Mafia en Italie

17 novembre 2017 20:06; Act: 17.11.2017 20:05 Print

Avec Toto Riina, la mafia «tuait femmes et enfants»

«On ne tuait pas les femmes, mais avec Toto Riina on a commencé à tuer les femmes», témoigne vendredi un repenti de la mafia après la mort du chef de Cosa Nostra.

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Toto Riina est décédé vendredi d'un cancer, à l'âge de 87 ans. Il purgeait 26 peines de détention à vie. (photo: AFP)

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«Même s'il était en prison, Toto Riina comptait encore pour la mafia. Et s'il ordonnait qu'une chose soit faite, si c'était réalisable, alors c'était fait», a expliqué lors d'une conférence de presse Gaspare Mutulo, 77 ans, qui fut un ami de Riina, avant de devenir collaborateur de justice en 1991. «En apprenant sa mort tôt ce matin (vendredi) j'ai pensé, en tant qu'homme, qu'il avait cessé de souffrir même si je sais aussi qu'il a détruit la Sicile», a-t-il ajouté.

Originaire de Partanna-Mondello, près de Palerme, Gaspare Mutolo, apparu le visage dissimulé par une cagoule, a reconnu avoir tué de ses mains une vingtaine de personnes «par strangulation». «Vous pouvez imaginer qu'évoquer ces moments-là est une chose particulièrement douloureuse. Voir la terreur dans leurs yeux avant de mourir, puis le filet de sang qui coule de leurs oreilles...», a-t-il décrit dans un récit glaçant.

Invité à manger avant d'être tué

«Quand j'y pense oui je m'en repens, mais il y avait une justification à cela. On ne tuait pas pour des raisons personnelles seulement quand on me donnait l'ordre de tuer, je tuais, comme tous les mafieux», explique celui qui a partagé à deux reprises la cellule du «parrain des parrains». Devenu l'ami de Riina, Gaspare Mutolo avait décidé de prendre ses distances en 1974 «parce qu'il me demandait de manger avec lui, ce qui pour moi revenait à trahir mon propre chef».

«Il était charismatique, il était apprécié par les femmes avec qui il se montrait particulièrement courtois. Il demandait toujours que l'on lève son verre à tous les enfants du monde». Selon le repenti, qui dit se consacrer aujourd'hui à «sa foi et à la peinture», celui qui était surnommé «la belva» (le fauve) «en plus d'être un homme intelligent était particulièrement cruel».

«Lorsqu'il voulait tuer un ami, d'abord il l'invitait à manger, il trinquait avec lui, puis l'étranglait», confie-t-il. Selon Gaspare Mutolo, «la mafia existe toujours à Palerme» mais si l'État voulait vraiment l'éliminer une loi suffirait: «il faudrait condamner un homme politique pris en flagrant délit de collusion avec un mafieux à la même peine que le mafieux». «Aujourd'hui, lorsqu'on arrête un politicien, il est assigné à résidence», déplore-t-il.

(L'essentiel/AFP)