Enrico Macias

03 mai 2017 19:23; Act: 04.05.2017 09:24 Print

«J'ai perdu ma femme à cause de cette banque»

LUXEMBOURG/PARIS - Le chanteur s'est emporté mercredi contre Landsbanki Luxembourg, au deuxième jour du procès de cet établissement et de ses dirigeants pour escroquerie.

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Enrico Macias a été ruiné. (photo: AFP/Franck Fife)

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L'interprète de «Les filles de mon pays» n'est pas seulement le plus médiatique des plaignants dans cette affaire qui vaut à neuf hommes et une personne morale d'être jugés pendant un mois par le tribunal correctionnel de Paris. Il est surtout le premier à avoir porté plainte en 2009 contre Landsbanki Luxembourg, et celui qui a signé le plus gros contrat de prêt avec cette filiale d'une banque islandaise.

En 2007, le chanteur veut rénover sa villa de Saint-Tropez mais les banques françaises refusent de lui prêter cinq millions d'euros. Et voilà que Landsbanki Luxembourg lui propose un crédit non pas de cinq, mais de 35 millions d'euros: neuf millions en liquide, et le solde placé essentiellement en contrats d'assurance-vie. En échange, il gage sa propriété. «Pour moi c'était une banque d'État», comme «la Banque de France», «j'avais une confiance illimitée», raconte Enrico Macias, 78 ans, costume marine sur chemise noire. Il signe et il est «super content», car persuadé, comme la centaine d'autres parties civiles, de faire une «opération blanche» ou «autofinancée», les intérêts du prêt étant couverts par le rendement des fonds placés par la banque.

«Je ne vais pas me laisser faire»

Mais en 2008, tout déraille: la crise financière éclate, les grandes banques islandaises sont nationalisées, la filiale luxembourgeoise fait faillite et sa liquidatrice entreprend de recouvrer les créances, quitte à vendre ou menacer de vendre les biens hypothéqués en France. «J'ai passé dix ans la peur au ventre de perdre mon seul bien», dit Enrico Macias - Gaston Ghrenassia pour l'état civil. Il s'emporte en évoquant sa défunte épouse, «très très malade» lorsque l'affaire éclate: «J'ai perdu ma femme à cause de cette banque. Ils peuvent prendre ma maison, je m'en fous. Je ne vais pas me laisser faire».

Les parties civiles en sont aujourd'hui persuadées: ces prêts étaient des supercheries et Landsbanki Luxembourg, comme sa maison mère islandaise, déjà en mauvaise santé en 2007, avait dès le départ l'intention de mettre la main sur les biens immobiliers. «C'est un produit machiavélique», affirme René Taieb, convoqué comme témoin. «Conseiller financier» et «ami» d'Enrico Macias, il a joué un rôle de premier plan dans la signature du contrat. Le président Olivier Géron trouve que ce constat vient un peu tard: «Vous l'avez ruiné. Pour quelqu'un chargé de gérer son patrimoine, ce n'est pas une réussite...».

«J'ai bien le droit d'avoir une Bentley!»

Pour le magistrat, les plaignants auraient pu être «alertés» dès le départ par des clauses mentionnant «noir sur blanc» les risques du montage financier, et par le simple «bon sens». «Cette proposition d'emprunter et ça ne vous coûte rien, c'est un peu Noël tous les jours», lance le président.

Mardi, le tribunal a entendu un couple d'horticulteurs qui déclarait «25 000 euros» par an, et un cuisinier au Smic, ayant signé avec Landsbanki Luxembourg des crédits dépassant, dans chaque cas, un million d'euros. Enrico Macias, lui, gagnait «entre 350 000 et 500 000 euros par an» en 2007. Il assure qu'il n'aurait jamais signé le crédit s'il avait pensé devoir un jour payer les intérêts, lesquels se montaient sur le papier à plus de deux millions par an.

Vincent Failly, prévenu et chargé d'affaires de Landsbanki Luxembourg en France, répond que les revenus ne sont pas tout, et que le chanteur aurait aussi pu «liquider» une partie de ses «actifs» pour rembourser. Un avocat de la défense parle par exemple d'une voiture de sport à 200 000 euros. C'en est trop pour Enrico Macias, qui s'insurge: «Je suis une star internationale, j'ai bien le droit d'avoir une Bentley!». Un peu plus tard, lors d'une pause, un interprète s'approche timidement de son banc: «Je suis un admirateur». Et la «star internationale» signe un autographe.

(L'essentiel/AFP)