Catalogne

28 décembre 2017 12:41; Act: 28.12.2017 12:51 Print

Mariano Rajoy battu mais mieux armé

Le Premier ministre espagnol apparaît désormais mieux armé face aux séparatistes, estiment les analystes après les élections anticipées du 21 décembre.

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«L'article 155 [utilisé par le Premier ministre Mariano Rajoy] a joué son rôle qui n'était pas de gagner les élections, mais d'étouffer une rébellion contre la constitution», affirme un consultant politique. (Photo d'archives)

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Critiqué pour avoir perdu les élections en Catalogne, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy aborde, en fait, l'année nouvelle mieux armé pour barrer la route aux sécessionnistes, estiment les analystes. La rébellion contre la constitution a été étouffée, expliquent-ils.

«Fiasco», «déroute», ses détracteurs ont éreinté le dirigeant conservateur quand le 21 décembre, les partis indépendantistes ont conservé leur majorité au parlement catalan, ramenée de 72 sièges à 70 sur 135. Ils n'ont toujours pas la majorité des voix, mais les défenseurs de l'unité de l'Espagne non plus, contrairement aux espoirs de la majorité de la classe politique.

Le parti populaire (PP) de M. Rajoy a vu sa représentation - déjà marginale dans la région - réduite de onze à quatre sièges, selon le dernier décompte encore officieux qui inclut le vote de l'étranger. Son rival libéral Ciudadanos en a lui remporté 36, surtout à ses dépens. Les socialistes ont stagné à 17 sièges.

Rébellion étouffée

La conclusion semblait s'imposer: M. Rajoy avait perdu son pari en convoquant des élections anticipées après avoir placé la Catalogne sous tutelle en utilisant pour la première fois l'article 155 de la constitution. En fait, «l'article 155 a joué son rôle qui n'était pas de gagner les élections ni d'améliorer le score du PP ni de faire disparaître l'indépendantisme, mais d'étouffer une rébellion contre la constitution», affirme Ignacio Varela, consultant politique et éditorialiste.

Les trois partis séparatistes avaient voté des lois de «déconnexion» avec l'Espagne les 6 et 7 septembre, organisé le 1er octobre un référendum d'autodétermination interdit, et enfin proclamé unilatéralement l'indépendance d'une république catalane le 27 octobre. Ils ont eux-mêmes reconnu avoir sous-estimé la capacité de réaction de l'État et ne prétendent plus agir de façon unilatérale. «Appliquer l'article 155 a rompu un tabou, sans provoquer de rébellion», relève le politologue Pablo Simon. Selon lui, M. Rajoy n'hésiterait pas à y avoir recours à nouveau si les indépendantistes recommençaient à violer la loi.

Un coût

Ceux-ci, divisés, auront d'ailleurs du mal à gérer leur victoire, «notamment parce que celui qui a remporté le plus de voix (l'ex-président Carles Puigdemont exilé en Belgique) est à l'étranger et que son retour n'est pas attendu», estime Oriol Bartomeus professeur de sciences politiques à l'université autonome de Barcelone.

Pour Ignacio Varela, les élections auront un coût pour Mariano Rajoy: les pressions pour qu'il résolve la crise catalane augmenteront à l'étranger. «Les électeurs du PP seront fortement tentés de reporter leur voix sur Ciudadanos» et son gouvernement, déjà minoritaire, sort affaibli de ce scrutin.

Il aura notamment du mal à obtenir les voix du parti nationaliste basque (PNV), dont il a besoin pour faire approuver le budget 2018, tant que des dirigeants nationalistes catalans seront sur le banc des accusés, prévoit-il. Mais Anton Losada, professeur de sciences politiques à l'université de Saint-Jacques-de-Compostelle, croit au contraire que le chef du PNV, Iñigo Urkullu, qui a besoin des voix du PP pour continuer à gouverner le Pays basque, ne va pas lier son sort à celui des séparatistes catalans.

Vote utile

Il considérera «avoir rempli son devoir de solidarité avec la Catalogne» en menant en octobre une médiation entre Madrid et M. Puigdemont, dont ce dernier n'a pas voulu profiter. Oriol Bartomeus relativise, comme Anton Losada, la menace que représente Ciudadanos pour le PP, premier parti d'Espagne. «La logique du vote utile, qui a poussé les électeurs catalans vers Ciudadanos parce que c'était la force qui pouvait gagner, jouera en faveur du PP aux législatives de 2020», dit-il.

A l'étranger, Mariano Rajoy a bénéficié d'un soutien sans failles de ses pairs et «aucun gouvernement de l'Union européenne n'a envie de se mêler de ce bordel», poursuit M. Losada.

L'année 2018 sera difficile pour M. Rajoy, qui a surmonté la crise économique et remporté deux législatives depuis son arrivée au pouvoir en 2011, «mais quelle année n'a pas été difficile pour lui?», demande M. Losada, qui lui a consacré une biographie. «Je crois qu'il ira jusqu'au bout de son mandat».

