En Allemagne

30 mars 2018 08:05; Act: 30.03.2018 11:14 Print

L'IVG, encore aujourd'hui «un très grand tabou»

Les démêlés judiciaires de deux gynécologues rappellent qu'en Allemagne l'avortement reste strictement encadré par la loi, et que les médecins sont dissuadés de le pratiquer.

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Deux femmes demandent la légalisation de l'avortement en Allemagne, qui est aujourd'hui dépénalisé dans certains cas.

Une faute?

À l'énoncé du verdict qui la condamnait à 6 000 euros d'amende pour avoir informé ses patientes qu'elle pratiquait l'avortement, la gynécologue allemande Kristina Hänel a été «horrifiée». Mais aussi convaincue que «cela ne pouvait plus durer ainsi». Menacée pour la même raison d'une sanction judiciaire, sa consœur de Kassel, Nora Szasz, ne veut «en aucun cas» céder. «Nous n'avons pas peur!», affirment à l'AFP ces deux médecins prêtes à se battre devant la plus haute juridiction allemande.

Sur le site Internet de leur cabinet, les deux spécialistes informent leurs patientes qu'elles pratiquent les interruptions volontaires de grossesse (IVG). «Une simple mention parmi douze autres opérations de chirurgie ambulatoire que je mène en tant que gynécologue», précise Nora Szasz, renvoyée devant le tribunal. Car en Allemagne ce type d'information peut être assimilé à de la promotion voire de la publicité pour l'IVG, un délit passible de «jusqu'à deux ans d'emprisonnement ou une amende», selon l'article 219a du code pénal.

«C'est un anachronisme incroyable»

Les démêlés judiciaires de ces deux gynécologues sont venus rappeler aux Allemandes que l'avortement reste strictement encadré par la loi, et que les médecins sont dissuadés de le pratiquer dans un pays pourtant à la pointe du combat pour les droits des femmes dans les années 70. Ces dernières semaines, les responsables politiques se sont de nouveau emparés du sujet, une partie de l'opposition appelant à l'abrogation du «paragraphe 219a» au nom du droit des femmes à l'information. Mais les conservateurs du parti chrétien-démocrate d'Angela Merkel s'y refusent et les sociaux-démocrates, leurs partenaires gouvernementaux, viennent de retirer une proposition de loi en ce sens afin de ménager le camp de la chancelière.

«C'est un anachronisme incroyable», s'emporte Verena Osgyan, élue des Verts au parlement régional de Bavière, rappelant que cet article avait été adopté en mai 1933, peu après qu'Adolf Hitler s'est arrogé les pleins pouvoirs. L'IVG constitue encore aujourd'hui «un très grand tabou», diagnostique la gynécologue berlinoise, Christiane Tennhardt. Et elle relève en pratique du parcours du combattant. «En Allemagne, la législation est très compliquée et très contradictoire», confirme Jutta Pliefke de l'organisme public Pro Familia, chargé de conseiller les femmes en matière de grossesse ou de sexualité. Quelque 100 000 avortements pour 790 000 naissances sont pratiqués en Allemagne. En France, le nombre atteint de 210 000 à 220 000 pour 800 000 naissances. Au Luxembourg, il y avait eu 651 IVG en 2015.

(L'essentiel/afp)