Brexit

20 juin 2019 08:26; Act: 20.06.2019 10:11 Print

Bruxelles se résout à un retour de Boris Johnson

Dans la capitale européenne, «Boris» est perçu comme un opportuniste qui a bâti sa carrière en racontant des histoires biaisées sur l'UE.

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Boris Johnson, le favori dans la course à la succession de Theresa May, a été correspondant de la presse britannique à Bruxelles avant d'y revenir comme chef de la diplomatie de son pays. Et il n'y a pas laissé de bons souvenirs.

Dans la capitale européenne, «Boris» est perçu comme un opportuniste qui a bâti sa carrière en racontant des histoires biaisées sur l'UE en tant que journaliste, avant de tromper ses électeurs en tant qu'homme politique lors du référendum sur le Brexit.

Mais parmi ceux qui l'ont connu au fil des décennies, certains n'excluent pas qu'il soit finalement capable de conclure un accord de divorce avec ces Européens qu'il fustige. «Il y a deux écoles», explique Pierre Sellal, ancien représentant permanent de la France auprès de l'UE, qui a croisé Boris Johnson quand il était correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles, puis ministre.

«Ceux qui considèrent que la fonction modifie la personne», et que M. Johnson changerait de comportement en devenant Premier ministre. «Et ceux qui considèrent que sa personnalité est telle que même la direction du Foreign Office ne l'avait pas vraiment altérée et qu'il se comportera comme il l'a toujours fait», a-t-il ajouté. «Je pense qu'on aura une réponse très vite», juge l'ancien diplomate.

Brexit sans accord

Si, comme cela semble probable, Johnson succède à Theresa May au poste de Premier ministre, il a promis qu'il exigerait d'importantes modifications du traité de retrait négocié par la dirigeante conservatrice. Et si, comme il est aussi probable, les dirigeants européens s'y refusent, il s'est dit prêt à un «no deal», c'est-à-dire à un Brexit sans accord.

Une situation redoutée par les milieux d'affaires au Royaume-Uni, qui craignent des relations commerciales chaotiques entre les deux divorcés, et des dégâts pour l'économie britannique.

Johnson croit en Johnson

Pascal Lamy, l'ancien patron de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et chef de cabinet du président de la Commission Jacques Delors dans les années 1990, connaît la famille Johnson depuis l'enfance bruxelloise du jeune Boris.

Il se souvient du court de tennis de la famille Johnson, qui conférait au jeune Boris un avantage certain dans ses relations sociales. Il l'a ensuite croisé dans la salle de presse de la Commission, puis a suivi le parcours politique qui l'a mené à la mairie de Londres puis à la tête de la diplomatie de son pays.

Pour M. Lamy, son choix de se muer en porte-drapeau du Brexit relève davantage des calculs d'un homme ambitieux que de véritables convictions. «Je ne pense pas qu'il ait une opinion extrêmement sophistiquée sur le Brexit», confie M. Lamy, interrogé par l'AFP. «La seule chose à laquelle croit Boris Johnson, c'est Boris Johnson».

Braquer les Européens

S'il succède à Theresa May, «une fois qu'il y sera arrivé, son objectif suivant sera d'y rester. Je pense qu'il subordonnera la suite à une stratégie pour rester Premier ministre», poursuit M. Lamy.

Donc «une fois qu'on lui aura dit que "non désolé"», l'accord de retrait n'est pas renégociable, «je le vois bien revenir chez lui et dire: "Bon, bah, écoutez les amis il faut décider et c'est vous qui allez devoir décider"».

D'autres craignent au contraire que les postures arrogantes de Johnson ne braquent les Européens. «S'il se comporte immédiatement de manière agressive comme il a commencé à le faire en exigeant une renégociation, ça se passera rapidement assez mal», estime Pierre Sellal.

Et «le résultat sera de précipiter un renversement de l'état d'esprit à Bruxelles pour aller vers la sortie, y compris sans accord».

(L'essentiel/ats)