Disparition à Londres

11 mars 2021 12:16; Act: 11.03.2021 13:28 Print

«Tu as le droit de rentrer seule à la maison la nuit»

La disparition d'une Londonienne de 33 ans qui rentrait chez elle a libéré la parole des femmes. Le Premier ministre Boris Johnson s'est dit «choqué et profondément attristé».

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Sarah Everard a été aperçue pour la dernière fois par une caméra de surveillance, à 21h30, le 3 mars. (photo: AFP)

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Sarah Everard, une jeune cadre dans le marketing, avait rendu visite à des amis à Clapham, dans le sud de Londres, et retournait chez elle à Brixton, à environ 50 minutes de marche, lorsqu'elle a disparu, vers 21h30, le 3 mars. Ajoutant au choc, un policier d'une unité d'élite de la police de Londres chargée de protéger les représentations diplomatiques a été arrêté pour meurtre et des restes humains ont été retrouvés. L'agent est également soupçonné de faits distincts d'exhibition sexuelle.

La disparition de Sarah et les recherches qui ont suivi ont provoqué une forte émotion au Royaume-Uni. Le Premier ministre Boris Johnson s'est dit «choqué et profondément attristé»: «Nous devons travailler vite pour trouver toutes les réponses à ce crime terrifiant».

«Juste pour ne pas me faire violer et tuer»

L'affaire a déclenché sur les réseaux sociaux une vague de réactions de femmes s'identifiant à la trentenaire. «Si ce qui est arrivé à Sarah Everard a touché tant de femmes c'est parce que nous faisons les mêmes calculs qu'elle faisait tous les jours. Nous empruntons la voie la plus longue et la mieux éclairée, repoussons la peur pour la voix qui dit: "Ne sois pas idiote, tu as parfaitement le droit de rentrer seule à la maison la nuit et d'être en sécurité"», a tweeté Kate McCann, journaliste politique sur la chaîne Sky, un message relayé plus de 16 000 fois.

«Chacune de mes amies s'est sentie en insécurité à un moment quand elle rentrait chez elle», a aussi écrit Karen Morrison, journaliste à la BBC, partageant une capture d'écran WhatsApp où l'une de ses amies raconte les «milliers de livres sterling» dépensés en taxis dans sa vie «juste pour ne pas me faire violer et tuer».

Un sondage YouGov pour UN Women UK, qui dépend de l'ONU, révèle l'étendue du problème: 80% des femmes de tous âges rapportent avoir été victimes de harcèlement dans des lieux publics, 97% des femmes âgées de 18 à 24 ans indiquant avoir été victimes de harcèlement sexuel.

Claire Barnett, directrice exécutive de UN Women UK, a jugé que cela représentait une véritable «crise des droits humains». «Continuer à dire que ce problème est trop difficile à résoudre ne suffit pas. Il faut le résoudre maintenant», a-t-elle déclaré, citée par le journal The Guardian.

«Ce n'est pas de votre faute»

La cheffe de la police de Londres, Cressida Dick, a souligné qu'il était «heureusement incroyablement rare qu'une femme soit enlevée dans nos rues». «Mais je comprends parfaitement que malgré cela, les Londoniennes et le grand public - en particulier les habitantes du quartier où Sarah a disparu - seront inquiètes», a-t-elle concédé mercredi, annonçant des patrouilles supplémentaires dans cette zone.

Le débat a aussi déclenché des appels à cesser de culpabiliser les femmes et éduquer les hommes. «Pour toutes les femmes qui envoient des textos à leurs amis pour leur faire savoir qu'elles sont rentrées saines et sauves, qui portent des chaussures plates la nuit pour pouvoir courir si elles en ont besoin, qui ont leurs clés en main prêtes à l'emploi, ce n'est pas de votre faute», a tweeté Anna Yearley, codirectrice de l'ONG de défense des droits humains Reprieve.

«Quand allons-nous dire aux hommes de ne pas attaquer les femmes?»

«En tant que filles, on nous dit: "Ne portez pas quelque chose de trop court" (...) On nous dit: "Ne vous enivrez pas trop, vous serez trop vulnérable". (...) Quand allons-nous commencer à dire aux garçons et aux hommes de ne pas attaquer les femmes?», a interrogé la députée travailliste Alex Davies-Jones sur Twitter.

Stuart Edwards, un homme qui vit près du lieu où a disparu Sarah Everard, a demandé dans un tweet devenu viral ce qu'il pouvait faire pour que les femmes se sentent plus en sécurité, déclenchant plus d'un millier de suggestions comme le fait de garder ses distances pour ne pas que les femmes se sentent suivies ou menacées. Un appel à un rassemblement samedi soir à Clapham «pour toutes les femmes menacées dans nos rues» a été lancé.

(L'essentiel/AFP)