(L'essentiel/nxp/ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • Pedro le 28.12.2017 14:00 Report dénoncer ce commentaire

    M.Rajoy a fait ce qu'il devait faire en tant que garant de l'unité nationale. Rien a faire avec des idées franquistes ou fascistes comme certains simples d'esprit semblent vouloir affirmer. Qoui de plus fasco-populiste ce que Puigdemont a fait, mentir a son peuple et le manipuler vers une catastrophe régionale, voire nationale, car les investisseurs vont réfléchir 2x avant d'investir en Catalogne. Si on compte les voix, approx 2,2 mio de voix contre l'indépendantisme et 1.9 mio pour. Le système proportionnel a fait le reste. Parler de république indépendante en Catalogne est simplement pervers

  • Blablabla le 28.12.2017 18:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Vive l’Espagne telle qu’elle est. Pas besoin d’une Catalogne indépendante.

  • JHL le 30.12.2017 15:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    A citoyen 57, Si je suis votre raisonnement, Merkel , May et... Puigdemont ne pourraient être au pouvoir. C’est le jeu des alliances avec des partis qui peuvent partager des objectifs. Le seul objectif des 3 partis est le mot « indépendance » qui ne se fera plus car il n’y a plus qu’un parti « CUP » qui le réclame. Le dialogue s’ouvrira et on donnera un plus d’autonomie et un sucre d’orge et on passera a autre chose... Pour rappel c’est ce parti d’extreme gauche qui a mis Puigdemont à la présidence car il n’avait pas de majorité. C’est encore le cas aujourd’hui ou un parti avec seulement 4 élus pour décider de l’avenir de la Catalogne

Les derniers commentaires

  • JHL le 30.12.2017 15:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    A citoyen 57, Si je suis votre raisonnement, Merkel , May et... Puigdemont ne pourraient être au pouvoir. C’est le jeu des alliances avec des partis qui peuvent partager des objectifs. Le seul objectif des 3 partis est le mot « indépendance » qui ne se fera plus car il n’y a plus qu’un parti « CUP » qui le réclame. Le dialogue s’ouvrira et on donnera un plus d’autonomie et un sucre d’orge et on passera a autre chose... Pour rappel c’est ce parti d’extreme gauche qui a mis Puigdemont à la présidence car il n’avait pas de majorité. C’est encore le cas aujourd’hui ou un parti avec seulement 4 élus pour décider de l’avenir de la Catalogne

  • Blablabla le 28.12.2017 18:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Vive l’Espagne telle qu’elle est. Pas besoin d’une Catalogne indépendante.

  • Citoyen 57 le 28.12.2017 17:14 Report dénoncer ce commentaire

    A Pedro. Rajoy garant de l unité espagnole!!. Ah bon,lui qui ne devrait meme pas diriger l'Espagne . Si tous ceux qui n'ont pas ses idées aux Cortes s'allient il est balayé.Il n' a jamais eu de majorité.

  • Pedro le 28.12.2017 14:00 Report dénoncer ce commentaire

    M.Rajoy a fait ce qu'il devait faire en tant que garant de l'unité nationale. Rien a faire avec des idées franquistes ou fascistes comme certains simples d'esprit semblent vouloir affirmer. Qoui de plus fasco-populiste ce que Puigdemont a fait, mentir a son peuple et le manipuler vers une catastrophe régionale, voire nationale, car les investisseurs vont réfléchir 2x avant d'investir en Catalogne. Si on compte les voix, approx 2,2 mio de voix contre l'indépendantisme et 1.9 mio pour. Le système proportionnel a fait le reste. Parler de république indépendante en Catalogne est simplement pervers

    • Citoyen 57 le 28.12.2017 17:17 Report dénoncer ce commentaire

      A Pedro encore. Quand à ses amis franquistes ils existent ..n'en vous déplaise.

    • Michel le 29.12.2017 10:58 Report dénoncer ce commentaire

      Dans une élection on compte les députés, pas les voix, et voilà une nouvelle majorité absolue de l'indépendantisme. Si vous préferez compter les voix il vous faudra attendre au prochain referéndum!

  • Diego le 28.12.2017 13:00 Report dénoncer ce commentaire

    Il est temps d'envisager de faire de l'Espagne une république fédérale.

    • Pedro le 28.12.2017 14:15 Report dénoncer ce commentaire

      Comme en 1932? Et finir comme en 1936? L'Espagne n'a jamais été aussi stable que depuis 1978, Monarchie Constitutionnelle avec des régions autonomes. Le problème recommence avec une certaine classe de catalans qui n'ont jamais assez et veulent toujours plus. Pour votre info, je suis catalan ET espagnol et fier d'être les DEUX dans le Reino de España et avant cela Corona de Aragon, Catalogne jamais indépendant et le temps de république il vaut mieux oublier.

    • 20-100 le 28.12.2017 14:52 Report dénoncer ce commentaire

      Si tout fonctionnait si bien depuis 1978 il faudra nous expliquer pourquoi M. Rajoy s'est senti obligé de réduire l'autonomie de la Catalogne quand il est arrivé aux affaires!

    • marc le 28.12.2017 17:02 Report dénoncer ce commentaire

      Rajoy l'a fait parce que les lois prises pour élargir l'autonomie de la catalogne quelques années auparavant étaient simplement inconstitutionnelles