Covid-19 au Luxembourg

11 novembre 2020 20:04; Act: 12.11.2020 11:52 Print

«Le Pr. Raoult ne connaît pas les patients graves»

LUXEMBOURG - Le docteur Jean Reuter, médecin en soins intensifs au Centre hospitalier de Luxembourg, évoque les décès liés au coronavirus.

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«Les soins intensifs sont une épreuve traumatisante», souligne le Docteur Jean Reuter.

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L’essentiel: À combien de décès liés au coronavirus avez-vous été confronté en soins intensifs au CHL?

Dr Jean Reuter: Un certain nombre, mais pas beaucoup. Mais il faut savoir que tous les patients ne vont pas en réanimation. Lorsque les médecins savent qu’un patient n’a pas de chances de survie, il n’est pas placé en réanimation. Car les soins intensifs sont une épreuve traumatisante, dont on met parfois, même jeune, des mois ou des années à se remettre. On ne fait pas souffrir inutilement un patient qui n’a pas les ressources pour résister à cela.

Est-ce lié à l’âge?

Non, il y a des gens qui ont un excellent état général à 82-83 ans et d’autres qui sont grabataires à 70. On prend en compte l’âge physiologique plutôt que l’âge chronologique, car l’âge physiologique est un reflet de l’état de santé général.

Beaucoup de gens se demandent si on meurt du Covid ou avec le Covid. La question est-elle justifiée?

Pour moi elle n’est pas pertinente. C’est un peu comme si on disait qu’une personne de 85 ans qui meurt dans un accident de voiture est décédée en raison de sa vieillesse. Chez les personnes âgées, le coronavirus tombe souvent sur un terrain fragile, lié aux nombreuses comorbidités. Il n’empêche, la plupart du temps on ne meurt pas des comorbidités mais d’une insuffisance respiratoire aigue, directement liée à la pneumonie virale dû au coronavirus.

Ces gens seraient-ils forcément décédés à court terme pour d’autres raisons?

Pas forcément. À 85 ans on a souvent bon nombre de comorbidités, mais qui à elles seules ne sont pas forcément létales à court terme. La pneumonie à coronavirus agit en tant que facteur déclenchant à un décès sur un terrain fragile. Il nous est arrivé d’avoir un patient qui a fait un arrêt cardiaque ou un AVC et dont le test Covid s’est avéré positif (NDLR: ils sont alors comptabilisés parmi les décès Covid). Mais c’est plutôt rare, et on pourrait encore débattre si le coronavirus n’était pas à l’origine de ces tableaux cliniques.

Le débat sur les causes réelles de la mort qui agite les réseaux sociaux vous paraît-il indécent?

Je m’oppose depuis le début de la pandémie à un certain discours porté par quelques médecins ou chercheurs très médiatisés, surtout en France, qu’on qualifie parfois de «rassuristes». Ces gens qualifient le Covid de grippette, et laissent penser que les médecins et les gouvernements sont trop alarmistes, arguant notamment du fait que les gens meurent le plus souvent à un âge avancé. Mais, nous, nous voyons les gens souffrir, en détresse respiratoire aigue liée au SARS-CoV-2, et ces gens ne sont pas forcément âgés.

Y a-t-il débat entre les médecins?

Je pense que dans la communauté scientifique les «rassuristes» sont très minoritaires, voire inexistants. On les entend quasiment pas au Luxembourg, davantage en France. Il y a des médecins qui aiment bien les plateaux télé et y assurent qu’il n’y a pas de seconde vague, que le virus aurait muté et serait moins létal, que le masque ne sert à rien, qu’il existe des médicaments miracles… Mais la plupart du temps ce sont des médecins qui ne sont (plus) sur le terrain. Le célèbre Professeur Raoult par exemple n’a même pas de service de réanimation dans son IHU (Institut hospitalo-universitaire). Les patients graves, il ne connaît pas. Par ailleurs, avec le recul de la première vague, on a de plus en plus de données issues d’essais thérapeutiques bien menés, qui contredisent cette minorité de médecins que je qualifie d’irresponsables.

