Présidentielle

25 juin 2016 18:48; Act: 25.06.2016 18:52 Print

L'Islande, méfiante envers l'UE, élit son président

Sauf coup de théâtre, les Islandais devraient porter samedi un universitaire sans étiquette à la présidence de la république, une neutralité qui semble séduire ce pays.

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Gudni Johannesson, historien de 47 ans et affilié à aucun parti, est le grandissime favori dans les sondages.

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Pour ce vote à un tour dans ce petit pays de 330 000 habitants, les sondeurs donnaient, depuis l'officialisation de sa candidature, une avance irrattrapable sur le papier à Gudni Johannesson, un universitaire un peu terne de 47 ans qui briguait son premier mandat électif. Il a voté samedi matin dans une école de la capitale, accompagné de son épouse l'historienne canadienne Eliza Reid et leurs quatre jeunes enfants.

Interrogé par un correspondant de l'AFP, après avoir glissé son bulletin dans l'urne, sur ses intentions s'il est élu, M. Johannesson a répondu: «La première chose, le plus important, c'est de me rendre en France lundi pour voir l'Islande jouer contre l'Angleterre» en huitième finale de l'Euro-2016. M. Johannesson l'emporterait avec 44,6% des suffrages devant une femme d'affaires, Mme Halla Tómasdóttir, créditée de 18,6% des intentions de vote, selon une enquête Gallup publiée vendredi pour la chaîne de télévision RUV.

Excès de la finance

Halla Tómasdóttir devancerait l'ancien Premier ministre et ex-gouverneur de la Banque centrale, David Oddsson. A 68 ans, ce dernier reste trop souvent associé aux excès de la finance qui ont conduit à la tempête de 2008. «Je me raccroche à l'idée que j'ai des électeurs cachés», a déclaré à l'AFP un David Oddsson d'humeur malgré tout badine en passant dans l'isoloir. Comme Elin Jonsdottir, une commerçante de 62 ans, ses partisans protestent qu'il est «le seul candidat bénéficiant du savoir et de l'expérience» indispensables à l'exercice de la fonction présidentielle. Pour ses détracteurs au contraire, il incarne un chapitre refermé de leur histoire alors que «Gudni représente les temps nouveaux», résumait Jon Gudmundsson, un employé de 43 ans. Gudni Johannesson s'est déclaré après la publication des «Panama Papers» révélant en avril qu'un nombre impressionnant d'Islandais détenaient un coffre dans des paradis fiscaux.

Parmi eux, le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson, poussé à la démission par la rue. Son programme: moderniser les institutions, entre autres en permettant des référendums d'initiative populaire. «Je m'efforcerai d'être non politique dans le champ politique», avance-t-il. Une neutralité apparente qui séduit les Islandais, de plus en plus défiants vis-à-vis du sérail. La presse se montre, elle, parfois agacée par les réponses sibyllines du candidat. «M. Johannesson n'est pas parvenu à orienter le débat vers le présent et l'avenir, peut-être en raison de sa formation d'historien», ironisait samedi le journal Frettabladid, proche du centre-gauche. Après maintes tergiversations, le président sortant, Olafur Ragnar Grimsson, a jeté l'éponge, renonçant, à 73 ans, à un sixième mandat.

Le Brexit, une chance pour l'Islande?

Le Brexit a brouillé la fin de campagne. Comme la majorité des électeurs, le probable futur président est hostile à une adhésion de l'Islande à l'Union européenne. Le Brexit «change beaucoup de choses dans le bon sens pour les Islandais» qui peuvent envisager des alliances avec des Etats européens indépendants comme la Norvège et la Suisse, a réagi vendredi soir M. Johannesson. En 2015, l'Islande avait retiré sa candidature, déposée en 2009, après des négociations peu fructueuses et le retour aux affaires du centre-droit, eurosceptique. Et pour le ministre des Finances et patron du parti de l'Indépendance, Bjarni Benediktsson, la sortie du Royaume-Uni de l'UE éloigne un peu plus la perspective d'un rapprochement entre Reykjavik et Bruxelles.

Le Brexit «oblige l'Europe à repenser les termes de sa coopération», a-t-il relevé, cité par le quotidien Morgunbladid. La présidentielle se tient dans une atmosphère d'euphorie nationale. Avec un tourisme florissant, l'économie se porte à merveille, offrant le plein emploi et une hausse du pouvoir d'achat. Mais surtout, ce scrutin aux enjeux relatifs, du fait du caractère largement protocolaire de la fonction présidentielle, ne passionne guère les électeurs, à trois jours du huitième de finale de l'Islande contre l'Angleterre à Nice. La petite île de l'Atlantique nord s'est prise de fièvre pour l'Euro-2016 où ses onze «vikings» effectuent un parcours historique. Entre 10 000 et 20 000 Islandais ont fait le déplacement en France, un chiffre spectaculaire pour un pays de 330 000 habitants. Plus de 245 000 électeurs sont appelés aux urnes. Les premières estimations sont attendues juste après la fermeture des derniers bureaux à minuit.

(L'essentiel/nxp/afp)