Au Luxembourg

04 juin 2020 07:00; Act: 04.06.2020 13:34 Print

«La population noire subit aussi le racisme ici»

LUXEMBOURG - Si les situations luxembourgeoise et américaine sont foncièrement différentes, le racisme demeure une réalité pour de nombreux résidents d'origine africaine, au Grand-Duché.

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Sandrine Gashonga est la présidente de l'association Lëtz Rise Up. Hervé Montaigu (photo: Editpress)

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Comme des millions de personnes à travers la planète, Sandrine Gashonga a choisi de poster une image noire en guise de photo de profil sur les réseaux sociaux, mardi. La présidente de l’association antiraciste luxembourgeoise Lëtz Rise Up, conduira vendredi, à 14h, une manifestation contre le racisme et les violences policières devant l'ambassade américaine. Un peu plus de 10 jours après le décès de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, victime d'une bavure policière, à Minneapolis...

«Je n'ai pas pu regarder ces images qui font écho aux scènes de lynchages du temps de l'esclavage et de la ségrégation. Mais cela a été un véritable choc. La goutte d'eau en somme», témoigne-t-elle. «C'était devenu évident: nous devons faire quelque chose», poursuit Jennifer Olding, membre de l'association, à l'origine de l'initiative.

Comme en France ou encore au Royaume-Uni, la mort de George Floyd a particulièrement touché la population noire du Luxembourg, même s'il est évident que la situation des Afro-américains est totalement différente pour des raisons historiques et culturelles notamment.

«Le logement avant tout»

«La racisme structurel existe aussi ici, et les Noirs le subissent». La manifestation de ce racisme ne serait pourtant pas à chercher du côté des violences policières «pas aussi graves, malgré la persistance du profilage racial», mais dans l'accès au logement «avant tout».

«Quand je recherche un appartement, j'essaie toujours de me faire accompagner d'une personne blanche», illustre Sandrine Gashonga, qui évoque également des problèmes dans le secteur de l'éducation. Comme de nombreux enfants issus de l'immigration, les élèves d'origine africaine seraient «beaucoup plus orientés vers le technique que vers les filières classiques».

«Triste et en colère»

S'il n'existe aucune statistique officielle, au moins 10 000 personnes se considéreraient comme «noires» au Luxembourg, soit 1,6% de le population du pays. D'après l'étude «Being Black in the EU», plus de la moitié des résidents d'origine africaine indiquent avoir subi le racisme au Luxembourg, au cours des cinq dernières années. La ministre de l'Intégration, Corinne Cahen (DP) avait répondu «prendre très au sérieux» ces résultats. Mais Sandrine Gashonga estime que «l’État ne fait rien pour y remédier».

Le fait que la population noire du Grand-Duché se soit autant sentie «triste et en colère» pour un drame qui s'est déroulé à 7 000 km de Luxembourg-Ville ne relève pas seulement de l'indignation internationale. «Les personnes concernées savent qu'être noire, ça n'a pas les mêmes conséquences que d'être blanc. Y compris au Luxembourg».

(Thomas Holzer/L'essentiel)