En Allemagne

27 septembre 2021 13:34; Act: 27.09.2021 13:34 Print

Angela Merkel, un bilan en demi-​​teinte

Une gestionnaire de crise hors pair mais sans grande vision: Angela Merkel, va quitter le pouvoir après 16 années et avec une popularité au zénith, laissera un héritage contrasté.

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En 16 ans de pouvoir, des réussites et des échecs. (photo: AFP)

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«La vie sans crises est plus facile, mais quand elles sont là, il faut y faire face». Angela Merkel avait résumé son credo le 22 juillet. La dirigeante allemande avait alors énuméré les cinq crises majeures auxquelles elle aura été confrontée, de la crise financière de 2008 à la pandémie de Covid-19, en passant par le sauvetage de l'euro, l'afflux de réfugiés syriens et irakiens en 2015 et le réchauffement climatique.

1. Gestionnaire de crise

L'accueil de réfugiés restera sans doute comme la décision emblématique de l'ère Merkel. Ses soutiens soulignent un acte de courage. La gestion de la crise sanitaire a également valu des louanges à Mme Merkel.

Ses interventions sobres et pédagogiques et les bons résultats obtenus dans les premiers mois de l'épidémie restent en mémoire, malgré une mouvance «corona-sceptique» très active et des vagues suivantes plus meurtrières. D'autres crises ont en revanche attiré les critiques, en particulier la situation grecque en 2011. L'Allemagne de Mme Merkel avait fait preuve d'intransigeance à l'égard d'Athènes, poussant le pays au bord de la faillite, ce qui lui a valu de solides inimitiés en Europe.

2. La nouvelle «leader du monde libre».

En 16 années, le rôle joué par l'Allemagne sur la scène internationale a évolué. La relation transatlantique, abîmée durant la présidence de Donald Trump, reste un pilier pour Berlin. Mais la chancelière a aussi approfondi les relations avec d'autres puissances, au nom de sa vision multipolaire des relations internationales. En pleine montée des populismes, Mme Merkel avait même été désignée par le New York Times comme la nouvelle «leader du monde libre».

L'influence allemande a ainsi grandi en Asie ou en Afrique, continent où elle s'est rendue beaucoup plus souvent que ses prédécesseurs. Mme Merkel a aussi cultivé des liens étroits avec la Russie de Vladimir Poutine, avec qui elle partage un passé du côté soviétique du Rideau de fer. Les affaires d'espionnage, l'annexion de la Crimée ou l’empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny n'ont pas fait dévier Mme Merkel de sa volonté de maintenir le dialogue avec la Russie, avec qui elle a mené le chantier controversé du gazoduc Nord Stream 2.

Mme Merkel s'est aussi rendue à de nombreuses reprises en Chine, partenaire commercial majeur, quitte à se voir régulièrement accusée de placer les intérêts économiques de son pays avant la question des droits de l'homme.

La Bundeswehr, malgré sa vétusté, a aussi élargi son terrain d'action sous ses différents mandats, en intervenant notamment avec la France au Sahel.

3. Moteur économique de l'Europe

«Homme malade» de l'UE au début des années 2000, l'Allemagne est (re)devenue la première puissance économique du continent, fondée sur des excédents commerciaux faramineux et une gestion budgétaire rigoureuse. Le taux de chômage a fondu en 16 ans, de 11,2% à 5,7% en juillet, dans un marché encore fortement fragilisé par la pandémie. De fortes disparités demeurent toutefois entre ouest et est, avec des Länder d'ex-RDA souvent tenus à distance du miracle économique allemand. La proportion de mini-jobs mal rémunérés reste aussi importante.

4. La «chancelière du climat» déçoit -

Depuis 2005, «il ne s'est pas passé suffisamment de choses» pour lutter contre le réchauffement, avait admis le 22 juillet Mme Merkel, convaincue cependant d'avoir «consacré beaucoup d'énergie» à cette question. Mme Merkel avait notamment surpris en décidant brutalement en 2011 d'en finir avec l'énergie nucléaire après la catastrophe de Fukushima. Ancienne ministre de l'Environnement d'Helmut Kohl, un temps surnommée la «chancelière du climat», Mme Merkel a dû rehausser au printemps les objectifs de l'Allemagne, sous la pression de la Cour constitutionnelle qui les jugeaient trop peu ambitieux.

