BEPPE GRILLO

11 mai 2012 16:25; Act: 11.05.2012 17:12 Print

Ce «clown flingeur» allume les politiques

Le grand bénéficiaire des élections municipales du week-end dernier en Italie a été le «Mouvement Cinq Étoiles» de Beppe Grillo, humoriste et blogueur reconverti dans la politique.

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Le «Mouvement Cinq Étoiles» de Beppe Grillo a obtenu son premier poste de maire dès le premier tour dans la bourgade de Sarego en Vénétie. (photo: AFP)

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Fort d'un score moyen de 9% dans les 101 communes où son mouvement était représenté et au moment où la classe politique est discréditée par les scandales, Beppe Grillo n'épargne personne.

Pour lui, le chef du gouvernement Mario Monti, nommé à la tête d'un gouvernement technique il y a six mois, est «issu d'un coup d'État», et le président Giorgio Napolitano est «un vieux cheval de parti». Quant aux avis des marchés financiers sur l'Italie, il les balaie comme de pures «conneries».

Les petits grillons

La rhétorique antipartis et les campagnes de Grillo sur la qualité de la vie ont drainé les foules avant le premier tour des municipales, suscitant en retour des mises en garde y compris de l'Église sur un risque de dérive populiste.Fait inédit: le «Mouvement Cinq Étoiles» a obtenu son premier poste de maire dès le premier tour dans la bourgade de Sarego en Vénétie.

Et des dizaines de jeunes candidats surnommés «les petits criquets» (de «grillo», criquet en français) ont été élus conseillers municipaux, promettant transparence, intégrité et défense de l'environnement. Le mouvement a aussi de fortes chances de faire son entrée au parlement lors des législatives du printemps 2013.

Son blog est le plus lu d'Italie

Écouter Grillo, 63 ans, c'est suivre un flot ininterrompu qui saute du coq à l'âne: des systèmes d'irrigation en Israël aux écrits de l'économiste américain Jeremy Rifkin en passant par sa conversation récente avec un retraité. Selon le comique, son succès s'explique par la crise, une implosion des partis traditionnels et l'essor d'Internet, illustrant le passage d'une «démocratie représentative» à une «démocratie participative».

Son blog est le plus lu d'Italie et il compte 831 656 fans sur facebook, 543 000 «followers» sur Twitter. «Il y a un vide. Au lieu de le remplir avec le nazisme, le fascisme, la xénophobie, la peur des autres, nous le remplissons avec l'hyper-démocratie», dit-il assis dans son jardin dominant la Méditerranée, en se déclarant proche des protestataires des Pirates, populaires en Suède, Autriche et Allemagne.

Il affirme n'avoir aucune ambition pour lui-même

Son mouvement réclame un débat sur un retrait de l'Italie de la zone euro. «Ce n'est pas un discours de bar. Le système ne fonctionne plus», argue cet homme bien en chair à la crinière poivre et sel. Le millionnaire qu'il est devenu grâce à ses spectacles finance en grande partie son mouvement et refuse les subsides publics. Cela tombe bien: les Italiens abhorrent la «caste» politique accusée de mener grand train.

Mais le grand saut vers le Parlement le préoccupe un peu. «Nous garderons un pied sur le trottoir, pour être proches des gens. Nous sommes nés sur les étals des marchés et sur «Internet», rappelle-t-il. S'il dit avoir été approché pour des alliances, y compris par Silvio Berlusconi, il affirme n'avoir aucune ambition pour lui-même. Ce serait impossible car il a été condamné pour un accident de voiture dans les années 80 et son Mouvement interdit toute candidature en cas de problèmes judiciaires.

«Rigor Montis»

Grillo a débuté sa carrière dans des cabarets avant d'être révélé au grand public par la Rai, la télévision publique italienne, dans les années 70. Ses débuts hors du monde du spectacle datent de 2007 avec l'organisation de manifestations massives contre la classe politique intitulées «Vaffanculo Day» (Journée du «va te faire foutre»).

Autre cible privilégiée, les médias et les aides conséquentes qu'ils reçoivent de l'État: «Ce sont les vrais privilégiés de l'Italie». Aucun des responsables politiques actuels ne trouve grâce à ses yeux, et surtout pas l'austère Premier ministre Monti, un ex-commissaire européen qu'il surnomme «Rigor Montis» (allusion à «rigor mortis», rigidité cadavérique).

Sans parler de son prédécesseur Berlusconi qu'il traite de «cadavre» ambulant: «C'est de l'histoire ancienne, il est vieux». Il désacralise tout, même le président Napolitano, populaire et respecté: «Comment peux-tu demander des sacrifices aux Italiens alors que ta présidence leur coûte 240 millions d'euros par an, quatre fois Buckingham Palace?»

(L'essentiel OnlineAFP)