Belarus

13 août 2020 14:43; Act: 13.08.2020 15:02 Print

Des chaînes humaines et des arrestations

Près de 700 personnes ont été arrêtées au 4e jour d’une contestation farouche contre la réélection du président Loukachenko. De multiples chaînes humaines se formaient à Minsk.

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Le Belarus a encore annoncé jeudi l’arrestation de quelque 700 manifestants la veille, quatrième jour d’une contestation violemment réprimée, faisant deux morts, contre la réélection du président Alexandre Loukachenko.

Des nouvelles protestations s’organisaient néanmoins jeudi, pour dénoncer la victoire, jugée frauduleuse, de l’homme à poigne du Bélarus, au pouvoir depuis 26 ans, et crédité de 80% des voix. Des célébrités ont aussi commencé à prendre position contre la répression. Pour ses partisans c’est une novice en politique, Svetlana Tikhanovskaïa, qui a gagné, après une campagne qui a suscité une ferveur jamais vue dans l’ex-république soviétique.

Le ministère biélorusse de l’Intérieur a annoncé sur son compte Telegram l’arrestation d’encore 700 manifestants à travers le pays mercredi, portant à plus de 6 700 le total depuis dimanche soir. Il a estimé que la contestation faiblissait «mais le niveau d’agressivité à l’égard des forces de l’ordre reste élevé», relevant que 103 policiers avaient été blessés, dont 28 sont hospitalisés.

Violente répression

Aucun bilan détaillé n’a été publié concernant les manifestants, contre lesquels des balles en caoutchouc, matraques et grenades sonores sont utilisées sans retenue. Mercredi soir, les autorités biélorusses ont aussi confirmé la mort d’une personne en détention, arrêtée durant la contestation, un décès qui s’ajoute à celui d’un manifestant lundi. Elles ont aussi reconnu un incident au cours duquel des balles réelles ont été tirées mardi, blessant une personne à Brest.

Les États-Unis et l’UE ont dénoncé les fraudes électorales et la répression, les Européens menaçant Minsk de sanctions. L’Ukraine voisine a pour sa part appelé ses ressortissants à éviter de se rendre au Belarus, et réclamé la libération «immédiate» de deux défenseurs ukrainiens des droits de l'homme incarcérés.

Chaînes humaines blanches

Jeudi matin, dans plusieurs villes du pays et notamment à Minsk, des dizaines de personnes sortaient pour le deuxième jour consécutif en ordre dispersé pour constituer d’éphémères chaînes humaines pacifiques, fleurs à la main, une forme de contestation qui a été moins violemment réprimée que les manifestations nocturnes. Ces chaînes sont majoritairement constituées de femmes, vêtues le plus souvent de blanc.

Des célébrités locales ont ces derniers jours multiplié les critiques à l’égard des autorités. La quadruple championne olympique de biathlon, Darya Domracheva s’est adressée sur son compte Instagram aux «dirigeants des forces antiémeutes: ARRÊTEZ LA VIOLENCE! Ne permettez pas que l’horreur se poursuive dans les rues». Plus tard, elle a publié un deuxième message appelant «les deux parties» au calme.

Plusieurs journalistes et présentateurs de médias d’État ont aussi annoncé ces derniers jours leurs démissions, notamment Tatiana Borodkina, de STV, qui présentait une émission de divertissement avec ses filles. «Je n’ai pas peur et n’ayez pas peur, ne privez pas nos enfants de leur avenir», a écrit Mme Borodkina mardi après-midi sur sa page Facebook.

L’écrivaine Svetlana Alexievitch, seule Bélarusse distinguée par un prix Nobel, a accusé mercredi le président Alexandre Loukachenko d’entraîner son pays vers «la guerre civile».

Galons à la poubelle

Malgré les coupures répétées d’internet, des militaires et policiers à la retraite ou en activité ont aussi anonymement dénoncé la répression. Dans des vidéos très largement diffusées, ils jettent à la poubelle des galons, des uniformes et des insignes d’unités.

Selon des témoignages sur les réseaux sociaux, plusieurs dizaines de manifestants arrêtés ces derniers jours ont été relâchés dans la nuit ou à l’aube. Les autorités n’ont pas indiqué combien de personnes restent détenues à ce jour à travers le pays.

L’opposante Svetlana Tikhanovskaïa ne s’est pas exprimée depuis sa vidéo mardi annonçant son départ précipité pour la Lituanie mardi. Selon ses partisans, elle a subi des menaces quand elle a été retenue des heures durant par les forces de sécurité lundi.

Alexandre Loukachenko, 65 ans, n’a jamais laissé aucune opposition s’ancrer. La précédente grande vague de contestation, en 2010, avait aussi été sévèrement réprimée. Mme Tikhanovskaïa, novice en politique âgée de 37 ans, a mobilisé en quelques semaines des dizaines de milliers de personnes, du jamais vu dans ce pays. Cette mère au foyer a remplacé son mari Sergueï, un vidéo-blogueur en vue, après son arrestation en mai alors qu’il gagnait en popularité.

(L'essentiel/AFP)