Belarus

18 octobre 2020 19:40; Act: 19.10.2020 12:19 Print

L'opposition dans la rue malgré la menace de tirs

Alors que le gouvernement a prévenu que la police n’hésiterait pas désormais à recourir «si nécessaire» aux tirs à balles réelles, l’opposition biélorusse a défilé à Minsk, dimanche.

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Contrairement aux rassemblements précédents, les manifestants ont choisi dimanche de ne pas défiler dans le centre de Minsk, mais sur une artère du sud de la capitale. (photo: AFP)

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Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues au Belarus dimanche contre le président Alexandre Loukachenko, malgré la menace de tirs à balles réelles de la police. Une centaine de personnes ont été interpellées.

Cette action de protestation est la première d’ampleur depuis l’ultimatum fixé à M. Loukachenko par la figure de proue de l’opposition Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie. Elle a donné au président jusqu’au 25 octobre pour se retirer, sans quoi elle appellera le pays à descendre dans la rue et à une grève générale.

Contrairement aux rassemblements précédents, les manifestants ont choisi dimanche de ne pas défiler dans le centre de Minsk mais sur une artère du sud de la capitale, où sont situées de nombreuses usines. Ils ont scandé «Grève!" et des slogans anti-Loukachenko et antipolice.

Arrestations

«Jusqu’à présent, plus de 100 personnes ont été arrêtées à Minsk», a indiqué à l’AFP la porte-parole du ministère biélorusse de l’Intérieur, Olga Tchemodanova.

Le chef de l’État, sous une pression inédite depuis l’élection présidentielle du 9 août, n’a montré aucune intention de se plier aux revendications de ses détracteurs, au contraire.

Toutes les figures de l’opposition sont aujourd’hui détenues ou en exil à l’étranger. Dimanche dernier, la manifestation à Minsk a été violemment réprimée par la police, qui a utilisé des canons à eau et grenades assourdissantes contre la foule et arrêté des centaines de personnes. Cette intervention fut la plus brutale depuis des semaines.

Pas peur

Lundi, le ministère de l’Intérieur a averti que la police n’hésitera pas désormais à recourir «si nécessaire» aux tirs à balles réelles, ce qui constituerait une escalade sérieuse de la crise. Le chef du KGB, Ivan Tertel, a de son côté assuré samedi avoir connaissance d’une «provocation imminente» en préparation afin de «déstabiliser» le pays.

Angela Krassovskaïa, l’une des manifestantes du défilé de dimanche, a dit à l’AFP ne pas avoir peur. «Nous ne pouvons plus reculer. S’ils commencent à tirer, alors il y aura encore plus de gens dans les rues», a-t-elle affirmé.

Une autre manifestante, la retraitée Maria Petrovitch, a estimé que «le niveau des violences perpétrées par les autorités est sans précédent». Elle s’est dite prête à continuer jusqu’au départ d’Alexandre Loukachenko.

La police biélorusse avait déjà tiré à balles réelles début août, lors des premières manifestations réprimées par la force à Brest (sud). Un manifestant était alors décédé des suites de ses blessures. Depuis le début de la contestation, la répression a fait au moins trois morts et des dizaines de blessés.

La contestation se poursuivra

Dans son ultimatum, Svetlana Tikhanovskaïa a, outre la démission de M. Loukachenko, réclamé la fin des pressions policières et la libération de tous les «prisonniers politiques». Dans un message diffusé dimanche, elle a appelé ses concitoyens à «continuer d’exprimer nos revendications de manière pacifique et résolue».

«Nous ne nous arrêterons que lorsque chaque prisonnier politique aura été libéré, que les forces de sécurité auront commencé à protéger leur peuple, et que la loi et des élections honnêtes seront de retour au Belarus», a-t-elle averti.

Hormis la grande manifestation de dimanche dernier, d’autres rassemblements, plus petits, ont été réprimés par la police cette semaine. Lundi, la police a dispersé avec du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes une manifestation de retraités dans les rues de Minsk.

Samedi, lors de la traditionnelle manifestation des femmes et celle des étudiants, 58 personnes dont des journalistes ont été interpellées, selon les autorités.

Des centaines de manifestants, responsables de mouvements politiques, d’organisations syndicales et des journalistes ont été arrêtés, depuis le début des protestations.

(L'essentiel/afp)