On parle aussi du fait que bien des maladies font plus de morts que le Covid…

Le taux de mortalité est en effet bas, mais monte progressivement en fonction de l’âge. Et même chez les jeunes, des formes graves existent. Il faut surtout rappeler que c’est une maladie contagieuse, et que si on est en face d’une progression exponentielle des cas, nos capacités de prise en charge risquent d’être débordées. À ce moment, le taux de mortalité augmentera mécaniquement, faute de prise en charge adéquate.

(Recueilli par Nicolas Martin/L'essentiel)

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Les commentaires les plus populaires

  • coms le 11.11.2020 20:22 Report dénoncer ce commentaire

    faut mettre des vitrines pour que les cons qui n'y croient pas voyent la verite

  • JPPP le 12.11.2020 10:20 Report dénoncer ce commentaire

    Pr. Raoult: 1 - Lauréat du grand prix de l'INSERM, 2- considéré comme l'un des plus grand infectiologues au monde, 3- fait considérablement avancer la recherche en bactériologie et infectiologie, 4 - crée l'IHU méditerranée infection pour l’étude des maladies infectieuses. Dr. Jean Reuter: 1 - C'est qui? 2 - Dr. ayant obtenu son diplôme en 2019, 1 an d'expérience et...ah c'est tout en fait.

  • écolo le 12.11.2020 12:57 Report dénoncer ce commentaire

    Avant d’interroger un médecin il serait bon de contrôler si il n'a pas de lien avec des laboratoires pharmaceutiques et s'il n'y a pas de conflits d’intérêts.

Les derniers commentaires

  • Lisa le 13.11.2020 08:59 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    @jppp bravo tout est dit!!

  • Soyons précis 2/2 le 12.11.2020 22:55 Report dénoncer ce commentaire

    -l'APHM a fait une analyse de la létalité, 90% des patients décédés avaient une espérance de vie moyenne de +/- 1 an. L'HCQ/AZ fait peut être débat (bcp d'études semblent plutôt positives - même Discovery semble donner benefice de 20%, pas crazy mais c mieux que rien), mais Raoult a été précurseur sur bien des points: - vérifier SpO2 (>95) / acheter oxymètre de Pouls (dés Mars): le NHS donne la même guidance (6 mois plus tard). - dépister isoler soigner (dès mars avec les files de patients devant IHU) - Mutation: son analyse confirmée par étude CH/ES (Emma B. Hodcroft)

  • Soyons précis 1/2 le 12.11.2020 22:42 Report dénoncer ce commentaire

    L'IHU n'a pas de service de réa pour la simple raison que l'IHU n'est pas un hôpital à part, mais le service de maladie infectieuse de l'APHM - les patients de l'IHU partant en réa sont comptés dans les stats de létalité de l'IHU. Raoult n'est pas "rassuriste" il dit ce qu'il voit à un moment donné. Dire que l'épidémie est terminée en Juillet quand il y a 3 patients réa dans tout les hôpitaux APHM réunis ne semble pas délirant. Le Ministre de la santé à confirmé lors de son audition devant les parlementaires que l'épidémie actuelle (la fameuse seconde vague) est une épidémie différente.

    • Unicorn le 13.11.2020 10:59 Report dénoncer ce commentaire

      en effet, il préconditionne toujours ses "prévisions" à la situation et les connaissances du moment, en y ajoutant un facteur de probabilité, tout cela les médias n'en ont rien à f..., ils ont besoins de titres chocs.

  • realite le 12.11.2020 18:48 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    @Vindulux + 1 exactement

  • Unicorn le 12.11.2020 15:35 Report dénoncer ce commentaire

    Actuellement, il y a presque autant de décès en un mois (mi-octobre-mi-novembre) qu'en trois mois de mars à mai. La sélection des médecins est elle plus sévère pour garder vacantes des places en réanimation ?

    • @Unicorn le 13.11.2020 05:58 Report dénoncer ce commentaire

      Il y a plus de malades tout simplement. Vous saurez qu on pratique une selection des malades le jour ou l age moyen des patients en rea commencera à baisser.

    • Unicorn le 13.11.2020 11:05 Report dénoncer ce commentaire

      en effet, plus de 15.000 en un mois, contre 3000 mars-mai, mais à l'époque on ne testait pas...ou moins. Cela n'enlève rien à ma suspicion que l'on ne tente pas vraiement de sauver chaque personne, et que les médecins prennent des décisions contraires à leur serment!