Fusillades à Hanau

20 février 2020 05:26; Act: 20.02.2020 15:00 Print

«Il a tout de suite tiré dans la tête d'un homme»

Neuf personnes au moins ont été tuées dans des fusillades à Hanau, près de Francfort, dans la nuit de mercredi à jeudi. Un suspect lié à l'extrême droite a aussi été retrouvé mort.

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• Neuf personnes ont été tuées dans des fusillades visant des bars à chicha, près de Francfort.

• Le tireur présumé a été retrouvé mort chez lui, avec un autre cadavre non identifié.

• Le parquet chargé de l'antiterrorisme en Allemagne s'est saisi du dossier et soupçonne des motivations xénophobes.


Un homme blessé par l'assaillant témoigne

B. K. s'est fait tirer dessus par l'assaillant à Hanau. Comme il le raconte à un média turc, il mangeait au moment de l'attaque: «Le tireur est entré dans le bar et y a tué tous les gens. Il a immédiatement tiré dans la tête de la première personne de notre côté». B. K. voulait se cacher derrière un mur, mais a quand même été touché et est tombé au sol. Après les coups de feu, l'assaillant s'était enfui. B.K. a de son côté été amené à l'hôpital.

Les hommages affluent

Les premiers hommages officiels affluent, après la tuerie des bars à chicha. La présidente de la Commission européenne et ex-ministre allemande, Ursula von der Leyen, s'est dite «profondément choquée». «Ce matin, c’est avec beaucoup de tristesse que je pense aux familles et aux proches des victimes, à qui je veux transmettre mes plus sincères condoléances. Aujourd’hui, nous partageons votre deuil».

Le président du Conseil européen (qui représente les 27 dirigeants de l'UE), le Belge Charles Michel, a qualifié de «tragédie» la double attaque et déploré une «perte insensée de vies humaines». «Après la terrible attaque, nous sommes en pensée avec les habitants de Hanau», a tweeté l'ancien Premier ministre belge. Le président du Parlement européen, l'Italien David Sassoli, s'est aussi déclaré «choqué et très attristé». «Nous sommes unis contre toute forme de haine et de violence», a-t-il écrit sur Twitter.

Quant au président français Emmanuel Macron, il a exprimé son «immense tristesse» et son «plein soutien à l'Allemagne face à cette attaque tragique», après les fusillades meurtrières survenues mercredi soir à Hanau (centre), qui ont fait neuf morts. «Nos pensées vont aux victimes et aux familles en deuil. Je suis aux côtés de la chancelière Merkel dans ce combat pour nos valeurs et la protection de nos démocraties».

Le 2e cadavre identifié

D'après Sky News, qui cite la police de Hanau, le second cadavre retrouvé avec le tueur présumé a été identifié. Il s'agit de la mère du tireur, 72 ans, elle aussi tuée par balle. Elle a été retrouvée dans l'appartement du tireur présumé, que la police est en train de passer au peigne fin.

Soupçons de motivation xénophobe

Le parquet fédéral allemand, notamment chargé de l'antiterrorisme, s'est saisi de l'enquête et dispose «d'éléments à l'appui d'une motivation xénophobe», a indiqué un porte-parole à l'AFP. Selon des sources proches de l'enquête, une lettre d'aveux et une vidéo ont été retrouvées. D'après Peter Neumann, spécialiste du terrorisme au King's College de Londres, il s'agit d'un «manifeste de 24 pages» témoignant d'une «haine des étrangers et des non-blancs».

«Il appelle à l'extermination de plusieurs pays en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Asie centrale» en usant «de termes explicitement eugénistes, affirmant que la science prouve que certaines races sont supérieures», développe M. Neumann sur Twitter. Par ailleurs, l'auteur présumé dit avoir été «surveillé toute sa vie par les services secrets» et se décrit comme un «incel», un «célibataire involontaire», «confessant n'avoir jamais eu de relation avec une femme», poursuit M. Neumann.

Le bilan passe à 9 morts, plus le tireur et un inconnu

Neuf personnes ont été tuées mercredi soir à Hanau, près de Francfort, dans le centre de l'Allemagne, dans deux fusillades dont l'auteur présumé a ensuite été retrouvé mort à son domicile, a annoncé la police. Les enquêteurs y auraient trouvé une lettre et une vidéo dans lesquelles le suspect confesse ses crimes. D'après Bild, le tueur présumé était un radicalisé d'extrême droite et a agi pour des motifs racistes.

