Santé

26 octobre 2020 07:00; Act: 27.10.2020 15:17 Print

Infirmières au Luxembourg, mais pas mercenaires

En France et en Belgique, politiques et hôpitaux dénoncent la fuite des soignants vers le Luxembourg. Plusieurs d'entre eux expliquent leur choix à «L'essentiel».

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Aides-soignants et infirmiers débutent au Luxembourg, à partir de 3 200 et 4 580 euros bruts mensuels (hors nuits et dimanches). (photo: Tfeller)

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«Bien sûr, on est contents de la paie qui a presque doublé. Mais la majorité des soignants vont surtout chercher au Luxembourg un confort de travail». Cindy est belge et fait partie des 42 salariés qui ont quitté en 2019 l'hôpital d'Arlon, pour le Luxembourg. Une fuite des soignants dénoncée, en pleine crise sanitaire, par des politiques et des hôpitaux en Belgique et en France.

Après la directrice du CHR de Metz-Thionville, le 17 octobre , la députée belge Catherine Fonck a ainsi pointé du doigt, la semaine passée, le fait que «des infirmiers de nos hôpitaux sont recrutés au Grand-Duché de Luxembourg à coup de contrats alléchants».

Mais Cindy, infirmière en soins intensifs à Luxembourg refuse l'étiquette de mercenaire, elle qui à l'issue de ses études a tenu à aller travailler dans «l'hôpital de sa région» à Arlon et n'avait pas fait du Luxembourg un eldorado. «Dire que le Luxembourg achète des soignants, c'est une excuse toute faite pour ne pas voir les problèmes. La situation s'est nettement dégradée en Belgique depuis trois ans», constate-t-elle.

Équipes suffisantes

Sans dénigrer un hôpital où elle souligne avoir beaucoup appris, l'infirmière juge que «les équipes n'y sont plus assez nombreuses pour la charge de travail. On est à flux tendu». Ceux qui partent sont durs à remplacer.

Et si passer la frontière implique «un rythme plus lourd, intense et davantage de route», elle a trouvé «une sécurité. Les équipes sont suffisantes et l'on ne fait que ce que l'on doit faire. Il n'y a pas ce sentiment, ce stress, de laisser les collègues dans l'embarras quand on n'est pas là. Ou de faire des heures sup' qui n'ont aucun impact sur le fonctionnement».

Le déclic pour elle? Pas le matériel «plus moderne au Luxembourg», ni les horaires «assez similaires» mais les formations. «Je suis formée en continu ici c'est important surtout dans un service aigu comme les soins intensifs». Partie d'Arlon après s'être beaucoup «investie pour tenter d'améliorer les choses mais sans être entendue et pas toujours pour des raisons financières», Cindy souligne l'hypocrisie, dans cette affaire, du réseau hospitalier belge Vivalia, qui recrute lui-même «beaucoup en France».

Donner un coup de main en France

Car la situation n'y est pas meilleure. «Je suis partie pour le salaire et la reconnaissance du métier. Ici, on a aussi plus de responsabilités», note Virginie, une aide-soignante dans un établissement pour personnes âgées de Luxembourg, qui a quitté en 2013 une clinique de Thionville.

«La France doit se réveiller. Quand on voit comme les infirmières bossent et rien n'est fait pour elles. Elles ont dû se battre pour 180 euros d'augmentation en deux fois». Virginie non plus n'a pas le sentiment d'avoir abandonné ses anciens collègues mais a fait ses choix «pour avoir une vie correcte». À mi-temps, elle n'exclut toutefois pas, face à la crise, «d'aller donner un coup de main en France». Si son employeur le permet.

Au-delà des frontières et des clivages, Martin Vrancken, infirmier belge au CHL, a conscience des avantages de travailler au Luxembourg et appelle, lui, à plus de reconnaissance dans la société. Il réclame surtout que les efforts des soignants dans cette crise sanitaire ne soient pas oubliés. Pour ne plus jamais entendre: «Si tu travailles mal à l'école tu finiras infirmier». «Lors de la première vague on nous applaudissait dans la rue, on nous promettait plein de choses. On a été les oubliés de la post-crise et maintenant on nous demande à nouveau d'être des héros. On assume nos responsabilités mais on se sent un peu oubliés».

