Bus à Milan

21 mars 2019 19:46; Act: 22.03.2019 15:06 Print

«Ma mère pensait qu'il s'agissait d'une blague»

Des jeunes passagers du bus qui a été détourné mercredi, à Milan, témoignent.

Sur ce sujet
Une faute?

D'ordinaire, ils mettent dix minutes pour revenir du gymnase mais mercredi, le trajet a viré au cauchemar pour une cinquantaine de collégiens pris en otage par le chauffeur de leur bus scolaire. Ramy, un Égyptien de douze ans, et ses amis, se souviendront longtemps du voyage de leur sortie sportive, mercredi, à Milan (I). L'adolescent et un de ses amis ont raconté au «Corriere della Sera» comment ils ont réussi à avertir les secours du détournement de leur car par leur chauffeur, un Italien d'origine sénégalaise, qui voulait «faire un massacre».

Avant de commencer son expédition en direction de l'aéroport milanais de Linate, l'homme avait fait ligoter les passagers avec du fil électrique, «mais j'ai réussi à me libérer», explique Ramy. «Les liens n'étaient pas trop serrés, même si ça m'a fait mal. Nous étions terrorisés, parce qu'il (NDLR: le chauffeur) avait vidé des jerricans d'essence le long du couloir entre les sièges et nous avait pris les téléphones portables pour nous empêcher d'appeler les secours».

«Personne ne nous a compris»

La confusion créée par les autres passagers a permis à Ramy et ses acolytes de couvrir leurs voix alors qu'ils téléphonaient aux secours. Les collégiens ont aussi essayé d'avertir les autres usagers de la route. Ils ont donné des coups de pied sur les vitres pour voir s'ils arrivaient à les casser et fait des gestes aux autres automobilistes, «mais personne ne nous a compris», explique Adam. Il précise qu'il a tenté d'appeler la police et ses parents trois fois. «Les deux premières fois, j'ai dû raccrocher parce qu'il m'avait semblé que le chauffeur m'avait découvert. J'ai expliqué à ma mère ce qui se passait, mais elle ne m'a pas cru au début, comme je fais souvent ce genre de gag».

Sentant que quelque chose de bizarre se tramait, le conducteur du bus s'est arrêté deux fois pour contrôler les passagers. Il a ensuite ordonné d'accrocher des couvertures aux fenêtres pour empêcher aux ados de communiquer avec l'extérieur. «Elles étaient complètement trempées d'essence. L'odeur était nauséabonde», témoigne Adam. «C'était le pire jour de ma vie, mais aussi le plus utile parce que nous nous sommes entraidés et avons appris comment nous défendre et nous sauver».

«Il disait des choses étranges»

«Il nous a fait monter, et tout de suite après il nous a barricadés», a raconté de son côté à l'AFPTV, Tiziana Magarini, la surveillante qui accompagnait les enfants avec deux enseignants et avait encore jeudi les yeux rouges et des sanglots dans la voix. Elle connaissait Ousseynou S., le chauffeur italien d'origine sénégalaise, «quelqu'un de très bien élevé, normal». Mais ce jour-là, il sort un couteau, et selon plusieurs témoins également un pistolet. Il attache les deux enseignants aux portes et demande à la surveillante de 53 ans d'attacher tous les enfants avec du fil électrique.

Elle s'exécute, en essayant de faire «des fausses manœuvres» pour qu'ils puissent se libérer. De même, quand il récupère les téléphones portables et lui ordonne de l'aider: «Avec des regards, j'ai réussi à faire comprendre à certains enfants de les garder». Il lui demande aussi de finir de vider ses deux bidons d'essence sur les sièges et les rideaux, dans le couloir. Les enfants sont paniqués: «Des hurlements, je n'arrivais pas à les calmer».

Ousseynou S. aussi est très agité: «Il disait des choses étranges, je ne comprenais pas vraiment. Il parlait beaucoup de l'aéroport de Linate. Mais il ne disait pas ce qu'il voulait faire. Il disait: Je ne veux pas vous faire de mal et puis il menaçait», a expliqué Mme Magarini.

(L'essentiel/atk/afp)