Justice en Espagne

08 février 2014 16:10; Act: 08.02.2014 16:22 Print

La fille du roi tente de se disculper devant le juge

L'infante Cristina a pris ses distances samedi avec les activités frauduleuses reprochées à son mari et affirmé qu'elle «avait confiance» en lui, après sa mise en examen pour fraude fiscale.

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La plus jeune fille du roi d'Espagne est soupçonnée d'avoir coopéré avec son mari, l'ancien champion olympique de handball Iñaki Urdangarin, pour le détournement de 6,1 millions d'euros d'argent public. (photo: AFP)

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Arrivée en voiture au tribunal de Palma de Majorque, l'infante, blonde et souriante, sobrement vêtue d'une veste noire et d'un chemisier blanc, a salué les caméras de télévision du monde entier d'un bref «Bonjour», avant d'entrer dans le bâtiment, pour ce rendez-vous judiciaire sans précédent pour la monarchie espagnole. Assise dans un fauteuil de velours rouge, dans une salle d'audition dominée par le portrait officiel de son père, le roi Juan Carlos, Cristina, 48 ans, a répondu aux questions du juge José Castro, qui instruit ce dossier explosif.

Le magistrat soupçonne la plus jeune fille du roi d'avoir coopéré avec son mari, l'ancien champion olympique de handball Iñaki Urdangarin, mis en examen le 29 décembre 2011 et suspecté d'avoir détourné, avec un ex-associé, 6,1 millions d'euros d'argent public. «Quatre-vingt quinze pour cent de ses réponses sont évasives. Elle est sereine, tranquille, bien préparée», a déclaré Manuel Delgado, avocat de l'association de gauche Frente Civico, l'une des parties civiles, lors d'une suspension de séance. «Elle tente de ne pas reconnaître des faits qui pourraient la compromettre. Elle exerce son droit à ne pas donner de réponses compromettantes», a-t-il ajouté.

Atteinte à l'image de la monarchie

L'infante, selon cet avocat, a affirmé qu'elle avait «toute confiance en son mari», avec qui elle partage pour moitié la société Aizoon soupçonnée d'avoir servi de société écran dans les détournements. À l'écart du bâtiment cerné par la police, quelques dizaines de manifestants s'étaient rassemblés, réclamant "justice". Andres Rodriguez, un chauffeur de bus de 35 ans, portait une pancarte avec les mots «La justice a pour nom Castro». «Pour nous, le juge Castro est un des grands d'Espagne. Il a osé faire face aux plus grands de ce pays», affirmait ce manifestant.

Détaillée dans un arrêt de 227 pages, la mise en examen de l'infante est tombée le 7 janvier comme une bombe: longtemps ultra-protégée, aujourd'hui assaillie par les scandales, la monarchie espagnole découvre qu'elle n'est plus intouchable. À 76 ans, après 38 ans de règne, Juan Carlos montre le visage d'un roi fatigué, appuyé sur des béquilles. Si «l'affaire Urdangarin» a amorcé il y a deux ans une chute catastrophique de son image, le scandale est venu aussi en 2012 d'une coûteuse escapade au Botswana, pour une chasse à l'éléphant qui a choqué une Espagne meurtrie par la crise.

Dépenses suspectes dès 2004

Au point que le tabou est aujourd'hui levé sur une possible abdication au profit du prince Felipe, qui incarne à 46 ans l'espoir de la monarchie. Empêtrée dans le scandale, la Maison royale espère maintenant en finir au plus vite avec ce que son chef, Rafael Spottorno, qualifiait publiquement de «martyre». Au printemps 2013, une première mise en examen de l'infante, pour trafic d'influence, avait été annulée à la demande du Parquet. Le juge, toujours contre l'avis du procureur, s'est alors orienté vers des soupçons de fraude fiscale et blanchiment de capitaux via la société Aizoon, dont les caisses auraient été alimentées, pour environ un million d'euros, par de l'argent public détourné par Iñaki Urdangarin.

La comptabilité de Aizoon fait apparaître, à partir de 2004, des dépenses consacrées à la rénovation de la villa familiale à Barcelone, pour 436 703,87 euros, ou d'autres, privées, pour 262 120,87 euros. José Castro a épluché toutes ces dépenses, dans un arrêt truffé de références à des factures suspectes. Comme ce «cours de salsa et de merengue dispensé au domicile familial» dont le rapport avec les activités d'Aizoon «semble assez difficile à démontrer». «Les délits contre le fisc qui sont reprochés à Iñaki Urdangarin auraient difficilement pu être commis s'ils n'avaient pas, pour le moins, été connus et approuvés par son épouse», concluait le juge.

Pour le Parquet au contraire, «il est impossible que la fraude atteigne le seuil des 120 000 euros» annuel, nécessaire pour constituer un délit en Espagne. Après cette audition, le juge Castro devrait rapidement clore l'instruction ouverte en 2010: il décidera alors si «l'affaire Noos», du nom de la fondation à but non lucratif présidée entre 2004 et 2006 par Iñaki Urdangarin, débouchera ou non sur un procès.