Frontières fermées?

23 octobre 2020 09:00; Act: 23.10.2020 09:46 Print

«Peu de pays ont plus à perdre que le Luxembourg»

LUXEMBOURG - Le ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn (LSAP), fait le point pour «L'essentiel» sur la problématique de la fermeture des frontières.

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Jean Asselborn échange souvent avec ses homologues. Ici à Schengen avec l'Allemand Heiko Maas. (photo: Editpress)

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L'essentiel: Comment avez-vous négocié avec les pays voisins au début de la crise? Puis actuellement, comment faites-vous pour rester en contact avec vos homologues?

Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères: Avec les mesures de confinement introduites en début de pandémie, les entrevues physiques ont été largement remplacées par une multiplication de vidéoconférences. Aujourd’hui, il y a de nouveau davantage d’entrevues avec présence physique, mais le recours à d’autres moyens de communication reste important. Les contacts avec les pays voisins se font aussi bien avec les interlocuteurs des gouvernements centraux que dans les entités fédérées comme les länder allemands. Ces contacts se font aussi bien de manière bilatérale que multilatérale, c'est-à-dire au niveau de l’UE, du Benelux ou de la Grande Région.

Quelles sont vos craintes quant à l’évolution de la situation, par rapport à la libre circulation?

Après une première phase de la crise qui a vu des fermetures et des contrôles aux frontières, une deuxième phase de la crise porte davantage sur l’introduction de restrictions aux voyages de nature plus indirecte, comme les obligations de quarantaine. Mais sur le principe, au niveau paneuropéen, je vois un risque que le droit à la libre circulation prévu dans les traités européens soit mis en cause. Je ne me lasserai jamais de répéter qu’un virus ne peut être arrêté par des restrictions directes ou indirectes aux frontières.

Est-ce le retour des frontières?

Combattre une pandémie ne saurait aller de pair avec un repli national. Il faut au contraire mettre en place une coopération la plus étroite possible, notamment au niveau transfrontalier. Je vois un risque de dégradation de l’esprit Schengen, avec la conscience de l’existence d’une frontière qui se réinstalle dans les esprits, alors que depuis des décennies les gens ont pris l’habitude d’organiser leurs vies privées et professionnelles de manière transfrontalière. Il faut éviter qu’un changement de mentalité ne s’installe dans la durée. Peu de pays auraient plus à y perdre que le Luxembourg.

Au plus fort de la crise, chaque pays avait édicté ses propres restrictions, rendant l’ensemble illisible. L’UE a-t-elle manqué de ligne directrice?

Afin d’éviter un fouillis, la Commission européenne a très tôt essayé de recommander aux États membres d’adopter des approches communes. Toutefois ils continuent à définir leurs propres règles. En ce qui concerne la libre circulation, il s’agira d’assurer le respect des traités européens. Il s’agira aussi de se mettre d’accord sur des critères communs pour évaluer les situations épidémiologiques dans les différents pays et régions. Il faut notamment aller au-delà du seul taux d'incidence et inclure le taux de tests effectués, les stratégies nationales de tests, le taux de positivité, le taux d'hospitalisation, le taux de patients en réanimation, et le taux de mortalité. Enfin, il s’agira d’éviter des mesures unilatérales sans consultations préalables entre voisins et d’assurer que les zones transfrontalières disposent de régimes spécifiques permettant de maintenir la mobilité et les échanges.

La crise a-t-elle révélé que le Luxembourg était trop dépendant de la libre circulation des frontaliers?

La crise a mis sur le devant de la scène ce qui était déjà bien connu. Les flux de frontaliers illustrent à quel point l’interdépendance entre le Grand-Duché et ses régions voisines est extrêmement forte. Elle est aussi sans aucun doute appelée à le rester et ce n’est certainement pas une mauvaise chose! C’est dans ces zones frontalières que l’idée européenne se vit au jour le jour. La libre circulation des personnes en est la condition indispensable. Si ce principe a traversé une mauvaise passe, je reste néanmoins optimiste que l’Europe va pouvoir se ressaisir. De mon côté, j’y travaille tous les jours.

Comment a évolué votre fonction de ministre des Affaires étrangères depuis 2004?

