Histoire

24 septembre 2019 07:24; Act: 24.09.2019 10:06 Print

Le mausolée de Franco divise l'Espagne

La Cour suprême espagnole rend mardi sa décision l'exhumation de Franco, objet depuis plus d'un an d'un bras de fer entre le gouvernement et les descendants du dictateur.

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Inauguré en 1959, le «Valle de los Caidos» («la vallée de ceux qui sont tombés») est situé à environ 50 km de Madrid.

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Surmonté d'une immense croix qui se voit des kilomètres à la ronde, le mausolée monumental de Franco divise profondément l'Espagne, plus de quarante ans après la mort du dictateur. La Cour suprême espagnole, plus haute instance judiciaire du pays, doit rendre mardi une décision très attendue sur l'exhumation de Franco de ce mausolée, objet depuis plus d'un an d'un bras de fer entre le gouvernement socialiste et les descendants du dictateur.

Inauguré en 1959, le «Valle de los Caidos» («la vallée de ceux qui sont tombés») est situé à environ 50 km de Madrid. Composé d'une basilique de 262 mètres de long creusée à même la roche et d'une abbaye bénédictine, le complexe est surmonté d'une croix de 150 mètres de haut pesant près de 200 000 tonnes. Au bout de la basilique, dont les murs sont ornés de menaçantes statues d'archanges et de scènes inspirées de l'Apocalypse biblique, se trouvent les tombes toujours fleuries de Francisco Franco, mort en 1975 après 36 ans de règne sans partage, et de José Antonio Primo de Rivera, fondateur du parti fascisant de la Phalange tué au début de la guerre d'Espagne.

Lieu de «réconciliation»

Franco, vainqueur de cette sanglante guerre civile (1936-1939), avait ordonné la construction de ce complexe en 1940, dont il prétendra plus tard faire un lieu de «réconciliation» de tous les Espagnols. Les corps de plus de 30 000 victimes de la guerre civile, «tombées pour Dieu et pour l'Espagne», avaient été dans cette optique amenés dans la crypte. Dont une partie issus du camp républicain opposé à Franco et transférés depuis des fosses communes sans le consentement de leurs proches.

Si la Cour suprême donne son feu vert à l'exhumation, la grande question portera sur l'avenir de cet encombrant vestige. En 2011, une commission d'experts mandatée par le gouvernement Zapatero avait recommandé d'opérer une «resignification» du lieu en y ajoutant une exposition permanente sur son histoire, celle des victimes qui y sont enterrées et des prisonniers politiques ayant participé à sa construction. Mais les socialistes avaient été chassés du pouvoir fin 2011 et leurs successeurs du Parti populaire (PP), qui considèrent que s'attaquer aux vestiges du franquisme revient à rouvrir les blessures du passé, avaient choisi d'ignorer ce rapport.

Revenus aux affaires en 2018, avec Pedro Sanchez à leur tête, les socialistes ont fait de l'exhumation du dictateur une priorité et indiquent vouloir donner une nouvelle signification au mausolée pour qu'il ne soit plus un lieu d'apologie du franquisme, mais sans donner plus de détails.

(L'essentiel/afp)