5. - Poussée de l'extrême droite

Les élections de 2017, qui ont sacré la chancelière pour la quatrième fois consécutive, ont surtout été marquée par l'entrée inédite du parti d'extrême droite Alternative pur l'Allemagne (AfD) au parlement. Ce parti islamophobe, dont la frange la plus radicale est issue du mouvement néonazi, a surfé sur les craintes suscitées par l'accueil de migrants en 2015 pour se développer, en particulier en ex-RDA où il joue les premiers rôles.

Plus inquiétant encore, la menace terroriste d'extrême droite supplante désormais le risque jihadiste, avec plusieurs attaques meurtrières. Les agressions antisémites sont elles aussi en hausse.

6. L'Europe, un goût d'inachevé

«L'UE est en moins bon état que lors de l'arrivée au pouvoir de Merkel en 2005», abonde le magazine Der Spiegel, en citant le manque de «vision» de la chancelière, «le fossé sur les questions financières entre le Nord et le Sud», le Brexit et la montée des démocraties illibérales. Convertie en 2020 à la mutualisation des dettes, Mme Merkel n'avait pas saisi au bond les propositions de réforme du président français trois ans auparavant, un attentisme critiqué jusqu'en Allemagne.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Incroyable le 27.09.2021 15:20 Report dénoncer ce commentaire

    "Une gestionnaire de crise hors pair mais sans grande vision": "l'accueil de réfugiés restera sans doute comme la décision emblématique de l'ère Merkel." Tout est dit. La super gestionnaire a ouvert la porte sans demander à personne, ensuite tout le monde et chacun doit se dém...er. C'est incroyable à quel point la politique assure des activités occupatoires bien rémunérées et sans aucune responsabilité à la clef.

  • Dehors enfin le 27.09.2021 14:24 Report dénoncer ce commentaire

    Une catastrophe, surtout pour l'immigration...

  • duvaro le 27.09.2021 14:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Une popularité au zénith ? On ne doit pas connaître les mêmes Allemands alors ... Quant à sa gestion de la crise migratoire, elle a ouvert la porte unilatéralement à n'importe qui en Europe. C'est sa plus grosse bêtise dont toute l'Europe paie les pots cassés.

Les derniers commentaires

  • Mic le 28.09.2021 06:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Beaucoup de critiques pour cette Dame de grande valeur …. Malgré cela le pays de nos voisins allemand ne va pas si mal que ça me semble t il ! Alors ayez un peu d’indulgence avec cette personne et pour vos histoires d’immigration …. Calculez comme vous voulez dans les prochaines décennies L’europe aura besoin de mains étrangères pour faire tourner son économie ….. Le GDL est très bien placé pour le savoir ! Ce n’est que mon avis bien sûr lol !

  • Dede le 27.09.2021 19:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Faut pas non plus noircir le tableau ! Elle a fait de bonnes choses aussi sinon elle n aurait pas été revoter. De toutes façons il fallait s attendre à une pluie de critiques lors de cette élection

  • vdv le 27.09.2021 18:44 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le Europe est le arnaque du siècle

  • Hans Müller le 27.09.2021 18:29 Report dénoncer ce commentaire

    C'est lorsque son successeur sera au pied du mur qu'il verra la hauteur de ce dernier!

  • Kaastoua le 27.09.2021 16:43 Report dénoncer ce commentaire

    et oui.. le vote sanction est tombé// bye bye.. (non madame les grecs ne sont pas des fainéants)

    • vincent le 27.09.2021 17:56 Report dénoncer ce commentaire

      Ah bon? les grecs ont-ils utilisé ces 10 dernières années pour résorber leur dette?