En Allemagne

04 septembre 2018 08:25; Act: 04.09.2018 10:06 Print

Un mouvement de gauche antimigrants

Lancé ce mardi, un nouveau mouvement de gauche, baptisé «Aufstehen» (Debout), fait le pari de s'emparer du créneau antimigrants en Allemagne.

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Sahra Wagenknecht est une ex-égérie de la gauche radicale.

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Un mouvement de gauche à la tonalité antimigrants est lancé mardi en Allemagne, où, trois ans après l'ouverture aux réfugiés décidée par Angela Merkel, l'extrême droite connaît une poussée qui bouleverse le paysage politique. Baptisé «Aufstehen» (Debout), ce mouvement initié par Sahra Wagenknecht, une égérie de la gauche radicale (Die Linke), ambitionne de rassembler les déçus d'une gauche fragmentée, qui a rassemblé moins de 40% des voix aux élections de 2017 et dont certains électeurs se sont réfugiés dans le vote AfD à l'extrême droite.

Épouse d'Oskar Lafontaine, l'ex-ministre de Gerhard Schröder qui avait claqué la porte du gouvernement pour cofonder Die Linke en 2007, Mme Wagenknecht est une habituée des positions hétérodoxes au sein de sa famille politique: elle n'hésite pas à défendre la mémoire de la RDA communiste, à défendre la Russie de Vladimir Poutine ou, comme Jean-Luc Mélenchon en France, à tirer à boulets rouges sur l'Union européenne. «Aufstehen», qui revendique déjà 85 000 sympathisants selon M. Lafontaine, n'entend pas à ce stade devenir un parti de plus. Il peine d'ailleurs à attirer des personnalités de gauche de premier plan.

«Naïveté»

Mais, dans une Allemagne où les électeurs de gauche sont de plus en plus déboussolés par la coalition formée par Angela Merkel entre son parti de centre-droit et les sociaux-démocrates, le nouveau mouvement entend remettre au cœur des débats les enjeux sociaux. Sans hésiter à les relier à la sensible question migratoire. Dans son style incisif, Mme Wagenknecht, coprésidente de Die Linke au Bundestag, rompue aux talk-shows politiques, multiplie ainsi les critiques contre la supposée «naïveté» de la gauche en matière d'immigration.

En 2016, après l'attentat de Berlin revendiqué par le groupe État islamique, elle n'avait pas hésité à dénoncer «l'ouverture incontrôlée des frontières». Mme Wagenknecht avait aussi remis en cause le «droit d'hospitalité» dont ont bénéficié les auteurs, pour beaucoup originaires du Maghreb, d'agressions sexuelles le 31 décembre 2015 à Cologne. Avec la décision d'Angela Merkel d'ouvrir, en septembre 2015, les frontières aux réfugiés, «de nombreux problèmes sociaux» sont «devenus encore plus aigus», affirme cette ancienne membre du parti communiste de RDA. «Debout» cible en particulier les États-régions d'Allemagne de l'Est. Plusieurs verront leurs parlements renouvelés en 2019, avec une probable nouvelle poussée de l'extrême droite, qui avait atteint déjà 20% des suffrages lors des élections législatives de 2017, contre 12% à l'échelle fédérale.

(L'essentiel/afp)