Pays-Bas

18 décembre 2016 15:19; Act: 19.12.2016 12:36 Print

Anne Frank a-​​t-​​elle été découverte par hasard?

Une étude de la Maison Anne Frank d'Amsterdam suggère que l'adolescente juive pourrait avoir été découverte par hasard, et n'aurait pas été dénoncée, comme on le pensait jusqu'à maintenant.

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Série de photos d'identité présentant Anne Frank en 1942. Elle avait alors 12 ans. (photo: Desk)

Une faute?

Qui dénonça la famille d'Anne Frank en ce jour fatidique de l'été 1944? Après des décennies de vaines recherches, une nouvelle étude suggère que l'adolescente juive et les autres clandestins de l'Annexe pourraient avoir été découverts «simplement par hasard». Pour le musée Anne Frank d'Amsterdam, qui publie l'étude, «il est possible» que la perquisition qui mena à la découverte de l'appartement secret de l'entreprise familiale ait été effectuée «à cause d'emplois illégaux et d'un trafic de coupons de rationnement». Et donc que «les enquêteurs aient découvert Anne Frank et les sept autres clandestins simplement par hasard».

Née à Francfort-sur-le-Main en Allemagne, le 12 juin 1929, Anne Frank avait quitté son pays avec sa famille en 1933 pour échapper aux Nazis. Installés à Amsterdam, ils entrent dans la clandestinité en juillet 1942, dans l'appartement aménagé derrière une fausse bibliothèque au dernier étage du 263, Prinsengracht. Bientôt rejoints par la famille Van Pels et par Fritz Pfeffer, les Frank s'y terrent pendant deux ans, jusqu'en août 1944, avant d'être découverts et déportés.

Potentiel délateur inconnu

L'histoire veut que les enquêteurs aient reçu un coup de fil dénonçant les clandestins. Un magasinier de l'entrepôt du rez-de-chaussée, l'épouse d'un collègue, la sœur d'une assistante de la famille: au fil des ans, les suspicions ont été nombreuses mais aucune enquête ou étude n'a jamais pu déterminer avec certitude l'identité du potentiel délateur. «Pendant l'année 1944, beaucoup de lignes téléphoniques ont été coupées, limitant les possibilités pour les particuliers d'effectuer des appels», assure dans son article l'auteur de l'étude, Gertjan Broek, soulignant que le numéro des services de renseignements allemands «ne se trouvait pas dans le bottin». «Il existe donc une réelle possibilité que l'appel, s'il a bien eu lieu, provienne d'une autre agence gouvernementale», ajoute-t-il.

À partir du 10 mars 1944, Anne évoque dans son journal l'arrestation de deux hommes, qu'elle surnomme «B» et «D». Ceux-ci, Martin Brouwer et Pieter Daatzelaar, travaillaient en tant que représentants pour la société de matières premières Gies & Co, installée au rez-de-chaussée du bâtiment.

30 millions d'exemplaires

Le 14, l'adolescente écrit : «B. et D. ont été arrêtés, nous n'avons donc pas de coupons...». Ce qui prouve, assure le chercheur, que les deux hommes fournissaient des coupons aux clandestins de l'Annexe. Sur la base du journal et de nouveaux documents, dont des rapports de police, M. Broek a également conclu que les enquêteurs présents lors de l'arrestation n'avaient pas pour mission de découvrir des Juifs mais travaillaient sur des affaires de fraudes. L'adolescente mourra du typhus début 1945 dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, quelques jours après sa sœur. Son père Otto fut le seul survivant de l'Annexe.

Le journal d'Anne Frank est l'un des ouvrages les plus lus au monde: il s'est vendu à plus de 30 millions d'exemplaires et a été traduit en 67 langues. Pour Ronald Leopold, directeur exécutif du musée, «cette nouvelle étude ne réfute pas la possibilité que les clandestins aient été dénoncés, mais démontre que d'autres scénarios doivent être examinés».

(L'essentiel/AFP)