est suivie n’ayant pas permis de corroborer les faits présumés», répond le parquet.

Si ces investigations concernent le terrorisme islamiste, il serait erroné de résumer la menace à cette seule mouvance. «Les récentes années furent notamment marquées par la montée en puissance de la menace liée à l’extrême droite», indique la police. Au début du mois, la police a retrouvé des armes et de la propagande d'extrême droite chez un individu qui s'était fait remarquer en saccageant un pub de Schifflange.

Illustration d'un phénomène parfois complexe, un «éco-fasciste» faisant partie d'un groupe néonazi avait également été arrêté en février 2020 à Strassen. Le Suédois, poursuivi pour «commercialisation et utilisation de précurseurs d'explosifs», «n'est plus en détention préventive, mais a été placé sous contrôle judiciaire». L'instruction pourrait être bouclée d'ici à la fin de l'année, ce qui supposerait un procès dans la foulée. Le deuxième en matière de terrorisme au Luxembourg...

(Thomas Holzer/L'essentiel)