Après la levée du blocage

04 avril 2014 11:23; Act: 04.04.2014 11:43 Print

Erdogan poursuit sa croisade contre Twitter

Le Premier ministre turc a relancé vendredi la polémique, en dénonçant la décision de justice qui a contraint son gouvernement à lever l'interdiction du réseau social dans le pays.

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Moins de vingt-quatre heures après le rétablissement de l'accès au réseau de microblogging en Turquie, M. Erdogan a publiquement critiqué l'arrêt rendu mercredi par la Cour constitutionnelle, qu'il a jugé «contraire aux valeurs nationales». «Nous devons bien sûr appliquer le jugement de la Cour constitutionnelle mais je ne le respecte pas. Je ne respecte pas ce jugement», a-t-il déclaré devant la presse avant de prendre l'avion pour une visite en Azerbaïdjan.

Saisie par deux professeurs d'université et un avocat, la plus haute instance judiciaire turque avait jugé mercredi illégale l'interdiction du réseau Twitter, estimant qu'elle violait la liberté d'expression, et ordonné sa suspension immédiate. Dans la foulée de cette décision, un tribunal d'Ankara a ordonné vendredi la levée d'une autre interdiction, imposée il y a huit jours à YouTube. En dépit de ce jugement, susceptible d'appel, la plateforme d'échanges de vidéos restait toujours inaccessible vendredi en Turquie.

«Nos valeurs nationales et morales ont été bafouées»

Visé depuis des mois par de graves accusations de corruption, le Premier ministre a déclaré la guerre aux réseaux sociaux en ordonnant le blocage successif de Twitter, le 20 mars, et de YouTube, le 27 mars, pour enrayer la diffusion quotidienne sur Internet de comptes rendus d'écoutes téléphoniques ou de réunions le mettant en cause. La plus compromettante, qui a justifié l'interdiction de YouTube, concernait une réunion de sécurité confidentielle dans laquelle quatre hauts responsables turcs, dont le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu et le chef des services de renseignements (MIT) Hakan Fidan, évoquaient une intervention militaire en Syrie.

Prises à la veille des élections municipales du 30 mars, ces décisions ont suscité une avalanche de critiques, aussi bien en Turquie qu'à l'étranger, qui ont dénoncé la dérive autoritaire du gouvernement islamo-conservateur. Grand vainqueur du scrutin de dimanche, M. Erdogan a balayé ces critiques d'un revers de main vendredi en portant à nouveau le fer contre les réseaux sociaux. «Nos valeurs nationales, morales, ont été bafouées. Tout, y compris les insultes visant un Premier ministre et des ministres étaient pourtant évidentes», a-t-il déploré, estimant que la Cour constitutionnelle aurait dû rejeter la requête des plaignants. «Cela n'a rien à voir avec les libertés».

Des divergences entre Erdogan et le président Gül

Conforté par la large victoire électorale de son parti dimanche, M. Erdogan, qui dirige le pays depuis 2003, envisage sérieusement de succéder à M. Gül en se présentant en août à l'élection présidentielle, pour la première fois au suffrage universel direct. Le Premier ministre a donné un nouveau signe de ses intentions vendredi, en se déclarant opposé à tout changement de la règle de son parti qui lui imposera de quitter la tête du gouvernement à l'issue des législatives de 2015. «Je suis en faveur de la règle des trois mandats maximum». M. Erdogan a toutefois estimé qu'il était «trop tôt» pour annoncer une décision, et précisé qu'il allait d'abord en discuter avec l'actuel président Abdullah Gül.

Présenté comme un modéré, M. Gül n'hésite plus depuis des mois à manifester publiquement ses différences et à se distancer des positions intransigeantes du Premier ministre, au point d'être présenté comme son potentiel rival. À l'inverse de M. Erdogan, le chef de l'État s'est ainsi réjoui ouvertement de la levée de l'interdiction de Twitter. «La décision unanime de la Cour constitutionnelle est très importante», s'est réjoui M. Gül devant des journalistes turcs lors d'une visite au Koweït. «Cette décision a finalement conforté l'État de droit dans le pays, elle est fondée sur le droit universel, j'en suis fier».

(L'essentiel/AFP)