En Italie

24 novembre 2017 11:30; Act: 24.11.2017 12:12 Print

Un état des lieux édifiant de la force des mafias

L'Italie a dressé cette semaine un état des lieux préoccupant de la force de ses mafias, qui gangrènent le Sud, se développent encore au Nord et visent désormais le monde virtuel.

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Une semaine après la mort de Toto Riina (photo), parrain historique de Cosa Nostra, Andrea Orlando, le ministre italien de la Justice, a estimé que «la mafia n'a pas gagné, mais elle n'a pas non plus perdu». (photo: AFP/Alessandro Fucarini)

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Une semaine après la mort de Toto Riina, parrain historique de Cosa Nostra, l'Italie a dressé à Milan un état des lieux préoccupant de la force de ses mafias, qui gangrènent le Sud, se développent encore au Nord et visent désormais le monde virtuel. «La mafia n'a pas gagné, mais elle n'a pas non plus perdu», a déclaré le ministre italien de la Justice, Andrea Orlando, en ouverture des «États généraux de la lutte contre les mafias», qui viennent conclure jeudi et vendredi une année de recherches et réflexions ayant impliqué plus de 220 experts.

«Nous sommes dotés depuis longtemps de la législation antimafia la plus avancée (...), nous menons une action incessante depuis 25 ans, comment est-il possible que les mafias soient encore puissantes?», s'est interrogé Franco Roberti, qui était procureur national antimafia jusqu'à la semaine dernière. En effet, des milliers de mafieux sont en prison, le total du patrimoine placé sous séquestre ou confisqué depuis plus de 20 ans est estimé à 30 milliards d'euros, mais la 'Ndrangheta (Calabre), la Camorra (Naples), Cosa Nostra (Sicile) ou encore la Sacra Corona Unita (Pouilles) continuent de prospérer et même de se développer, en Italie et à l'étranger.

«Mafia du bitcoin»

Outre le trafic de drogues à grande échelle, les mafias sont présentes dans la grande distribution, la restauration, la construction, l'ensemble de la filière agroalimentaire, le sport, le trafic des migrants, la gestion des déchets... Après la période sanguinaire des années 1980 et 1990, elle tuent beaucoup moins, par souci de discrétion et parce que la corruption et les pressions discrètes se sont révélées plus efficaces.

Les mafias sont passées des «pizzini», ces ordres transmis par les boss via des messages codés sur des petits bouts de papier, aux attachés-cases. Et des liasses de billets enterrés dans des bidons de lait en Suisse aux bitcoins. «Le cyberespace si prégnant dans notre vie quotidienne n'a pas de système de régulation ou de contrôle, et on y voit déjà des formes de criminalité très sophistiquées», a prévenu Alessandro Pansa, ancien chef de la police italienne désormais chargé des informations pour la sécurité auprès du chef du gouvernement. «La mafia du bitcoin se substituera à celle que l'on connaît, mais ce sera toujours la mafia», a-t-il insisté.

(L'essentiel/ AFP)