À Florence

06 mars 2018 22:54; Act: 07.03.2018 11:45 Print

Ses deux papas sont morts de la même manière

Le Sénégalais assassiné lundi, était le père adoptif d'une jeune femme. Le géniteur de cette dernière était tombé sous les balles d'un fasciste en 2011.

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Idy Diène, 54 ans, a été touché à la tête et au thorax. (photo: Maurizio Degl Innocenti)

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Une jeune femme de 18 ans pleure pour la deuxième fois son père à Mont Rolland, un village sénégalais. En 2011, elle perdait son géniteur et lundi matin son paternel adoptif. Les deux hommes ont été tués par balle à Florence (I).

Idy Diène, 54 ans, le Sénégalais abattu lundi dans la capitale toscane, était le cousin d'un certain Samb Modu. Ce dernier avait été tué le 13 décembre 2011 par l'extrémiste de droite Gianluca Casseri sur une place de Florence. Dans l'attaque ouvertement raciste, deux compatriotes étaient tombés sous les balles. Samb laissait alors sa femme Rokhaya et sa fille âgée de 11 ans. D'après le site Tgcom.it, Idy, qui est mort lundi, s'était rapproché de la veuve, qu'il a épousée il y a quelques mois. Il s'occupait d'elle économiquement et avait aussi «adopté» la jeune fille en lui payant ses études au Sénégal. La jeune femme devait rejoindre sa mère, qui venait d'obtenir sa nationalité italienne, et son beau-père prochainement en Italie.

Tuer quelqu'un au hasard

Idy était bien connu par ses pairs. L'homme vivait depuis près de 20 ans dans la périphérie de Florence (I), mais se rendait quotidiennement au centre pour son commerce ambulant. «Il était ici tous les jours», a raconté son ami Assan au quotidien «Repubblica». «Il participait à des manifestations culturelles religieuses et fréquentait la mosquée du centre».

Le meurtre de lundi ne semble pas être à mouvance raciste. «Nous n'avons trouvé aucun lien avec des groupes politiques, encore moins de droite ou racistes. C'était un collectionneur d'armes», a expliqué le procureur. Une conclusion qui ne convainc pas la communauté sénégalaise. Celle-ci a organisé une manifestation lundi qui s'est terminée par des actes de vandalisme dans la ville. «On ne peut pas mourir comme des bêtes à Florence», s'est offusqué Pape Diaw, un représentant de la collectivité sénégalaise florentine. «Il y a toujours un fasciste qui tue et maintenant on en a aussi au gouvernement. De toutes les personnes présentes sur le pont, pourquoi c'est le Noir qu'il a visé? Il n'y avait que le Noir sur le pont?».

Lundi, Roberto Pirrone, un Italien de 65 ans, a expliqué aux policiers qu'il était sorti pour se suicider, mais que la peur l'avait rattrapé. Il avait alors décidé de tuer quelqu'un au hasard et c'est tombé sur Idy Diene. Il a reçu six balles, dont une dans la tête et une dans le thorax. Les soucis financiers ont motivé le geste selon les autorités. Un mot d'adieu a été retrouvé à son domicile. Avant de croiser la route du Sénégalais, le tueur était passé devant une famille avec des enfants, mais il ne les avait pas visés.

(L'essentiel/atk)