En 16 ans, il est évident que le monde, l’Europe et le Luxembourg ne sont pas restés figés en ce qui concerne les développements politiques. Je l’ai déjà dit et je le répète: en 2004, après la guerre d’Irak, après le grand élargissement de l’UE et même après le rejet du traité constitutionnel en 2005 par la France et les Pays-Bas, on ressentait beaucoup d’espoir. Une meilleure coopération USA-Russie-Europe, une volonté de stabilisation au Moyen-Orient, des avancées démocratiques en Afrique et en Amérique du Sud... Et j’en passe. Aujourd’hui, et surtout depuis la crise migratoire de 2015, mais aussi le Brexit en 2016 et l’élection du président Trump en cette même année, allant de pair avec une grave remise en cause du multilatéralisme, c’est la peur de l’avenir qui s’est installée.

Êtes-vous parfois lassé ou découragé?

Le découragement en politique est synonyme de fatalisme et d’abandon. Non, il faut surmonter cet état d’âme.

(Propos recueillis par Joseph Gaulier/L'essentiel)

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Les commentaires les plus populaires

  • Antonino adrano le 23.10.2020 16:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bravo aux politiciens luxembourgeois.font vraiment preuve de réalité de la vie Et en tiennent compte

  • coucou Chanel le 23.10.2020 09:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    dieu protège Luxembourg et les citoyens de Luxembourg ♥️????????♥️

  • free le 23.10.2020 09:18 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Soutien total à notre ministre !

Les derniers commentaires

  • luis le 24.10.2020 13:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    si je me souviens très bien du temps de l,Arbed les luxembourgeois avait la priorité pour du boulot et les étrangers par la suite houjourdui c,est pas le cas

  • Palamunitan le 23.10.2020 21:58 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Monsieur Asselborn a raison. Mais maintenant on en a assez de Somaliens & Co. On a d‘autres problemes.

  • Attention le 23.10.2020 16:45 Report dénoncer ce commentaire

    Surtout quand on entend betel dire que les soignants ne viennent pas pour le salaire mais pour les conditions en prenant un peu de haut la Belgique et la France. Il ferait bien de se renseigner. Tout mes collègues le disent aussi si la Belgique montent un peu le salaires la plus part iront en Belgique. L ambiance de travail y est vraiment meilleur. A prendre les autres de haut ces autres pourraient prendre la mouche et fermer simplement la frontière juste en représailles.donc attention

    • Pas si sûr... le 24.10.2020 13:55 Report dénoncer ce commentaire

      Connaissant pas mal de soignants en Belgique, l'avis est plutôt contraire : "Vite, fuyons ce pays de fous". Il faut dire que la Maggie n'a pas vraiment arrangé les choses au cours des dernières années... Pas plus que les hôpitaux qui deviennent de plus en plus des usines à administrer des traitements plutôt qu'à soigner des humains. Si on écoutait leurs CA, un hôpital ne serait qu'un bloc d'op géant, de préférence avec des employés "importés" à bas coût. Plus rentable.

    • Un infirmier français le 24.10.2020 15:10 Report dénoncer ce commentaire

      Quand on parle de conditions de travail, on ne parle pas d'ambiance de travail. Vous croyez qu'il y a de l'ambiance quand les gens meurent dans votre service ?!? Franchement. Quand on parle de conditions, c'est qu'au CHR de Metz, nous avons du enfiler des sacs poubelles et des gants faits de sacs poubelles. Je ne parle pas de masques qu'on a du garder des fois 2 jours de suite. A Luxembourg, mes collègues disposaient de tout l'équipement nécessaire dès le début et il n'y a pas eu de manque. Voilà, quand on parle de "conditions de travail".

  • demich le 23.10.2020 16:38 Report dénoncer ce commentaire

    Plus d'Europe et moins en moins de Luxembourg. Le Luxembourg à su passer entre les mailles et a fait sa fortune grâce à cela . Ça touche à sa fin . Et malgré cela l'immobilier flambe !

  • Bart le 23.10.2020 16:33 Report dénoncer ce commentaire

    De temps à autre le non-résident est reconnu pour son utilité .....!!!