Jean Asselborn

14 octobre 2019 19:13; Act: 15.10.2019 09:56 Print

«La Turquie n'attend pas après l'UE pour s'armer»

LUXEMBOURG - Les États membres de l'UE se sont engagés à «adopter des positions nationales fermes pour l'exportation d'armes vers la Turquie». Jean Asselborn s'est montré critique.

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Les États membres de l'Union européenne ont condamné lundi, l'intervention militaire turque dans le nord de la Syrie, mais ne sont pas parvenus à s'entendre pour imposer un embargo sur les ventes d'armes à la Turquie, un pays membre de l'OTAN. Ils se sont simplement engagés dans une déclaration commune à «adopter des positions nationales fermes concernant leur politique d'exportation d'armements vers la Turquie».

«Est-ce que cela sera suffisant? Nous verrons», a commenté la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, à l'issue de la réunion des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg. «Je ne pense pas qu'Erdogan va s'arrêter», a estimé le Luxembourgeois Jean Asselborn. «Cette intervention est soutenue en Turquie, même l'opposition la soutient, et (le président Recep Tayyip) Erdogan, n'attend pas après l'Europe pour se procurer des armes», a-t-il expliqué.

Plus rapide et plus facile à appliquer qu'un embargo

Le fait que la Turquie soit membre de l'OTAN, comme la plupart des pays de l'UE, rendait impossible de facto de lui imposer un embargo, a expliqué un haut responsable européen. Et l'UE ne peut décider pour des compétences qui relèvent de la souveraineté des États, a-t-il ajouté. La Turquie est un «important partenaire pour l'UE», a rappelé Federica Mogherini. «Et on ne peut pas passer sous silence le fait que la Turquie a pris en charge énormément de Syriens qui ont fui les combats dans leur pays», a souligné un haut responsable européen.

L'accord s'est fait sur une «stricte application» de la politique existante en matière d'exportations d'armements, dont une disposition impose de ne pas les approuver lorsqu'elles peuvent «contribuer à l'instabilité régionale». Federica Mogherini a assuré que cette disposition aurait le «même effet» qu'un embargo sur les armes, mais serait plus rapide et plus facile à appliquer. «L'engagement porte sur les nouveaux contrats d'armements», a expliqué le ministre espagnol Josep Borrell. «Chaque pays devra décider pour les contrats en cours», a souligné son homologue allemand Heiko Maas.

La France et l'Allemagne avaient fait le premier pas

Le problème est que les ventes d'armes à la Turquie ne requérant pas d'autorisations, car ce pays est membre de l'OTAN, cela va contraindre à rétablir des contrôles, a commenté Jean Asselborn. L'adoption de ces mesures n'a pas été aisée. «On s'est battu sur le mot "condamne" et sur l'engagement de ne plus livrer des armes», a raconté le ministre luxembourgeois. «On débat beaucoup dans l'UE», a confirmé l'Espagnol Josep Borrell. «Mais au final on parvient à un accord. Le texte approuvé engage tous les pays, y compris le Royaume-Uni», a insisté le ministre qui va succéder dans les prochaines semaines à Federica Mogherini.

La France et l'Allemagne ont annoncé dès samedi qu'elles stoppaient les ventes d'armes «susceptibles d'être utilisées» par Ankara dans le cadre de son offensive. Mais beaucoup de pays avaient besoin d'un cadre européen. L'Italie, l'un des principaux fournisseurs d'armes de la Turquie avec l'Espagne, la France et le Royaume-Uni, plaidait pour un «moratoire européen sur les ventes d'armes» à la Turquie.

(L'essentiel/afp)