Italie

09 mai 2021 22:23; Act: 10.05.2021 12:52 Print

Un juge tué par la mafia sicilienne a été béatifié

À l’issue de sa messe dominicale, le pape François a rendu hommage à l’homme de loi assassiné en 1990 par la Cosa Nostra, la mafia sicilienne.

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Le juge Livatino a été béatifié dimanche à Agrigente (Sicile), trente ans après avoir été abattu par la Cosa Nostra. (photo: AFP)

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Le juge Rosario Livatino avait 38 ans quand il fut assassiné par des tueurs de la mafia en Sicile, le 21 septembre 1990. Dimanche, il a été béatifié en la cathédrale d’Agrigente au cours d’une messe, hommage à un «martyr» de la justice.

Un reliquaire contenant la chemise ensanglantée du juge a été placé dans la cathédrale au moment où il a été béatifié, tandis qu’au Vatican le pape François a rendu hommage à «un martyr de la justice et de la foi».

«En servant le bien commun comme un juge exemplaire qui n’a jamais succombé à la corruption, il a cherché à juger, non pas pour condamner, mais pour racheter», a déclaré le pape à l’issue de sa prière mariale Regina Caeli.

«Son travail l’a placé sous la protection de Dieu», a ajouté le pape François. «Pour cette raison, il est devenu un témoin de l’Évangile jusqu’à sa mort héroïque».

Le magistrat italien, qui refusait une escorte armée, fut abattu à quelques kilomètres de chez lui, près d’Agrigente, en Sicile, alors qu’il s’apprêtait à prendre des mesures d’assignation à résidence contre des membres de grandes familles de la mafia sicilienne, la Cosa Nostra.

«Rendre justice est comme prier et consacrer sa vie à Dieu»

Quand la police arriva sur les lieux où il gisait, la tête explosée, elle trouva son agenda, avec le sigle «STD» inscrit en première page, à l’instar de tous ses dossiers.

Il s’agit de l’ancienne invocation «Sub tutela Dei» (Sous la protection de Dieu) utilisée par les magistrats au Moyen Âge avant de prendre des décisions officielles.

Rosario Livatino se rendait chaque matin à l’église, avant d’aller au tribunal. Il demandait pardon à Dieu des risques auxquels il exposait ses parents. «Rendre justice», écrivait-il, «est comme prier et consacrer sa vie à Dieu».

Il avait quitté sa fiancée deux ans auparavant, avec son accord. Un missionnaire de la justice, avait-il laissé comprendre à ses parents désolés, ne peut pas entraîner une épouse et une famille dans son aventure.

En visite auprès de ses parents en 1993, Jean Paul II avait qualifié Rosario Livatino de «martyr pour la justice et indirectement pour la foi».

«Que vous ai-je fait, petits?»

«Que vous ai-je fait, petits?» furent ses dernières paroles en dévisageant ses deux jeunes assassins, révélera un repenti. Puis Rosario Livatino reçut des balles dans la bouche pour le réduire symboliquement au silence.

Ce fut «la complainte d’un homme juste qui savait qu’il ne méritait pas cette mort injuste», a commenté le pape François, dans la récente préface d’un livre consacré au juge.

Luigi Ciotti, un prêtre célèbre pour sa lutte contre les mafias, estime que le juge sicilien est mort «pour sa fidélité à une profession vécue comme une véritable vocation, un service rendu et jamais un exercice de pouvoir».

Les mafieux, souvent bienfaiteurs des paroisses

«Il a été parmi les premiers magistrats en Italie à mettre en œuvre des mesures de saisie et de confiscation des biens détenus par les mafieux. Il a compris que cela conduirait à l’affaiblissement des clans, leur perte de contrôle et aussi de prestige social», relève-t-il dans la préface d’une biographie publiée dimanche.

Une coopérative de jeunes porte encore son nom et cultive des terres confisquées à la mafia sicilienne.

Depuis son élection, François s’est attaqué aux mafieux, souvent bienfaiteurs des paroisses.

En 2018, il s’était rendu à Palerme pour rendre hommage au prêtre Giuseppe Puglisi, assassiné 25 ans plus tôt et béatifié en 2013, pour avoir cherché à tirer des tentacules de Cosa Nostra les jeunes d’un quartier défavorisé. «On ne peut pas croire en Dieu et être mafieux», avait lancé le pape.

(L'essentiel/AFP)