Procès en Allemagne

22 avril 2015 21:43; Act: 22.04.2015 21:59 Print

Gröning plonge ses juges dans l'horreur d'Auschwitz

Au deuxième jour de son procès en Allemagne, l'ancien comptable d'Auschwitz Oskar Gröning a replongé mercredi ses juges dans l'horreur du camp emblématique de la Shoah.

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Le témoignage du nonagénaire est douloureux pour les familles des rescapés. (photo: Keystone)

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Son témoignage sur l'arrivée à Birkenau a été suivi par celui d'une rescapée sur les expériences du docteur Mengele. «Tout se passait de manière ordonnée», a relaté l'ancien soldat SS de 93 ans, qui pourrait être le dernier ancien nazi traduit en justice. Il était pressé de questions sur l'organisation du camp au plus fort de l'extermination des Juifs d'Europe, il y a 71 ans. Le tribunal de Lunebourg, a d'abord examiné mardi son engagement volontaire dans les SS fin 1940 puis son affectation à Auschwitz en 1942. Il s'est ensuite penché sur le cœur de l'accusation: la «complicité» dans l'envoi de 300 000 Juifs hongrois dans les chambres à gaz entre mai et juillet 1944.

Oskar Gröning, qui demande «pardon» pour sa «faute morale» mais conteste toute responsabilité pénale, a tenté de décrire la surveillance qu'il a exercée à trois reprises sur la «rampe» d'arrivée de Birkenau. Cœur de l'extermination industrielle, avec ses quatre complexes associant chambres à gaz et fours crématoires, Birkenau s'ouvrait sur trois voies, permettant d'accueillir trois convois simultanés. «C'était un peu houleux parce que la zone n'était pas grande», a raconté le vieil homme, aussi alerte que la veille. L'ancien comptable, principalement chargé de trier les devises des déportés pour les envoyer à Berlin, a décrit une organisation glaçante tournée vers l'efficacité. «Les Juifs qui arrivaient» dans des wagons à bestiaux chargés de 80 à 85 personnes, vidés à tour de rôle, «n'avaient pas à décharger leurs affaires sur la rampe, le personnel le faisait pour eux», a-t-il raconté. Il a indiqué ignorer si une «limite de poids» était prévue pour chaque bagage.

Exténués par leur voyage, les déportés étaient «inspectés visuellement» par deux médecins, qui triaient ceux jugés aptes au travail de ceux voués à une mort immédiate (enfants, femmes enceintes, malades, personnes âgées). «La seule différence avec Auschwitz-I est qu'il n'y avait pas de camions. Ils partaient à pied. En bas, il y avait les fours crématoires et les chambres à gaz». Face à la salle silencieuse et aux 67 parties civiles, rescapés de la Shoah ou proches des victimes, l'ancien nazi s'est voûté, marquant une pause. Éprouvé par sa déposition, l'ancien soldat a laissé Eva Kor, partie civile rescapée d'Auschwitz, dépeindre un autre visage du camp: les expériences menées par le docteur Josef Mengele sur les déportés, en particulier sur les vrais jumeaux qui le fascinaient.

(L'essentiel/AFP)