Idée

26 décembre 2020 13:43; Act: 26.12.2020 13:55 Print

Une semaine de travail de quatre jours en Espagne?

Travailler quatre jours par semaine pour faire reculer le chômage: l’idée est dans l’air en Espagne, poussée par l’aile radicale d’un gouvernement de gauche divisé sur la question.

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Le ministère du Travail «va explorer la question de la réduction du temps de travail, qui pourrait sans aucun doute favoriser la création d’emploi», lançait début décembre, le chef du parti de gauche radicale Podemos qui gouverne en coalition avec les socialistes. (Photo Josep LAGO / AFP) (photo: AFP)

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Le ministère du Travail «va explorer la question de la réduction du temps de travail, qui pourrait sans aucun doute favoriser la création d’emploi», lançait début décembre à la télévision Pablo Iglesias, le chef du parti de gauche radicale Podemos qui gouverne en coalition avec les socialistes de Pedro Sanchez depuis près d’un an.

Le vice-président du gouvernement réagissait ainsi à la proposition d’un député de sa mouvance de réduire la semaine de travail à quatre jours, soit 32 heures contre 40 actuellement.

«Le temps de travail exige une nouvelle conception qui ose défier, comme nous le faisons, les lois et usages du monde du travail», renchérissait sur Twitter la ministre du Travail Yolanda Diaz, également membre de Podemos.

Un débat lancé ailleurs, comme en Nouvelle-Zélande où la filiale locale d’Unilever va expérimenter la semaine de quatre jours sans baisse de salaire, ou en Allemagne, où l’idée a été relancée en août par le puissant syndicat IG Metall. Mais Podemos s’est immédiatement heurté à la réticence des socialistes du chef du gouvernement Pedro Sanchez.

«Nous ne devons pas nous déconcentrer de ce qui est aujourd’hui notre tâche prioritaire», c’est-à-dire «revenir aux taux de croissance que nous avions au début de la pandémie», a souligné la porte-parole du gouvernement, Maria Jesus Montero, alors que l’Espagne devrait être le pays occidental à enregistrer la plus lourde chute de son PIB en 2020 (-12,8% selon le FMI).

«Je ne crois pas que ce sujet soit une priorité pour l’Espagne, au vu des niveaux de productivité et de compétitivité actuels. Je ne crois pas qu’il y ait de marge pour cela», a ajouté le ministre de la Sécurité sociale, José Luis Escriva, en référence à une productivité nettement inférieure à la moyenne européenne, notamment en raison de la grande proportion de petites entreprises.

«Avec ce qui nous tombe dessus, c’est une chimère»

Néanmoins, le syndicat UGT, proche des socialistes, s’est depuis longtemps positionné en faveur de la semaine de quatre jours, proposant de consacrer le cinquième à la formation professionnelle. «Avec cela, nous gagnerons en compétitivité, en qualité de vie et en emploi», assure son secrétaire général, Pepe Alvarez.

L’autre grand syndicat, Commissions ouvrières, est lui aussi plutôt favorable à l’idée mais préfère pour l’instant se concentrer sur les thèmes officiels du «dialogue social» entre gouvernement, syndicats et patronat: hausse du salaire minimum et réforme du droit du travail.

Des sujets qui font tous figure de pomme de discorde au sein du gouvernement, entre des socialistes plutôt favorables au statu quo en attendant que l’économie reparte, et Podemos qui tente d’aller le plus loin possible dans ses revendications sociales.

Si elle a attisé les tensions au sein de l’exécutif, l’idée de la semaine de quatre jours a aussi irrité le patronat. «Avec ce qui nous tombe dessus, c’est une chimère», s’est indigné sur Twitter le vice-président de l’organisation patronale CEOE, Lorenzo Amor.

Le gouverneur de la Banque d’Espagne a, lui, averti qu’une telle mesure «exigerait une analyse très rigoureuse». Car «si quelqu’un travaille quatre jours au lieu de cinq, qu’en est-il de son salaire?» a souligné Pablo Hernandez de Cos, soulignant que l’impact de la réduction du temps de travail sur l’emploi «dépend de manière cruciale de l’effet sur le coût du travail».

La ministre du Travail Yolanda Diaz a d’ailleurs elle-même reconnu que la proposition telle qu’elle avait été formulée était trop «rigide» et «inutile pour certains secteurs». «La question clé est d’avancer vers des mesures de flexibilité internes à l’entreprise, et surtout de pouvoir adapter le temps de travail de chaque employé», a-t-elle analysé.

(L'essentiel/afp)