Grande-Duchesse Maria Teresa

25 mars 2019 07:00; Act: 25.03.2019 09:43 Print

«L'histoire de ces femmes dépasse l'horreur»

LUXEMBOURG - Le forum «Stand, Speak, Rise Up» se tient mardi et mercredi au Kirchberg. La Grande-Duchesse a initié ce rendez-vous contre «le viol comme arme de guerre».

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L'essentiel: Pourquoi vous êtes-vous engagée dans ce forum international «Stand, Speak, Rise Up - Pour en finir avec le viol comme arme de guerre et les violences sexuelles dans les zones sensibles»?

Maria Teresa: Il y a eu une grande conférence à Londres sur le viol comme arme de guerre. Les années ont passé et rien n'a bougé. Il y a deux ans, le Dr Denis Mukwege est venu à la Philharmonie. J’ai assisté à sa conférence. C’est un homme que j’admire depuis longtemps, après avoir vu des reportages sur lui. Il est venu au Palais. Cela a été une vraie rencontre. Je lui ai demandé: «Comment puis-je vous aider?». Il m’a dit qu’il avait créé un mouvement de survivantes du monde entier. Ces femmes, victimes de viols sur des territoires en guerre ou dans des zones sensibles, avaient le courage de parler de leur malheur. Elles avaient besoin de se faire entendre. Il fallait leur donner une tribune.

D'où ce forum de deux jours au Luxembourg?

Oui! J’ai assisté à beaucoup de conférences. Je me suis toujours demandé pourquoi ce ne sont pas les premiers concernés qui prennent la parole et qui se retrouvent au centre? Il y a beaucoup de personnes très érudites qui parlent des thématiques, mais jamais les premiers concernés. Les survivantes seront au cœur de ce forum avec leur témoignage. J'ai voulu cet événement pour faire bouger les choses. Je ne veux pas d'un catalogue de bonnes intentions, mais des actes concrets!

C'est pourtant un sujet très difficile. Plus que celui de la microfinance...

Je me suis toujours engagée à travers mes mandats à l’Unesco ou à l’Unicef. J'ai toujours voulu aider les femmes les plus pauvres, notamment avec l’outil de la microfinance. Mon voyage au Bangladesh avec le Pr Yunus s'est traduit avec la mise en place de plusieurs plateformes de microfinance et de labels, dont LuxFLAG. Mais le sujet du viol comme arme de guerre dépasse tout.

«Leurs histoires dépassent l'horreur»

Pour quelles raisons vous tient-il tant à cœur?

Pour ces survivantes. Une cinquantaine d'entre elles seront présentes, elles sont mes invitées. Elles sont arrivées depuis une semaine pour s’acclimater et pouvoir se sentir à l’aise au Luxembourg. Elles vont prendre la parole dans tous les séminaires, dans tous les ateliers.

Vous avez rencontré ces femmes meurtries et échangé avec elles.

Leur témoignages sont terriblement cruels et émouvants. On a pleuré ensemble et ri aussi. Leurs histoires dépassent l’horreur. Elles ont été violées, torturées, mutilées... Elles ont vécu des choses proprement inimaginables. Je les admire parce qu’elles ont la force de continuer d’avancer, le courage de témoigner pour toutes les autres.

Comment ont-elles pu survivre à de telles horreurs?

Je ne sais pas... Peut-être pour leurs enfants. Ou par rage. À moins que ce ne soit une envie de justice qui les maintienne debout. Je les appelle mes «grande sœurs» et je me sens vraiment très petite à côté d’elles. Leur force de vie et leur courage pour s’en sortir sont juste extraordinaires.

«Lever le tabou et dénoncer l'impunité»

D'où votre rage à vous pour mener le combat en faveur de ces femmes...

J'ai envie de les accompagner dans leur travail de reconstruction. Et j'ai surtout envie que tout le monde suive pour leur rendre les choses moins difficiles. Elles ont un besoin infini de reconnaissance. Nous devons faire quelque chose!

La prise de conscience de cette tragédie n'existe pas encore?

Elle commence à exister, mais elle est très timide. Le Dr Mukwege m’a dit que le prix Nobel de la paix qu'il a reçu a fait une différence parce qu’on l’écoute plus aujourd’hui. Avant, il y avait juste un grand malaise. Puis, on passait vite à autre chose pour oublier l'horreur. Ce forum a cette vocation de lever le tabou et de dénoncer l’impunité de ceux qui sont coupables de ces abominations à l'égard des femmes. Si l’on continue de se taire, le phénomène ira en s’amplifiant. Il faut crier fort pour dénoncer. Il faut réveiller les consciences pour provoquer une véritable réaction et des actions. De la place où je suis, ma voix peut porter. Si je ne le fais pas, qui le fera?

(Denis Berche/L'essentiel)

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