En Italie

14 mars 2019 11:53; Act: 14.03.2019 12:28 Print

La victime était «trop moche pour être violée»

Un jugement pour viol a été annulé en Italie. La raison? Les trois juges ont décrété que la plaignante n'était pas crédible en raison de son apparence physique.

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Condamnés en première instance, deux jeunes Péruviens accusés d'avoir violé une compatriote en 2015 ont été acquittés par la cour d'appel d'Ancône (est), en 2017. Dans leur jugement, les trois juges – toutes des femmes – ont expliqué que le témoignage de la plaignante ne tenait pas la route en raison de son apparence physique. Il est écrit dans ce document que «la jeune fille ne plaisait même pas au jeune homme (NDLR: l'un des accusés), à tel point qu'il l'avait enregistrée dans son téléphone portable sous le nom de «Nina Viking». Une allusion à une personnalité tout sauf féminine, mais plutôt masculine».

En se penchant sur une photo de la Péruvienne, les trois juges ont confirmé qu'elle semblait effectivement «trop moche pour avoir été violée», explique «Il Giornale». «En définitive, il n'est pas possible d'exclure que ce soit en fait elle qui ait organisé la soirée festive», ont-elles estimé. Cinzia Molinaro, avocate de la plaignante, explique qu'elle s'est pourvue en cassation en raison de toute une série de problèmes de procédure liés au verdict d'acquittement. Elle a souligné le caractère «absolument inacceptable» de la référence à l'apparence physique de sa cliente. La jeune femme, rentrée au Pérou depuis, a subi de telles blessures génitales que des points de suture ont été nécessaires, a ajouté l'avocate.

Le ministre de la Justice intervient

La Cour de cassation a annulé ce verdict le 5 mars et ordonné la tenue d'un nouveau procès. Mais cette histoire a fait tellement de bruit en Italie que le ministre de la Justice s'en est mêlé, demandant à ses inspecteurs de mener une enquête préliminaire sur cette condamnation. Une manifestation a été organisée lundi devant la cour d'appel d'Ancône, où les personnes présentes ont crié leur indignation. «Les mots utilisés sont comme des pierres qui s'abattent sur le chemin de l'émancipation des femmes», a expliqué une manifestante à Vivere Ancona.

La juge qui a personnellement rédigé la sentence est, en quelque sorte, une récidiviste. En 2013, Marina Tummolini avait condamné à une peine de prison à perpétuité un homme qui avait tué son épouse. Elle avait expliqué, dans le rapport du verdict, que l'accusé avait attaqué sa femme après l'avoir regardée uriner dans la forêt, ce qui l'avait excité. Or, il n'y avait absolument aucune trace de ces faits dans l'acte d'accusation.

(L'essentiel/joc)