Construction européenne

29 octobre 2013 09:15; Act: 29.10.2013 10:31 Print

Depuis Maastricht, «il n'y a rien» au sein de l'UE

Deux décennies après le traité qui a instauré l'euro, l'UE a du mal à trouver un nouveau projet mobilisateur pour relancer une construction européenne minée par la crise.

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Avec la crise et la montée de l'europhobie, les dirigeants européens jouent de plus en plus la prudence, voire le repli sur les égoïsmes nationaux, selon plusieurs analystes. (photo: AFP)

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Dans la longue histoire de la construction européenne, ce traité entré en vigueur le 1er novembre 1993 constitue un jalon majeur, celui de la création de la monnaie unique, puissant symbole et saut qualitatif dans l'intégration. Le traité reste célèbre pour ses fameux critères en matière de déficits publics et de dette. Limites que les États se sont empressés de ne pas respecter, à commencer par la France et l'Allemagne au milieu des années 2000. Politiques et experts s'accordent aujourd'hui à reconnaître que l'union monétaire était mal conçue, puisqu'elle n'était accompagnée d'aucune union budgétaire, et encore moins économique.

«Il n'y avait aucune volonté» de la part des États, souligne Daniel Gros, directeur du Center for European political studies. Rappelant l'adage selon lequel les généraux se préparent toujours pour la guerre précédente, il note que les dirigeants de l'époque s'étaient focalisés sur la lutte contre l'inflation et les déficits, sans anticiper un problème avec les banques. Le traité de Maastricht n'a pas préparé l'Europe aux «défis majeurs de la stabilité du système financier». Beaucoup d'experts considéraient déjà il y a 20 ans comme une «folie» de faire une union monétaire sans unions bancaire, économique et politique, rappelle Nicolas Véron, chercheur à l'institut Bruegel.

Maastricht, la «dernière fois où l'on s'est fixé un grand objectif»

Les choses ont fonctionné jusqu'à l'éclatement de la crise bancaire, qui s'est transformée rapidement en crise de la dette et de l'euro, avant de déferler sur le reste de l'économie. Face à cette crise existentielle, les Européens ont trouvé des réponses «dans la précipitation», constate Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Schuman. Après avoir injecté des milliards d'euros pour colmater les brèches et sauver le système, l'UE a lancé plusieurs chantiers pour tenter d'éviter une nouvelle crise: renforcement de la discipline budgétaire et lancement d'une union bancaire.

Malgré ses défauts de conception, Maastricht, c'est la «dernière fois où l'on s'est fixé un grand objectif», estime M. Giuliani. «Depuis il n'y a rien». L'Union européenne s'est toujours construite par à-coups, mais en se donnant des buts ambitieux. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ce fut la paix après deux conflits ravageurs, puis la fin des frontières pour les marchandises et les citoyens avec le Marché unique, enfin la monnaie. Dans la logique d'un espace démocratique et prospère, l'UE a aussi constitué une force d'attraction, qui s'est traduite par des élargissements successifs, les derniers au milieu des années 2000 avec les anciens pays de l'Est communistes.

Il faut que notre «modèle social puisse être durable»

Mais avec la crise et la montée de l'europhobie, les dirigeants européens jouent de plus en plus la prudence, voire le repli sur les égoïsmes nationaux. L'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, à l'origine de l'euro avec le Système monétaire européen, regrette amèrement que l'Europe n'ait «plus d'objectif», et il en propose un: «Bâtir en Europe une puissance économique comparable» aux États-Unis et à la Chine? L'UE doit se donner les moyens de rester «une des trois grandes puissances mondiales» à l'horizon 2050, pense aussi M. Giuliani. Une ambition assortie d'une feuille de route et d'un calendrier précis, dit-il en évoquant une harmonisation économique, notamment en matière fiscale, mais aussi sociale.

Défendant la cohérence de son action à la tête du Conseil européen, Herman Van Rompuy assure qu'une Europe forte ne peut exister que sur la base d'une «économie forte», avec «davantage de convergence économique dans la zone euro». Il faut que notre «modèle social puisse être durable», ajoute-t-il. Mais dans la mesure où l'intégration se rapproche du «cœur de la souveraineté», M. Véron insiste sur la question de la légitimité démocratique, dont le «déficit» a contribué à miner la confiance des citoyens. À l'instar de Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), beaucoup sont convaincus que cela passe au minimum par un «renforcement des pouvoirs du Parlement européen», élu au suffrage universel direct. Et donc par un nouveau traité.

(L'essentiel Online/AFP)

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Les commentaires les plus populaires

  • Sans frontières le 29.10.2013 15:22 Report dénoncer ce commentaire

    Il faudrait peut être se réveiller... L'Europe et la mondialisation c'est l'avenir, que vous le vouliez ou non, et l'argent c'est dieu, que vous le vouliez ou non. Alors les 'mort à l'Europe' et 'vive l'état souverain', vous pouvez toujours rever. Vous devriez plutôt vous retourner l'esprit et voir les choses comme ça : fin des gouvernements nationaux pour un gouvernement UNIQUE en Europe (combien de centaines de ministres ça ferait en moins ça?). Regardez les USA... A faire tant qu'il est temps, avant que ce ne soit le tiers-monde ici et que les fascistes en profitent pour tout bousiller.

  • dom le 29.10.2013 12:31 Report dénoncer ce commentaire

    ... il aura fallu 20 ans pour qu'ils s'en rendent compte ... ça fait peur pour notre futur...

  • Citoyen le 29.10.2013 12:42 Report dénoncer ce commentaire

    Tout ce passe comme prévue, nos 13 têtes pensantes veulent le mondialisme à grande vitesse! Ils se foutent des conséquence que ça peut avoir du moment qu'on est assez grand pour influencer les autres grand pays des continents restants hormis les USA qui en font déjà parti! Il faudra simplement choisir entre Dollar ou Euro pour finir!!!

Les derniers commentaires

  • Pragma le 30.10.2013 14:28 Report dénoncer ce commentaire

    Je vous invite à faire une recherche google sur Marie-France Garaud : "Jean Monnet, un agent américain, payé pour détruire les États européens" et de regarder la vidéo Youtube ... Vous en saurez plus sur l'UE, et les 3 premières minutes sont très intéressantes, notamment sur pourquoi l'UE et Jean Monnet ...

  • UEimpossible le 29.10.2013 18:46 Report dénoncer ce commentaire

    L'Europe, nous amène au fond du trou. L'Europe, destructeur d'avenir. Chômage, PIB, ... Avec votre Euro rien ne fonctionne !! L'ENFER N'EST PLUS TRES LOIN !!!

  • Smoky le 29.10.2013 16:54 Report dénoncer ce commentaire

    Heureusement, car la déchéance des pays européens a commencé avec Maastricht. Que se serait-il passé si d'autres décisions avaient été prises? Nous serions au fond du trou si pas plus... Alors arrêtons de creuser aux prochaines élections!

  • silvy le 29.10.2013 15:43 Report dénoncer ce commentaire

    europee la destruction des europeen chest tout

  • Rosen Léiw le 29.10.2013 15:42 Report dénoncer ce commentaire

    Ce "système" est simplement une "construction" mafieuse , les chefs mafieux et leurs disciples façon parlement et cie à qui on graisse la patte pour asservir la racaille des pays membres du "club", le tout présenté de la sorte que tout soit "officiel" juridiquement et surtout...banquairement..la pyramide mafieuse parfaite !