(Nicolas Martin/L'essentiel)

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Les commentaires les plus populaires

  • Robert le 26.10.2020 07:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Non, vous n'avez pas abandonné votre pays mais c'est bien votre pays qui vous a abandonné et qui abandonne sa population. En bon politique, c'est plus facile de blâmer et de raboter l'hôpital

  • Eh oui... le 26.10.2020 08:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le flux des frontaliers vers le Luxembourg existe depuis 1960. Ce n'est pas nouveau. J'ai franchi le pas en 1966 car, déjà à l'époque, jobs industriels plus intéressants et salaires +30%.

  • Mama Loulla Fernandez le 26.10.2020 07:32 Report dénoncer ce commentaire

    Idem pour les banquiers, les ouvriers qualifiés , l'horeca, les ingénieurs , les kinés, les dentistes, les secrétaires alors...Pourquoi JUSTE VISER LES INFIRMIERES, c'est petit de la part de Fonck.

Les derniers commentaires

  • LULU 25 le 27.10.2020 06:46 Report dénoncer ce commentaire

    depuis la 1ére vague rien n'a été fait pour les hôpitaux au contraire on a continué à fermer des lits, la prime versée aux soignants c'est sur des bases bien précises: ancienneté, jours de présence, etc etc comme d'habitude quoi " je te donne sous condition de " les étudiants en médecine n'ont rien eu bien qu'ils aient travaillé autant que le personnel titularisé, pour les profs cela a été la même chose , la France il faut qu'elle arrête de se plaindre et de chercher un bouc émissaire chaque fois que quelque chose ne va pas, si les gens partent travailler ailleurs c'est qu'il y a une raison.

  • mémoire courte le 26.10.2020 22:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Il ne faut pas oublier que le Luxembourg a beau jeu d'offrir aux infirmiers ou a d'autres des rémunérations plus intéressantes, alors que les frais de formation sur plusieurs années sont à la seule charge des pays voisins !

  • patiente le 26.10.2020 16:56 Report dénoncer ce commentaire

    Pour avoir du fréquenter les 2 hopitaux en pédiatrie, je peux vous dire qu'avant covid, Arlon travallait déjà é flux tendu, je les ai vues courir dans les couloirs, de chambres en chambres, sou l'eau, à se jeter une info en se croisant. "ah non X n'est pas là elle donne un coup de main 20 min dans tel autre service".... Je n'ose pas imaginer ce qu'elles vivent aujourd'hui. Evidemment elle fuient à Lux, en plus du salaire il y a le confort de travail. Courage à toutes et tous, l'état belge ne compte que sur nos applaudissements pour vous "aider"...

  • le disque n est pas rayé le 26.10.2020 16:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    @ Viola : des soignantes qui ne portent pas de masques dans une cipa ( et Pas des cipa ) ce n est pas une fixette mais un danger réel et un appel “ au secours pour que toute les directions de toute les cipa sa facent attention en ce temps de crise énorme et oblige le port du masque pour protéger nos seniors.“ l itm est très au courant . L itm reçoit beaucoup de plainte des soignants pour signaler la réalité cachée .

  • Fa le 26.10.2020 14:37 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    je suis frontalière, ai fait mes études en france et travail au Luxembourg. effectivement le salaire est mieux qu'en france mais j'y suis pas partie que pour ça. mais surtout pour la qualité de travail. j'ai travaillé 10 ans en france pour un salaire pas terrible et surtout des conditions de travail catastrophique avec un énorme manque de personnel, devoir remplacer toute les semaines et surtout avec peu de matériel. donc je trouve culotté de la part de la directrice de thionville ou la Belgique de de peindre. revoyez vos conditions de travail et les salaires par la même occasions.

    • isabelle le 26.10.2020 18:12 Report dénoncer ce commentaire

      Je suis frontalière depuis 30 ans , mais désolée au Luxembourg çà n'est pas le cas partout , je gagne le smig 12,38 de l heure brut , pas de primes et mauvaises conditions 3 postes à la fois , ne faites pas croire au nirvana svp !!