En Grèce

21 mai 2013 08:14; Act: 21.05.2013 10:13 Print

La crise fait le bonheur des mères poules

Dans un spot télévisé, un publicitaire voulait se moquer d'un jeune homme qui vivait aux crochets de sa famille. Mais la crise est passée par là. Les Grecs vivant avec leurs parents ne font plus rire personne.

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En Grèce, faute de travail, les jeunes restent de plus en plus longtemps chez leurs parents. (AFP)

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La crise économique grecque, entraînant chômage et baisses de salaires, a obligé un nombre toujours plus nombreux de jeunes à revenir vivre chez leurs parents. Elle a aussi renforcé les liens entre générations et les valeurs familiales, faisant le bonheur des Grecques, qui ont la réputation d'être de vraies mères poules. Les vieilles plaisanteries sur les «fils à maman» ne font plus rire et il est devenu socialement acceptable de rester logé, nourri, blanchi par ses parents à l'âge adulte.

Cela a même donné une idée à une start-up, Vanakias, qui se charge d'acheminer les petits plats frais concoctés par des mères pour leurs enfants étudiants dispersés dans les universités du pays. «Plutôt que d'envoyer de l'argent tous les mois, les parents peuvent faire des économies en envoyant à manger», souligne Dimitris Balomenos, l'un des fondateurs de cette petite entreprise familiale, créée en septembre, en pleine crise.

«Envoyer des plats frais que je cuisine moi-même est clairement meilleur pour la santé, et moins cher, qu'envoyer de l'argent», se félicite Matoula Davinou, qui fait mijoter son plat dans sa cuisine à Athènes.

64,2% de chômage chez les 15-24 ans

Traditionnellement, les jeunes aspiraient à quitter le nid familial, «mais maintenant ceux qui vivent seuls sentent la crise. Et des jeunes admis dans des écoles loin de chez eux ne peuvent pas y aller pour des raisons financières», relève M. Balomenos. Le taux de chômage des jeunes Grecs âgés de 15 à 24 ans a explosé à 64,2%. Beaucoup de parents grecs doivent se résigner à voir émigrer leurs enfants vers le nord de l'Europe à la recherche d'un emploi.

«Du fait des faiblesses du système de prise en charge sociale en Grèce, la famille a toujours joué un rôle très important. Maintenant, les gens se tournent à nouveau vers la famille pour faire face aux difficultés financières», analyse Laura Maratou-Alipranti, sociologue au Centre national de la recherche sociale.

«La publicité est devenue très réaliste»

Dans un spot à succès pour une société de téléphonie mobile, diffusé en 2011, Georges Adamantides caricaturait un jeune homme se vantant d'être indépendant, alors qu'il vivait dans le grenier de la maison familiale et se nourrissait des bons petits plats maternels. «Il y a cinq ans, on aurait dit que ce type était un idiot. En fait la publicité est devenue très réaliste. Dans les mois qui se sont écoulés entre la première et la deuxième diffusion, c'est entré dans l'air du temps, d'une manière que nous n'avions pas prévue», dit son concepteur.

«Au départ, nous voulions jouer avec l'idée de quelqu'un voulant le beurre et l'argent du beurre, maintenant c'est comme si nous racontions une histoire qui arrive tous les jours», affirme-t-il. «Si nous devions filmer une suite, le garçon en question aurait totalement réintégré le domicile familial et son sourire serait moins satisfait», imagine-t-il.

«Les jeunes ne s'installent plus ensemble»

On constate une diminution des cohabitations juvéniles, qui se multipliaient auparavant, et un recul de l'âge moyen du mariage depuis le déclenchement de la crise en 2010, même si les études statistiques manquent, selon Mme Maratou-Alipranti.

«Les jeunes ne s'installent plus ensemble, ou ceux qui l'ont fait retournent chez leurs parents, soit qu'ils aient perdu leur travail ou n'arrivent plus à joindre les deux bouts», relève la sociologue.

Ce n'est pas bon pour la natalité. Les naissances ont ainsi reculé en 2012 à 101 000, contre 118 000 en 2008, selon Léonidas Papadopoulos, directeur d'une des grands maternités privées d'Athènes. Alors qu'avec un taux de fertilité de 1,4 enfant par femme, la Grèce ne doit qu'aux immigrés de ne pas voir sa population baisser.

(L'essentiel Online/AFP)