Jean Asselborn

09 avril 2018 10:08; Act: 09.04.2018 11:46 Print

Orban est une «tumeur» qu'il faut «neutraliser»

LUXEMBOURG/BUDAPEST - Jean Asselborn a appelé l'UE à agir avec énergie, après l'écrasante victoire du national-conservateur aux élections législatives hongroises.

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Viktor Orban et Jean Asselborn s'échangent des amabilités depuis des années. (photo: AFP/John Thys)

op Däitsch
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Viktor Orban sort renforcé de l'écrasante victoire, dimanche, de son parti national-conservateur aux élections législatives hongroises, qui va lui offrir un troisième mandat consécutif, lui laissant toute latitude pour amplifier la centralisation des pouvoirs et poursuivre ses passes d'armes avec l'UE. Le succès du Premier ministre le plus controversé d'Europe est sans appel: sur la quasi-totalité des bulletins dépouillés, et avec une forte mobilisation des électeurs, le parti Fidesz obtient 48,8% des voix, avec près de trente points d'avance sur le Jobbik, formation d'extrême droite qui a abandonné la rhétorique xénophobe.

Ce résultat laisse bon espoir à la future majorité de décrocher 133 sièges sur les 199 du parlement hongrois et donc une nouvelle «super-majorité» des deux-tiers, comme en 2010 et 2014, qui permet de faire voter des changements constitutionnels.

Stopper «l’innommable progression de la peur»

Ses interlocuteurs européens ne se sont pas précipités pour féliciter le dirigeant de 54 ans dont les diatribes nationalistes contre «l'invasion migratoire», le multiculturalisme et l'ingérence supposée de «Bruxelles» constituent un casse-tête pour une partie des États-membres. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a d’ailleurs, dès lundi, appelé ses partenaires européens, France et Allemagne en tête, à une réaction énergique «pour neutraliser ces tumeurs idéologiques», a-t-il indiqué au quotidien allemand, Die Welt. «Orban et compagnie ne sont pas des références pour l’Europe de nos enfants». L’Europe pas été construite «pour laisser libres aux idéologues nationaux». Il est important de mettre fin «à l’innommable progression de la peur» et de «défendre une Europe des valeurs humaines, du collectif et de la paix».

Ce n'est pas la première fois que le Luxembourgeois s'attaque au dirigeant hongrois, en septembre 2016, il avait carrément demandé l'exclusion de la Hongrie de l'UE et un an plus tôt, il affirmait que Viktor Orban «faisait honte» à l'Europe.

Soutien de l'extrême-droite européenne

Mais Viktor Orban n'est pas isolé. Lui qui a érigé dès 2015 des centaines de kilomètres de clôture barbelée pour bloquer les réfugiés, qu'il assimile à des «terroristes» en puissance, s'estime conforté par le durcissement perceptible de la politique migratoire de plusieurs capitales européennes. Déjà allié avec plusieurs pays d'Europe centrale -dont la Pologne- dans sa croisade souverainiste, il a affirmé vouloir travailler avec l'Italie et l'Autriche à une alliance de pays hostiles à l'immigration musulmane.

«L'inversion des valeurs et l'immigration de masse prônées par l'UE sont à nouveau rejetées», s'est réjouie dimanche sur Twitter la patronne du Front national français, Marine le Pen, en écho aux félicitations du chef de file de l'opposition aux Pays-Bas, le député anti-islam Geert Wilders, visiteur régulier de Viktor Orban à Budapest.

(mc/L'essentiel/afp)