CONDAMNé à LA PRISON à VIE

02 juin 2012 14:46; Act: 02.06.2012 14:58 Print

Soulagement et fureur au procès de Moubarak

Dans la salle d'audience comme devant le tribunal où les familles des victimes sont rassemblées, un silence s'est abattu quand Hosni Moubarak, 84 ans, a appris samedi sa peine de prison à vie.

  • par e-mail

Mais la colère l'a emporté sur le soulagement lorsque la cour, après avoir reconnu M. Moubarak et son ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli coupables pour la mort de près de 850 manifestants pendant la révolte de 2011, a acquitté six hauts responsables de la sécurité, poursuivis pour les mêmes raisons.

Le président du tribunal, Ahmed Rifaat, avait commencé par un discours très dur pour le régime de Moubarak, couché sur une civière dans le box grillagé où se trouvaient également ses fils, Alaa et Gamal, Habib el-Adli et les six responsables du ministère de l'Intérieur. Le règne de M. Moubarak a consisté en «trente ans d'une noire, noire, noire obscurité, l'obscurité d'un hiver amer», a-t-il lancé, en ajoutant que le soulèvement avait apporté «une nouvelle aube à l'Egypte». A l'annonce du verdict, des cris de stupeur ont été entendus dans la salle, où des policiers gardaient la cage et cachaient en grande partie les accusés. Dehors, les familles des victimes ont crié de joie et allumé des feux d'artifice, en criant «Dieu est grand».

Six responsables acquittés

Mais le soulagement a vite cédé la place à la colère lorsque le juge a exonéré les six hauts responsables du ministère de l'Intérieur ainsi que les deux fils de M. Moubarak. Ces derniers étaient poursuivis pour des faits de corruption, dont le juge a déclaré qu'ils étaient couverts par la prescription. «Le peuple veut la purge de la justice», ont scandé les avocats représentant les victimes, avant que n'éclatent de brefs heurts dans l'amphithéâtre de l'académie de police qui abrite la salle d'audience. «Le verdict mènera à l'acquittement en appel», a dit l'un d'eux, Ahmed Hassan. La défense de M. Moubarak a immédiatement fait savoir qu'elle allait faire appel.

Dès le début, les détracteurs du procès ont fortement critiqué les témoins appelés à la barre. Dans son verdict, le juge a reconnu qu'ils n'étaient pas fiables. Devant le bâtiment, Mohammed Abdel Fattah, père d'un garçon de 11 ans tué par balle pendant la révolte, brandissait la chemise et la veste ensanglantées de son fils. «Nul et non avenu, nul et non avenu!» criait-il en évoquant le verdict. «Il devrait être exécuté comme il a exécuté nos enfants», a réagi Mustapha Morsi, dont le fils âgé de 18 ans a également été tué par balle, devant un poste de police.

«Ce verdict prépare le terrain à une grâce lorsque Chafiq arrivera au pouvoir», a-t-il ajouté. Ahmad Chafiq, le dernier Premier ministre de M. Moubarak, affrontera au second tour de l'élection présidentielle les 16 et 17 juin le Frère musulman Mohammed Morsi. Dehors, la police anti émeutes a avancé et battu avec des bâtons des manifestants furieux qui lui lançaient des canettes de soda vides. Puis ils ont rapidement séparé ceux qui avaient commencé à se heurter aux pro Moubarak.

(L'essentiel Online/AFP)