Emploi

06 août 2017 12:05; Act: 07.08.2017 11:20 Print

L'Allemagne, eldorado d'une Europe en crise

«Meilleurs salaires, plus d'opportunités d'emplois»: les jeunes d'Europe du Sud sont nombreux à tenter leur chance en Allemagne. Avec parfois, la déception au bout du chemin.

storybild

Jose, cet Espagnol de 31 ans est apprenti électricien dans une petite entreprise à la frontière autrichienne - et a dû se mettre à travailler en allemand. (photo: AFP/Christof Stache)

  • par e-mail
Sur ce sujet

En Allemagne, «les conditions d'emploi (...) sont bien meilleures (qu'en Espagne): on gagne plus d'argent, on a plus de pouvoir d'achat», assure Alberto del Barrio, originaire de Valence en Espagne et salarié d'une start-up berlinoise spécialisée dans le marketing pour smartphones. Plusieurs dizaines de milliers de jeunes Européens sont venus tenter leur chance dans la locomotive économique de la zone euro, dont le taux de chômage de seulement 5,7% est à son plus bas niveau depuis près de 30 ans et qui promet le «plein emploi» dans quelques années. Les pays du sud de l'Europe, comme le Portugal, l'Italie, l'Espagne ou la Grèce, confrontés en comparaison à des taux de chômage vertigineux chez les 15-24 ans, ont fourni l'essentiel de ces candidats à l'exil. Entre 2008 et 2015, plus de 47 000 Espagnols et environ 27.500 Grecs de 18 à 25 ans sont ainsi partis en Allemagne, selon l'Office allemand de la statistique.

Du pain béni pour une Allemagne qui souffre dans certains secteurs d'un déficit de main d'oeuvre. Sa population est vieillissante et son taux de natalité en berne. Dès 2011, la chancelière Angela Merkel a appelé les jeunes Espagnols à tenter leur chance sur le marché du travail allemand. Deux ans plus tard, Berlin et Madrid ont signé un accord réservant chaque année 5 000 places de formation ou d'emplois stables aux jeunes Ibères. Pur produit de la «génération Erasmus» biberonnée à l'Europe, Alberto del Barrio a su en tirer profit: après une année universitaire à Prague, où il a rencontré sa petite amie italienne, il choisit de s'installer à Berlin, où «on peut parler anglais» dans son secteur, explique ce jeune homme pas encore totalement rompu aux subtilités de la langue de Goethe. Au final, aucun regret: «Clairement, il y avait beaucoup plus d'opportunités d'emplois en Allemagne», constate-t-il.

«Fascination»

A plus de 600 km au sud, Jose Ramon Avendano Fuentes, 31 ans, est apprenti dans une entreprise d'électricité de Tacherting, petite ville de 5 000 habitants près de la frontière autrichienne. L'idée de tenter sa chance en Allemagne, c'est son agence pour l'emploi d'Albacete qui la lui a soufflée en 2014, alors qu'il ne trouvait pas de travail. «Ils m'ont dit que c'était possible de trouver un job en Allemagne, qu'ils avaient besoin de gens», explique-t-il. Depuis, Jose a réussi son intégration: il joue dans un orchestre local et n'hésite pas à enfiler la «culotte de peau», l'habit bavarois traditionnel. «J'ai environ 500 collègues, la plupart sont super», s'enthousiasme-t-il. D'autres en revanche ont dû déchanter, peinant à trouver leur place ou lassés par les contrats précaires ou les bas salaires, souvent le revers de la médaille du faible chômage. Il y a un «énorme désir» de retour au pays chez les Espagnols partis à l'étranger, combiné depuis 2015 à une «décrue de la demande» allemande, explique Sébastien Sanz, cofondateur en 2016 de la plateforme d'aide au retour «Volvemos» («Nous rentrons»).

Le nombre de jeunes Espagnols (18-25 ans) qui ont quitté l'Allemagne est passé de 2 800 en 2012 à environ 4 300 en 2015. C'est le cas de Javier Alarcon, rentré après avoir passé quatre ans avec femme et enfants comme chef de projet dans l'industrie automobile allemande à Wolfsbourg. L'expérience fut bonne mais l'organisation de la vie quotidienne trop compliquée. «Nous étions seuls là-bas tandis que nos familles étaient en Espagne. Avec deux bébés c'est devenu beaucoup trop pour ma femme», raconte-t-il à la radio publique allemande. Beaucoup sont revenus de cette «fascination» pour l'Allemagne, comme les infirmières, «beaucoup plus valorisées en Espagne qu'en Allemagne», dit aussi Sébastien Sanz. A l'heure où la croissance repart dans leur pays, Aberto et Jose voient-ils encore leur avenir en Allemagne? «J'aimerais continuer encore deux, trois ans en Allemagne et après... La vie change beaucoup!», explique Jose, qui boucle sa formation en février, mais sans promesse d'embauche. Alberto, lui, «ne pense pas rester en Allemagne». En Espagne, l'éclaircie est à l'horizon: «Je suis sûr que ça va s'améliorer».

