Paulette Lenert

30 juin 2020 07:00; Act: 30.06.2020 09:05 Print

«La crise a révélé la fragilité de notre système»

LUXEMBOURG – Paulette Lenert, ministre de la Santé, revient sur son quotidien des derniers mois, marqués par la crise du Covid-19 qu’elle a dû gérer.

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Paulette Lenert, ici lors d'une visite du CHL avec le Grand-Duc Henri, a géré une crise majeure alors qu'elle venait de prendre son poste de ministre de la Santé. (photo: Editpress)

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L’essentiel: Pensez-vous que l’épidémie soit sur le point de se terminer au Luxembourg?

Paulette Lenert, ministre de la Santé: Les chiffres des dernières semaines sont effectivement rassurants, mais il ne faut pas minimiser le risque. On voit ce qui se passe dans d’autres pays, la situation peut s’aggraver à tout moment. Je n’ose pas me prononcer sur le moment à partir duquel la crise sanitaire sera terminée. Le virus va peut-être disparaître, des médicaments efficaces seront peut-être trouvés, mais il est beaucoup trop tôt pour le dire. Il faut avoir de la patience!

Quels conseils donnez-vous aux résidents pour endiguer l’épidémie?

Les règles restent les mêmes tant que le virus est présent. Il faut garder ses distances, limiter les contacts et appliquer les gestes barrières. Ce qui est important est aussi de toujours garder une vue sur ses contacts, afin de pouvoir les identifier en cas d’infection. C’est pour cela que les grands rassemblements et les fêtes sauvages sont vivement déconseillés. Je ne demande pas aux gens de ne pas sortir, mais il ne faut pas baisser la garde.

Craignez-vous un nouveau confinement, comme dans certaines régions d’Allemagne et du Portugal?

Je suis confiante, car avec les moyens que nous avons, nous pourrons éviter d’en arriver là. La phase de tests à grande échelle devrait beaucoup aider. Tout dépendra du nombre de nouvelles infections. Je tiens à cette occasion à réitérer mon appel à tout un chacun: soyons solidaires, continuons à appliquer les gestes barrière afin d’éviter une nouvelle hausse des infections!

Pourquoi le Luxembourg s’en est-il mieux sorti que d’autres pays?

Nous avons agi rapidement, en ayant l’avantage d’avoir une vue sur les pays voisins et européens, qui subissaient la crise de plein fouet. Nous avons aussi pris des mesures catégoriques et tout le monde a largement réduit les contacts. Le secteur de la santé a par ailleurs été très efficace et a montré une grande solidarité. Les nouvelles structures, comme les quatre Centres de soins avancés, ont joué un rôle déterminant.

Avez-vous quand même eu peur que le Luxembourg vive le pire scénario?

Bien sûr, c’était fin mars. Le pire moment était lorsque les frontières avec les pays voisins risquaient d’être fermées ou que des contrôles ont été mis en place. Cela aurait pu être ingérable. La crise du Covid-19 a révélé la fragilité de notre système de santé. On le savait avant, mais la crise a montré à quel point nous étions vulnérables. Le système de santé tourne avec ceux qui le font fonctionner, les infrastructures ne font pas tout.

Que faire pour remédier à cette situation?

Il faut absolument rendre les métiers de la santé plus attractifs, pour que des Luxembourgeois ou des résidents aient envie de les pratiquer. C’est de toute façon un sujet politique majeur, que l’on avait en tête avant la crise, mais qui sera l’une des priorités à partir de la rentrée de septembre.

Une nouvelle approche devrait aussi être prise quant aux stocks de masques…

Le stock s’est effectivement révélé insuffisant. Nous avons eu la chance de nous en sortir tout juste. Le personnel hospitalier et médical a bénéficié de protections, mais c’était très limite. Les stocks ont déjà été largement augmentés, nous avons tiré un premier enseignement de cette crise.

Le Luxembourg a-il souvent été victime de surenchère pour du matériel médical?

C’est arrivé deux ou trois fois au total. Des commandes avaient été payées, mais elles ont été déviées au dernier moment, car un autre acheteur avait surenchéri. Le Luxembourg ne s’est en revanche pas fait arnaquer, comme d’autres pays qui ont dû jeter du matériel qui s’est révélé non conforme.

Savez-vous quels États ont surenchéri?

Non, ce n’est pas aussi transparent. Nous n’avons jamais pu savoir.

De son côté, le Luxembourg a-t-il aussi pratiqué la surenchère?

Non, jamais.

Que répondez-vous à ceux qui déplorent que le Luxembourg ait bloqué l’économie pour 110 morts d’un âge médian de 84 ans?

Les vies humaines sont la première chose à protéger. Je suis donc fière que le Luxembourg fasse partie des pays les moins touchés par la crise sanitaire. La prévention n’est jamais une politique gratifiante: lorsqu’elle ne fonctionne pas, nous sommes critiqués ; lorsqu’elle fonctionne, des gens disent que l’on a été trop strict. J’ai entendu beaucoup d’experts autoproclamés, qui après coup savent exactement ce qu’il aurait fallu faire! Nous avons dû réagir dans l’urgence.

Comment avez-vous vécu la période de crise?

