Grande-Bretagne/Syrie

16 juillet 2020 19:23; Act: 17.07.2020 10:44 Print

Déchue de sa nationalité, on l'autorise à revenir

Une Britannique, partie en Syrie pour épouser un jihadiste de l’État islamique, peut rentrer au Royaume-Uni pour contester son retrait de citoyenneté.

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Shamima Begum, originaire de l'est de Londres, a donné naissance à trois enfants en Syrie. (photo: AFP)

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La justice britannique a estimé, jeudi, qu'une jeune fille qui avait rejoint le groupe jihadiste État islamique en Syrie, Shamima Begum, devait être autorisée à retourner au Royaume-Uni pour y contester la déchéance de sa nationalité. Aujourd'hui âgée de 20 ans, Shamima Begum était partie adolescente en Syrie en 2015 avec deux camarades de classe. Elle s'était mariée à 15 ans avec un partisan de l'EI d'origine néerlandaise, de huit ans son aîné.

Les trois adolescentes britanniques avaient été filmées par des caméras de surveillance à une gare routière à Istanbul, d'où elles sont parties vers une ville turque à la frontière avec la Syrie. Après avoir fui avec son mari les combats dans l'est du pays, Shamima Begum s'était retrouvée en février 2019 dans un camp de réfugiés syriens, où elle a accouché d'un bébé, décédé quelques semaines après sa naissance. Ses deux précédents enfants, nés lorsqu'elle se trouvait en Syrie, sont morts eux aussi.

Pas de regrets

Les autorités britanniques l'avaient déchu de sa nationalité britannique en février 2019, invoquant des raisons de sécurité et estimant qu'elle était en droit de demander le passeport bangladais. Mais le Bangladesh avait indiqué qu'elle n'avait jamais demandé la nationalité et a refusé de l'accueillir. Dans la bataille judiciaire qu'elle a engagée, elle a obtenu jeudi une victoire d'étape. La justice britannique a estimé que «la seule manière qui lui permette» de contester de manière «juste et équitable» sa déchéance de nationalité était de l'autoriser à se rendre au Royaume-Uni pour le faire.

Son avocat Daniel Futner a salué un «rappel important que l'équité et l’État de droit restent les pierres angulaires du système judiciaire britannique et qu'ils fixent les limites légales dans lesquelles le ministère de l'Intérieur peut agir». «La justice ne peut pas être mise en échec, ou indéfiniment retardée parce qu'un dossier est difficile ou que la sécurité nationale est engagée», a-t-il ajouté dans un communiqué, soulignant que sa cliente n'a jusqu'ici jamais eu de «possibilité de donner sa version des faits de manière juste».

Qualifiant la décision de décevante, le ministère de l'Intérieur a annoncé qu'il déposerait une demande de recours. Shamima Begum avait exprimé en février 2019 son désir de rentrer au Royaume-Uni, tout en affirmant ne pas regretter son départ vers la Syrie. Cette déclaration avait choqué dans l'opinion publique britannique, marquée par une série d'attentats en 2017 revendiqués par l'EI.

(L'essentiel/afp)