Jihadiste du Luxembourg

02 août 2019 07:00; Act: 02.08.2019 09:07 Print

Duarte, «c'était quelqu'un de bon et sensible»

LUXEMBOURG - Originaire de Kehlen, Steve Duarte est emprisonné en Syrie où il avait rejoint Daech. «L'essentiel» a rencontré ses proches, ils se souviennent de lui avant le jihad.

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«Je n'excuse pas ce qu'il a fait, mais si on lui évite la peine de mort, ça fera la différence entre nous et eux», les tueurs jihadistes. Chris a bien connu Steve Duarte, à l'époque où il tentait de percer dans le rap au Luxembourg et où il était surnommé «Pollo». À présent, Chris essaye de comprendre ce qui est arrivé à Pollo, emprisonné dans une prison syrienne, où il attend un procès.

«Pollo, c'était quelqu'un de très bon. Il n'avait jamais d'excès de colère. C'était aussi quelqu'un de très réfléchi et de très, très sensible. Ce qui a peut-être joué en sa défaveur», raconte Chris. «On a eu des tas de discussions, tous les deux. Il parlait souvent des interventions américaines dans le monde et de l'indifférence au Luxembourg sur ce qui se passait ailleurs».

«Il a vu son père mourir»

Ce jeune homme réfléchi s'est pourtant laissé emporter dans le tourbillon jihadiste. Chris se souvient des fêlures de Steve Duarte. «Il a vu son père mourir dans un accident quand il avait six ans. C'était très brutal. C'est une blessure qui lui est restée. Je pense qu'il est aussi parti pour flirter avec la mort, la dominer et pour être proche de son père».

L'autre rupture, c'est l'échec de son album de rap, en 2011. «C'était quelque chose d'important pour lui. Il avait des textes qui faisaient passer des messages. Mais ici, ça ne marche pas. Il n'y a pas le marché pour en vivre et les gens sont trop dans le festif pour écouter les messages». Pourtant, «il voulait changer les choses avec sa musique».

«Faiblesse d'esprit»

Autant de moments qui ont laissé un Steve Duarte désabusé, seul. «C'était aussi quelqu'un de très réservé, qui se livrait peu». Il commence alors à s'intéresser à la religion, se tourne vers l'islam. «Il m'a parlé de sa conversion, a essayé de me mettre l'islam dans la tête aussi. Je lui ai dit que ça ne m'intéressait pas, c'est écrit par les hommes. On a ri de l'idée de Dieu qui s'embêtait à remplir tout un livre comme ça», se rappelle Chris. Après, «on a coupé le dialogue, c'était peut-être ça l'erreur. Il faut toujours garder une porte ouverte pour le dialogue».

Mais Steve Duarte a trouvé des gens à qui parler dans les mauvaises mosquées, «il y a été manipulé. Et une fois parti, sur un coup de tête, c'est difficile de s'en sortir, au milieu d'un groupe qui doute de toi, qui peut te mettre une balle dans la tête à tout moment. C'est un faible, Pollo. Il s'est laissé entraîner là-dedans et sa faiblesse d'esprit fait qu'il n'a pas pu se sortir de cette histoire».

«Il faut que l'Europe ou le Luxembourg lui donne une assistance»

À présent, Steve Duarte attend son procès, qui pourrait se dérouler en Irak, où de nombreux jihadistes sont pendus après des audiences expéditives. «J'espère qu'on va lui donner une assistance. Il n'aura pas de procès équitable. Les avocats commis d'office, là-bas, ont les dossiers le jour du procès. Il n'y a pas de défense correcte. Pourtant, chacun a droit à la vie. Il est d'ici, c'est un gars de Luxembourg, qu'il ait la double nationalité ou pas. Mais tout le monde se renvoie la patate chaude», le sujet est sensible politiquement.

Duarte semble pourtant avoir pris le temps de réfléchir, dans sa cellule. «C'était déjà dur pour lui de dire qu'il avait fait une erreur, il pense à sa mère qui vit un cauchemar, à sa famille. Ça travaille dans sa tête. Un vrai "martyr", ça va jusqu'au bout. Et Pollo n'y est pas allé, au bout». Malgré tout, «il doit avoir un procès. S'il reste 30 ou 40 ans en prison je comprends. Je me mets à la place des proches des gens qu'il a exécutés. Mais si on lui évite la peine de mort, ça montre qu'on est civilisés. Il faut que l'Europe ou le Luxembourg lui donne une assistance». Restent, selon Chris, deux options pour Steve Duarte: «Soit il est exécuté là-bas, soit il revient. Mais il faut toujours laisser une seconde chance».

(jw/L'essentiel)