(L'essentiel/ats)

Vous venez de publier un commentaire sur notre site et nous vous en remercions. Les messages sont vérifiés avant publication. Afin de s’assurer de la publication de votre message, vous devez cependant respecter certains points.

«Mon commentaire n’a pas été publié, pourquoi?»

Notre équipe doit traiter plusieurs milliers de commentaires chaque jour. Il peut y avoir un certain délai entre le moment où vous l’envoyez et le moment où notre équipe le valide. Si votre message n’a pas été publié après plus de 72h d’attente, il peut avoir été jugé inapproprié. L’essentiel se réserve le droit de ne pas publier un message sans préavis ni justification. A l’inverse, vous pouvez nous contacter pour supprimer un message que vous avez envoyé.

«Comment s’assurer de la validation de mon message?»

Votre message doit respecter la législation en vigueur et ne pas contenir d’incitation à la haine ou de discrimination, d’insultes, de messages racistes ou haineux, homophobes ou stigmatisants. Vous devez aussi respecter le droit d’auteur et le copyright. Les commentaires doivent être rédigés en français, luxembourgeois, allemand ou anglais, et d’une façon compréhensible par tous. Les messages avec des abus de ponctuation, majuscules ou langages SMS sont interdits. Les messages hors-sujet avec l’article seront également supprimés.

Je ne suis pas d’accord avec votre modération, que dois-je faire?

Dans votre commentaire, toute référence à une décision de modération ou question à l’équipe sera supprimée. De plus, les commentateurs doivent respecter les autres internautes tout comme les journalistes de la rédaction. Tout message agressif ou attaque personnelle envers un membre de la communauté sera donc supprimé. Si malgré tout, vous estimez que votre commentaire a été injustement supprimé, vous pouvez nous contacter sur Facebook ou par mail sur feedback@lessentiel.lu Enfin, si vous estimez qu’un message publié est contraire à cette charte, utilisez le bouton d’alerte associé au message litigieux.

«Ai-je le droit de faire de la promotion pour mes activités ou mes croyances?»

Les liens commerciaux et messages publicitaires seront supprimés des commentaires. L’équipe de modération ne tolérera aucun message de prosélytisme, que ce soit pour un parti politique, une religion ou une croyance. Enfin, ne communiquez pas d’informations personnelles dans vos pseudos ou messages (numéro de téléphone, nom de famille, email etc).

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 48 heures a été désactivé en raison du très grand nombre de commentaires que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • Du balais le 06.08.2017 18:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Un pays avec 12 millions de pauvres, des millions de personnes qui jonglent entre petits boulots mal payés... et dire que ce modèle est montré comme celui à suivre...

  • Jean Caisse le 07.08.2017 11:52 Report dénoncer ce commentaire

    Si l'Europe du futur est le modele Allemand, les jeunes vont devoir s'adapter rapidement et radicalement...C'est le pays avec les comptes les plus en ordre de l'Europe, mais a quel prix ? Pas de salaire minimum jusqu'a pas longtemps, precarites dans plusieurs secteurs, les prix commencent a etre pareils que les voisins mais avec des salaires qui font la moitie...Il suffit de voir les vehicules d allemand "moyen"...Par contre si on suit le modele luxembourgeois on ne va pas tres loin non plus, apparemment il faudrait 3 planetes pour tenir notre gaspillage et consumisme ici...

  • naturalhero le 07.08.2017 08:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    je rentre de Berlin et je confirme aussi qu'il y a bcp de pauvres (qui font les poubelles etc...) et c'est d'un morose là-bas

Les derniers commentaires

  • Jean Caisse le 07.08.2017 11:52 Report dénoncer ce commentaire

    Si l'Europe du futur est le modele Allemand, les jeunes vont devoir s'adapter rapidement et radicalement...C'est le pays avec les comptes les plus en ordre de l'Europe, mais a quel prix ? Pas de salaire minimum jusqu'a pas longtemps, precarites dans plusieurs secteurs, les prix commencent a etre pareils que les voisins mais avec des salaires qui font la moitie...Il suffit de voir les vehicules d allemand "moyen"...Par contre si on suit le modele luxembourgeois on ne va pas tres loin non plus, apparemment il faudrait 3 planetes pour tenir notre gaspillage et consumisme ici...

  • Flolo le 07.08.2017 11:38 Report dénoncer ce commentaire

    Beaucoup de pauvres qui se cachent

  • moultobrigado le 07.08.2017 08:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Comme moi je suis parti au Portugal. Au Luxembourg on payait tellement d'impôts...

    • Sinbad le 07.08.2017 11:53 Report dénoncer ce commentaire

      Retraité j'imagine, avec 10 ans d'exemption fiscale...

  • Nico le 07.08.2017 08:14 Report dénoncer ce commentaire

    Un boulot relativement précaire en Allemagne ou le chômage longue durée en France, Espagne, Grèce. Le choix n'est pas si difficile.

  • naturalhero le 07.08.2017 08:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    je rentre de Berlin et je confirme aussi qu'il y a bcp de pauvres (qui font les poubelles etc...) et c'est d'un morose là-bas