C’était difficile physiquement, toute l’équipe a énormément travaillé. La charge de travail était énorme. J’ai connu des moments difficiles, j’ai parfois cru que je n’allais plus y arriver, mais c’est passé. Dans ces moments, nous trouvons toujours quelqu’un pour nous soutenir. Nous nous sommes sentis soutenus par la population.

Vous avez connu une crise majeure alors que vous êtes nouvelle en politique…

Oui, c’est une vie que je ne connaissais pas. J’ai récemment découvert la politique (NDLR: elle est entrée au gouvernement fin 2018, en tant que ministre de la Coopération, de l’Action humanitaire et de la Protection des consommateurs, avant de devenir ministre de la Santé le 4 février dernier). J’aurais préféré apprendre d’une autre manière, dans un contexte plus serein. Je n’étais pas seule en première ligne, il y avait aussi le Premier ministre Xavier Bettel.

Comment ont été les relations avec lui pendant la crise?

Très bonnes. Les crises révèlent parfois des dysfonctionnements, mais là non. Tout s’est bien passé, nous avons travaillé en harmonie parfaite. Cela nous a rapprochés plus qu’autre chose.

(Propos recueillis par Joseph Gaulier/L'essentiel)

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Les commentaires les plus populaires

  • Robert Mc Bee le 30.06.2020 09:11 Report dénoncer ce commentaire

    Arrêtons un peu de nous gargariser systématiquement en répétant à longueur d'interviews que "le Luxembourg s'en est mieux sorti que ses voisins", puisque tout cela est totalement faux. Avec 110 morts pour un pays de 600.000 habitants, ce taux de mortalité est gigantesque, proportionnellement. Tout cela, c'est juste du matraquage intellectuel, de la propagande pour les naïfs, et ils sont nombreux, ici.

  • DamnBro le 30.06.2020 09:50 Report dénoncer ce commentaire

    La crise a aussi révélé la stupidité de certain.

  • sAINTE bARBE le 30.06.2020 21:01 Report dénoncer ce commentaire

    Quelle honte, quelle autosatisfaction. Ce sont des dizaines de milliers de postes de travail qui vont disparaître, alors que le taux de mortalité N'A PAS BOUGE. La chloroquine est toujours interdite et les masques toujours obligatoires. Les écoles fermées, les bars et restaurants en faillite, les magasins vides avec interdiction d'essayer des habits, et toutes ces incohérences, masque pour les uns, pas pour les autres, pas de chloroquine, mais vaccin déjà prêt moins d'un an après le début de l'épidémie, et un battage médiatique AFFOLANT ET TOUJOURS PAREIL;

Les derniers commentaires

  • kiwi le 01.07.2020 11:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Si le système Luxembourgeois était fragile que dire de celui de la France qui était complètement à la rue. Et qui l’est encore ....

  • grane le 30.06.2020 22:58 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Tout à fait d’accord avec toi

  • Madame Nobody le 30.06.2020 22:30 Report dénoncer ce commentaire

    @Paulette: t'as fait un travail formidable, je suis contente d''être au Lux qu'ailleurs. Fallait fermer l’aéroport ou contrôler directement mais c'était pas de ton ressort, ni le retour à l'école en juillet. Félicitations, continues, t'es bien Paulette, c'était pas une période facile. Courage pour la deuxième vague, essaies de te reposer un peu avant.Avec toi.

  • Mensonge d'Etat ? le 30.06.2020 21:36 Report dénoncer ce commentaire

    La crise a confirmé que les politiques qui se disaient bienveillants étaient aussi capables de mentir. Pourquoi nous dire au début que les masques n'étaient pas efficaces et qu'il ne fallait donc pas les mettre, alors qu'en même temps le gouvernement en mettait pour chacun de ses déplacements (aucun membre n'étant officiellement contaminé), pour ensuite obliger tout le monde à les mettre finalement. Madame la Ministre, avec tout mon respect, vous n'avez pas été franche avec nous. Comment expliquez-vous cela ?

  • sAINTE bARBE le 30.06.2020 21:01 Report dénoncer ce commentaire

    Quelle honte, quelle autosatisfaction. Ce sont des dizaines de milliers de postes de travail qui vont disparaître, alors que le taux de mortalité N'A PAS BOUGE. La chloroquine est toujours interdite et les masques toujours obligatoires. Les écoles fermées, les bars et restaurants en faillite, les magasins vides avec interdiction d'essayer des habits, et toutes ces incohérences, masque pour les uns, pas pour les autres, pas de chloroquine, mais vaccin déjà prêt moins d'un an après le début de l'épidémie, et un battage médiatique AFFOLANT ET TOUJOURS PAREIL;

    • TontonB le 01.07.2020 00:23 Report dénoncer ce commentaire

      La question de la chloroquine est en effet proprement scandaleuse. Ce médicament n'est peut être pas très efficace pour les cas graves, mais c'est mieux que rien surtout pour les cas asymptomatiques ou légers. Et ne venez pas dire que ce médicament est dangereux. C'est archi faux (enfin c'est une question de dose ... même l'au est mortelle à haute dose), et il a été démontré que les études qui ont prouvé cette soi disant dangerosité ont été falsifiées.