À Berlin

17 août 2019 16:31; Act: 17.08.2019 16:34 Print

Un marathon pour honorer les victimes du Mur

Chaque année, depuis huit ans, l'une des 138 personnes tuées en tentant de passer à l'Ouest est choisie pour un hommage particulier dans le cadre d'une course à Berlin.

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Des centaines de coureurs ont entamé samedi un ultra-marathon de la mémoire sur les 160 km de tracé de l'ancien Mur de Berlin, à l'endroit même où patrouillaient autrefois des gardes armés, entre barbelés et miradors. Symbole de la Guerre froide et de la séparation de l'Europe en deux blocs, l'espace où s'érigeait jadis le Mur de Berlin, tombé en novembre 1989, est désormais un lieu prisé de balade, une attraction touristique et artistique dont il ne reste que de rares vestiges. Les sportifs se sont aussi approprié les vestiges du Mur, élevé en quelques jours à l'été 1961. Mais cet ultra-marathon, s'il représente un défi physique hors norme, est surtout l'occasion de se souvenir de ses victimes.

Pour sa 8e édition, quelque 500 participants de 32 nationalités différentes se sont élancés à 4 heures. Les plus aguerris vont devoir courir toute la nuit de samedi avant de boucler l'épreuve aux premières heures de dimanche. «Tu sais que tu vas avoir mal, il faut l'accepter et se dire Je peux encore faire un pas de plus », a confié avant le départ le coureur suédois Patrik Gullerstrom, 43 ans, qui a déjà participé quatre fois. L'Israélien né en Russie Tom Shenbrun, 50 ans, raconte que son grand père était soldat dans l'Armée rouge quand elle est entrée dans Berlin en 1945. «En tant que juif, c'est quelque chose de très spécial. Vous sentez l'histoire tout au long du trajet (...) Vous pouvez comprendre comment (le Mur) a divisé une nation, des familles, des amis».

La mère de la dernière victime remettra les médailles

L'itinéraire passe notamment par la Porte de Brandebourg et le mythique Checkpoint Charlie, mais aussi par de nombreux monuments dédiés aux 138 personnes tuées en tentant de passer à l'Ouest. «Ce qui m'impressionne vraiment, c'est le nombre de participants, car l'histoire du Mur est importante pour eux», salue Nina Blisse, une organisatrice de la course. «Beaucoup ne le font pas pour courir vite, ils lisent chaque mémorial le long du parcours», dit-elle. Les organisateurs ne lésinent pas sur les symboles pour inscrire la course dans une dimension historique.

Les inscriptions pour l'épreuve de 2020 seront par exemple ouvertes à 18 heures 57 le 9 novembre, pour marquer l'heure exacte à laquelle en 1989 la RDA communiste a levé l'interdiction de voyager, provoquant la chute du Mur. Chaque année, l'une des 138 victimes est choisie pour un hommage particulier: son portrait figure sur la médaille de ceux qui parviennent au terme de la course et une cérémonie a lieu sur le parcours à l'endroit exact de sa mort. Lors de la première édition en 2011, c'est ainsi la dernière victime du Mur, Chris Gueffroy, tué début 1989, qui avait été honorée. Dimanche, c'est sa mère qui remettra les médailles.

(L'essentiel/afp)