Justice

18 juin 2020 22:37; Act: 19.06.2020 14:42 Print

Un opposant à Poutine tué en Allemagne?

En 2019, un Géorgien d’origine tchétchène a été éliminé froidement, dans un parc et en plein jour. Le parquet fédéral allemand affirme que la Russie a commandité ce crime.

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Le 23 août 2019, la police scientifique allemande étudiait la scène de crime. (photo: EPA/Keystone)

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L'Allemagne a accusé jeudi les autorités russes d'avoir commandité l'assassinat d'un Géorgien d'origine tchétchène en 2019, à Berlin, et a menacé Moscou de nouvelles sanctions dans cette affaire qui empoisonne les relations bilatérales. La Russie, par la voix de son ambassadeur en Allemagne, Sergueï Netschajew, a rejeté ces accusations qu'elle juge «sans fondement» et «non justifiées».

Selon la justice allemande, un Russe entré en Allemagne sous une fausse identité et arrêté peu après les faits a assassiné cet opposant, qui avait combattu en Tchétchénie. «À une date inconnue antérieure au 18 juillet 2019, les autorités du gouvernement central de la Fédération de Russie ont ordonné au (suspect) de liquider le citoyen géorgien d'origine tchétchène», accuse dans un communiqué le parquet fédéral allemand, chargé des dossiers sensibles et en particulier des affaires d'espionnage.

Le gouvernement allemand a, dans la foulée, fait savoir, par la voix du porte-parole de la chancelière Angela Merkel, qu'il prenait «très au sérieux» ces «graves accusations». Berlin avait déjà expulsé deux diplomates russes fin 2019 pour protester contre leur manque de coopération dans cette enquête.

En déplacement à Vienne, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a évoqué une affaire «extraordinairement grave» et annoncé que l'ambassadeur russe en Allemagne allait de nouveau être «invité à une rencontre» destinée à «faire connaître une fois de plus notre position à la partie russe».

Ce dernier a souligné que si de nouvelles mesures étaient mises en place par Berlin contre la Russie, elles «ne resteraient pas sans réponse», jugeant la relation bilatérale «de toute façon pas simple».

Une «exécution», selon les témoins

Le 23 août 2019, en plein jour dans un parc du centre de la capitale allemande, un Géorgien issu de la minorité tchétchène du pays, âgé de 40 ans et identifié comme Tornike Kavtarashvili, avait été tué de trois balles par une arme avec silencieux. Des témoins de la scène avaient évoqué une «exécution». Le suspect interpellé dans la foulée près des lieux du crime, Vadim Krasikov, est depuis emprisonné à Berlin, où il garde le silence.

«L'ordre de tuer vient de l'opposition de la victime à l'État central russe, aux gouvernements de ses républiques autonomes de Tchétchénie et d'Ingouchie, et au gouvernement pro-russe de Géorgie», affirme le parquet allemand. Celui-ci rappelle ainsi que la victime avait notamment «combattu contre la Fédération de Russie en tant que chef d'une milice tchétchène lors de la deuxième guerre de Tchétchénie de 2000 à 2004».

La Russie avait en outre classé l'homme «comme terroriste et l'a accusé d'être membre du groupe terroriste «Émirat du Caucase.»

Pour le parquet fédéral allemand, le suspect a «accepté l'ordre de l’État (russe) de tuer». «Soit il espérait une récompense financière, soit il partageait le mobile de ses clients de tuer un opposant politique, en représailles à son implication dans des conflits antérieurs avec la Russie», détaille-t-il.

L'ombre du renseignement militaire russe

La Russie a dès le début été soupçonnée d'avoir été impliquée, ce que le Kremlin a formellement démenti. Les médias avaient aussi évoqué la piste du président tchétchène Ramzan Kadyrov, un proche de Vladimir Poutine, voire des «islamistes tchétchènes» qui auraient «peut-être agi par vengeance dans le cadre de rivalités liées au crime organisé».

Le magazine allemand «Der Spiegel», «Bellingcat» et «The Insider», trois médias en pointe dans cette affaire, avaient révélé l'an dernier que le numéro du passeport du suspect conduisait à une unité du ministère de l'Intérieur à Moscou ayant déjà délivré dans le passé des documents pour le GRU, le renseignement militaire russe.

Le GRU est cité aussi dans l'enquête sur l'empoisonnement de Sergueï Skripal, un ex-agent double russe, dans le sud-ouest de l'Angleterre en mars 2018. Londres impute cette attaque à la Russie, ce que Moscou nie farouchement.

Cet assassinat constitue un des principaux points de tension entre Berlin et Moscou, avec une cyberattaque menée en 2015 contre la chambre des députés et les services de la chancelière Angela Merkel.

(L'essentiel/afp)