Loi

13 octobre 2018 10:49; Act: 14.10.2018 11:57 Print

Le droit à l'avortement est-​​il menacé en Italie?

Les mots particulièrement violents du pape au sujet de l'avortement, qui ont fait le tour du monde, ravivent le débat en Italie.

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Lors de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars à Milan. Sur la pancarte: «Si l'avortement est un homicide, la fellation est du cannibalisme.» (photo: archive/photo d'illustration)

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Le 22 mai 1978, la loi dite 194 légalisait l'avortement en Italie où il était considéré jusqu'alors comme un crime. Quarante ans plus tard, le sujet reste controversé dans un pays où le poids de l'Église catholique pèse fortement sur les débats. C'est la ville de Vérone qui a relancé la polémique en votant il y a quelques jours une motion portée par un conseiller municipal de la Ligue (extrême droite), permettant de financer les associations catholiques opposées à l'interruption de grossesse.

Il n'en fallait pas plus pour raviver la polémique entre pro et anti-avortement, le pape François fournissant mercredi des arguments à ces derniers en assimilant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) au recours à «un tueur à gages» lors de son audience hebdomadaire. À Vérone, une manifestation contre cette décision communale et «pour un avortement libre, sûr et gratuit» est prévue ce samedi à l'initiative d'une association féministe.

Influence grandissante de l'Église catholique

Une tempête dans un verre d'eau selon le maire de droite, Federico Sboarina, pour qui la motion «n'est pas contre mais au contraire favorable. Favorable à la valeur de la vie et pour accroître la liberté des femmes» en les aidant «à surmonter les raisons, qui peuvent aussi être économiques, qui pourraient entraîner une interruption de grossesse». «Rien de scandaleux» non plus pour le ministre de la Famille Lorenzo Fontana, l'un des représentants de la Ligue au sein du gouvernement populiste au pouvoir en Italie, qui estime que la motion ne fait qu'appliquer la loi «en aidant une femme à choisir, de sorte qu'elle puisse porter sa grossesse à son terme».

La loi 194 prévoit qu'une femme puisse effectuer une IVG au sein d'une structure publique jusqu'au 90e jour de grossesse et jusqu'au 5e mois dans le cas d'un avortement thérapeutique (anomalie dépistée sur le fœtus ou grossesse dangereuse pour la femme enceinte). Pour certains défenseurs de l'avortement, en revanche, le cas de Vérone n'a rien d'anodin et témoigne en réalité de l'influence grandissante de l'Église catholique dans le système de santé italien, aussi bien dans les structures de soins que dans la formation des médecins.

Avorter dans la clandestinité

«On a de plus en plus d'hôpitaux qui ouvrent leurs portes grâce au soutien financier du Vatican quand l'hôpital public, lui, dispose de moins en moins de moyens», explique la gynécologue et militante pro-avortement Elisabetta Canitano. Elle cite notamment le Mater Olbia Hospital, établissement flambant neuf situé en Sardaigne et détenu par le Qatar, et l'hôpital Gemelli de Rome (géré par le Vatican). Le centre hospitalier universitaire Gemelli est aussi le siège d'une des facultés de médecine les plus réputées d'Italie.

«L'Église a toujours été intéressée par l'éducation et la santé et lorsque cette génération de gynécologues aura disparu, il n'y aura personne pour la remplacer», craint Mme Canitano qui travaille pour l'association «Vita di Donna» («Vie de Femme») qui assiste les femmes sur les questions de santé. Elle s'inquiète de la situation critique de certaines femmes étrangères, souvent d'origine africaine, réfugiées ou prostituées, obligées d'avorter dans la clandestinité. «La situation est aussi délicate pour les avortements thérapeutiques. On fait naître des enfants dont on sait qu'ils ne vivront pas parce c'est Dieu qui te l'a donné et Dieu qui te le reprend», explique Elisabetta Canitano.

Gynécologues objecteurs de conscience

Le médecin s'alarme aussi du nombre croissant des gynécologues objecteurs de conscience, des praticiens qui pour des raisons morales, religieuses ou personnelles se refusent à pratiquer des IVG. Selon le ministère de la Santé, ils étaient 70% en Italie en 2016, avec des pointes à plus de 90% dans plusieurs régions du sud. Un droit «intouchable» pour l'Association des médecins catholiques italiens (AMCI) qui considère que la loi 194 est un texte «inique». L'association a apporté son soutien à la municipalité de Vérone.

Quelque 84 926 IVG ont été pratiquées en 2016 en Italie, un chiffre régulièrement en baisse et surtout près de trois fois inférieur au record de 234 801, en 1982. Des chiffres trompeurs selon l'AMCI qui estime à quelque 405 000 le nombre d'IVG médicamenteuses pratiquées en 2016, et qu'elle qualifie «d'avortements cachés». L'AMCI inclut dans ces chiffres l'usage de la pilule du lendemain (à visée contraceptive d'urgence et qui est en vente libre en Italie pour les femmes majeures) et de la pilule abortive (administrée en milieu hospitalier).

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • loulou le 13.10.2018 12:22 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Raisonnement logique. Si on tue un enfant né prématurément, on est un meurtrier. Si on tue ce même enfant qui se trouve dans le ventre de sa maman, et qui doit sortir au bout de 9 mois, on n‘est pas un meurtrier. Voilà l‘absurdité de la loi sur l‘avortement.

  • Dado le 13.10.2018 16:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Avortement oui, mais en cas d’handicap import uniquement. En cas de viole également, mais dans ce cas, ça sera pris en charge assez rapidement, pas 6 mois après.

  • Pilpoil le 13.10.2018 15:44 Report dénoncer ce commentaire

    L'acte d'avortement, comme celui d'euthanasie d'ailleurs, est un choix PERSONNEL, il ne devrait même pas y avoir de question à se poser, c'est à chacun, femme ou homme, de savoir et de décider ce qu'elle ou il veut faire, l'état, la médecine ne sont la que pour les accompagner du mieux qu'ils peuvent et mettre à leur disposition les meilleurs moyens pour le faire. Les associations anti-avortements ou anti-euthanasie n'ont rien à dire et devrait s'occuper d'elle-même et pas des autres, imposer leur vision minoritaire est un acte anti-démocratique et égoïste.

Les derniers commentaires

  • Mama Mia le 15.10.2018 09:40 Report dénoncer ce commentaire

    allez les italiennes, faut faire des petits pour cueillir les tomates et réparer les ponts qui s'effondrent! ...

  • LiliAngelOrDemon le 14.10.2018 09:22 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    L’avortement comme mode de contraception est un crime pour moi

  • duchesse de monmiraille le 14.10.2018 08:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Si les hommes pouvaient tomber enceint il y aurait des cliniques d'avortement à chaque coin de rue. Vous oubliez tous que pour faire un enfant il faut être 2.

  • Bobo énervant le 14.10.2018 00:51 Report dénoncer ce commentaire

    Décidément ce début de siècle marque le retour de l obscurantisme, espérons que cela ne durera pas.

  • gigi1 le 13.10.2018 19:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Du point de vue légal, il ne s’agit pas vraiment d’autoriser ou de refuser l’avortement mais de pénaliser - cad punir - ou non le recours à l’avortement. C’est tout à fait différent