Incident à Luxembourg

06 septembre 2021 07:00; Act: 06.09.2021 10:23 Print

Dérapage d'agents ou légitime défense?

LUXEMBOURG-VILLE - Après l’incident impliquant des agents de la société G4S, un chien d’arrêt et un individu ivre, samedi soir, la polémique gagne la sphère politique.

storybild

Les faits se sont produits samedi soir, non loin de la gare de Luxembourg. (photo: Capture d'écran Facebook)

Sur ce sujet
Une faute?

«Des insultes ont commencé à pleuvoir de part et d’autre, jusqu’à ce que la personne, qui est un de mes clients, reçoive un coup de poing et tombe au sol», témoigne une serveuse d’une brasserie toute proche, présente sur les lieux de l’incident, samedi, vers 22h20. «À partir de ce moment-là, tout s’est enchaîné dans un déferlement de violence extrême: les quatre agents et leur chien sans muselière se sont rués sur l’homme à terre et l’ont roué de coups. Il avait la cuisse ouverte, je voyais sa chair. Une horreur», dit-elle, toujours sous le choc.

Aux premières loges malgré elle, la dame décide d’appeler la police. «C’est moi qui les ai appelés», confirme-t-elle, «car cela allait vraiment mal tourner. Ils ont plusieurs fois donné l’ordre aux chiens d’attaquer». Pour elle, c’est clair, «les agents de sécurité n’ont pas du tout bien fait leur travail».

Alertée, la police est arrivée «au moins dix minutes plus tard» à grands renforts à l’avenue de la Gare. «Ils ont bien fait leur boulot», poursuit la serveuse, «ils ont prodigué les premiers soins à la victime, qui a été emmenée en ambulance une dizaine de minutes plus tard, avant de récolter les témoignages de toutes les personnes présentes». Du côté des forces de l’ordre, la communication, lapidaire, fait état «d’une intervention vers 22h30, à l’avenue de la Gare. Une personne a été blessée et emmenée à l’hôpital, mais n’a pas été hospitalisée». Pour le reste, la police se contente d’un laconique «l’enquête est en cours».

«La personne à l’origine de l’incident est bien connue de la police»

Laurent Jossart, managing director de G4S Luxembourg, parle de «légitime défense» dans le chef de ses agents, qu’il «défend», puisque G4S Luxembourg «a déposé plainte» à la police dans la foulée des faits. Selon lui, «les quatre agents ont été violemment attaqués par un assaillant, qui a projeté l’un d’eux au sol, et en tombant, le maître-chien a lâché l’animal, qui portait bien sa muselière, mais celle-ci se serait détachée dans le feu de l’action». Et le dirigeant de rappeler que tous ses agents «sont dûment formés pour ne pas réagir aux provocations verbales et briefés pour faire preuve d’une extrême prudence».

Prévenue de l’incident, la bourgmestre de Luxembourg, Lydie Polfer, s’est dite «choquée par des images que l’on ne devrait jamais voir». L’élue DP, qui avait appelé en renfort au printemps dernier la société de gardiennage G4S dans trois quartiers de la Ville, dont celui de la Gare, pour une mission de six mois, a bien évidemment contacté les responsables de ladite société. «Ils m’ont confirmé qu’un de leurs agents a lui aussi été blessé dans la bagarre», relate-t-elle, ajoutant que «la personne à l’origine de l’incident est bien connue de la police» et aurait «poursuivi son esclandre à l’hôpital» avant d’être «emmenée en cellule de dégrisement».

Les informations recueillies par Lydie Polfer, qui n’a pas été témoin de la scène, font état d’une savante gradation de la violence: «Les agents de sécurité disent qu’aux menaces verbales ont succédé une menace à l’aide d’une chaise, puis dans un troisième temps, à l’aide d’une arme à feu». Une dernière allégation que Laurent Jossart assortit toutefois du conditionnel.

«Plus urgent qu'une question parlementaire»

Une version que ne corrobore pourtant pas la serveuse. «Je peux vous certifier qu’à aucun moment il n’y a eu des menaces de mort, pas plus que l’usage d’un revolver», appuie-t-elle.

Si dans sa gravité, cet incident représente «une première» selon Lydie Polfer, «les problèmes de violences et de drogues sont récurrents dans le quartier Gare», avoue-t-elle. Un incident sur lequel a rapidement rebondi Marc Goergen, député du parti Pirates, pour qui «une société privée n’a aucunement le droit d’utiliser un chien d’arrêt comme arme».

Et l’élu ne compte évidemment pas en rester là. «Dès dimanche, j’ai envoyé une lettre au Parlement pour en savoir plus et j’ai lancé une invitation pour une réunion avec les ministres de la Sécurité intérieure, Henri Kox, et de la Justice, Sam Tanson, ainsi que les services de police. C’est plus haut et plus urgent qu’une question parlementaire».

Bref, l’incident de samedi soir dans la capitale risque de sérieusement agiter la sphère politique dans les jours et les semaines à venir.

(L'essentiel/Jean-François Colin)