Ces fusillades ont visé des bars à chicha et fait également plusieurs blessés graves, selon des médias locaux. «À ce stade, la police peut seulement confirmer que huit personnes ont été mortellement blessées», ont indiqué dans la nuit, les autorités, dans un communiqué. Une personne grièvement blessée a succombé jeudi matin, portant le bilan de ces fusillades à neuf tués, selon un porte-parole. Une personne soupçonnée d'être l'auteur de la tuerie a été retrouvée morte quelques heures plus tard, aux côtés d'un autre corps non identifié.

Le tireur présumé retrouvé mort

«L'auteur présumé a été trouvé sans vie à son domicile à Hanau. Les forces d'intervention spéciale de la police y ont de plus découvert un autre corps. L'enquête se poursuit. Actuellement il n'y a pas d'indication selon laquelle il y aurait d'autres auteurs», a écrit sur Twitter la police du sud-est du Land de Hesse, où se trouve Hanau. Les enquêteurs ont également retrouvé sa voiture qui contenait des munitions et chargeurs, a précisé la presse locale, ajoutant que le suspect était muni d'un permis de chasse et serait allemand.

Ces fusillades auraient visé des bars à chicha. Un important dispositif policier a été déployé dans cette ville, située à une vingtaine de kilomètres de Francfort (Hesse), selon la même source. Un journaliste de l'AFP sur place a vu une trentaine de voitures de police partir du commissariat de Hanau et selon des témoins, des policiers lourdement armés ont été déployés dans la ville.

Une première fusillade aurait visé un bar à chicha, le Midnight, au cœur de cette ville d'environ 90 000 habitants. Selon la police, au moins une personne a été grièvement blessée sur ce premier site vers 22h. Des témoins, cités par des médias locaux, ont rapporté avoir entendu une dizaine de coups de feu. Le ou les auteurs auraient ensuite quitté en voiture ce premier site en direction de la Kurt-Schumacher Platz, dans le quartier de Kesselstadt, selon la police.

Le tueur a sonné et tiré

Une seconde fusillade s'est alors produite, qui a fait «au moins cinq blessés graves» d'après le bilan initial des autorités. Selon les médias locaux, trois personnes ont été tuées devant le premier bar à chicha et cinq devant le deuxième, L'Arena Bar. Le tireur aurait sonné à la porte du deuxième bar et tiré sur des personnes présentes dans la zone fumeur, tuant cinq personnes dont une femme, selon des informations de Bild, ajoutant que des victimes étaient d'origine kurde.

«Les victimes sont des gens que nous connaissons depuis des années», a réagi le fils du gérant du bar, cité par l'agence DPA. Deux employés figurent parmi les victimes, selon ce témoin, absent comme son père au moment des tirs. «C'est un choc pour tout le monde». «C'est un véritable scénario d'horreur», a déploré la députée conservatrice de la circonscription, Katja Leikert. Le maire social-démocrate de Hanau, Claus Kaminsky, a lui évoqué une «soirée terrible, qui nous hantera certainement pendant très, très longtemps. Il a demandé d'éviter toute «spéculation» et appelé les habitants à la «prudence».

L'Allemagne sous la menace de l'extrême droite

Le mobile de ces attaques n'était pas encore connu, a précisé un porte-parole de la police. L'Allemagne a été ciblée ces dernières années par plusieurs attaques jihadistes , dont une avait fait 12 victimes dans le cœur de Berlin en décembre 2016. Mais c'est la menace d'un terrorisme d'extrême droite qui inquiète le plus les autorités allemandes, depuis notamment le meurtre d'un élu allemand pro-migrants, membre du parti de la chancelière Angela Merkel, en juin dernier.

Vendredi, douze membres d'un groupuscule d'extrême droite ont été arrêtés dans le cadre d'une vaste enquête antiterroriste. Ils sont soupçonnés d'avoir planifié des attaques de grande ampleur contre des mosquées sur le modèle de l'auteur de l'attaque de Christchurch en Nouvelle-Zélande, qui en mars 2019 avait tué 51 personnes dans deux mosquées en se filmant en direct. Ils ont été placés en détention.

Ces attaques avaient pour but de déclencher des «conditions proches de la guerre civile» et ébranler l'ordre social, selon des sources sécuritaires citées par l'agence DPA.

(L'essentiel/afp)